Le passage d'aujourd'hui est remarquable, entre autres, par le fait qu'il s'agit du seul événement dans les Évangiles où il est dit que « Jésus fut étonné » de la force de la foi d'un homme. Vraiment, par quoi peut-on étonner Dieu? Peut-être seulement, comme à Nazareth, lorsqu'il s'étonnait de l'incrédulité. Il connaît toutes nos pensées d'avance, chacun de nos pas lui est connu (voir Ps 138). Et pourtant la demande du centurion l'étonne. Qu'y a-t-il donc de si inhabituel dans les paroles de ce soldat? Qu'a-t-il dit pour que le Christ le donne en exemple à ses disciples et à tout le peuple de Dieu, en les mettant en garde contre le danger d'être jetés dans les ténèbres extérieures (voir Mt 8:12)?
Cet homme voit très clairement, comme il est propre aux personnes de son type d'esprit, sa place par rapport au Christ: non seulement il est païen, mais il sert encore dans les troupes d'occupation. Et pourtant il vient vers Jésus avec audace et explique simplement et directement ce qu'il veut, comprenant bien que, selon l'ordre habituel des choses, il ne peut absolument pas l'obtenir. Mais grâce à une telle humilité devant les circonstances, ce qui reste peut-être totalement invisible à ceux qui l'entourent lui devient ouvert. Le centurion, sentant qu'il n'a pas devant lui un simple homme, comprend que le Christ n'a nullement besoin de venir auprès du malade et de le toucher au sens physique du mot. Peut-être le Seigneur guérissait-il les hommes ainsi parce qu'il leur était plus facile, à eux, de recevoir la guérison de cette manière. Mais la foi du centurion lui donne de voir que le Christ, Fils de Dieu, peut agir hors de l'espace et du temps, et qu'une seule de ses pensées et un seul de ses regards suffisent pour le salut et la guérison. Et la profondeur de la clairvoyance de cet homme fut capable d'étonner Dieu...
