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Lecture en trois ans pour le 20 juin 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Habaquq, Chapitre 2

I. Dialogue entre le prophète et son Dieu> 1 Second oracle. Le juste vivra par sa fidélité., II. Les malédictions contre l’oppresseur> 5 Prélude., 7 Les cinq imprécations.
Je vais me tenir à mon poste de garde,
je vais rester debout sur mon rempart ;
je guetterai pour voir ce qu’il me
dira,
ce qu’il va répondre à ma doléance.
Alors Yahvé me répondit et dit :
« Écris la vision,
grave-la sur les tablettes
pour qu’on la lise facilement.
Car c’est une vision qui n’est que pour son temps :
elle aspire à son terme, sans décevoir ;
si elle tarde, attends-la :
elle viendra sûrement, sans faillir !
« Le voici gonflé d’orgueil, celui dont l’âme n’est pas droite,
mais le juste vivra par sa fidélité. »
Assurément la richesse trahit !
Il perd le sens et ne subsiste pas,
celui qui dilate sa gorge comme le shéol,
celui qui comme la mort est insatiable,
qui rassemble pour lui toutes les nations
et réunit pour lui tous les peuples !
Tous alors n’entonneront-ils pas une satire contre lui ?
Ne tourneront-ils pas d’épigrammes à son adresse ?
Ils diront :
I
Malheur à qui amasse le bien d’autrui
(jusques à quand ?)
et qui se charge d’un fardeau de gages !
Ne surgiront-ils pas soudain, tes créanciers,
ne se réveilleront-ils pas, tes exacteurs ?
Tu vas être leur proie !
Parce que tu as pillé de nombreuses nations,
tout ce qui reste de peuples te pillera,
car tu as versé le sang humain, violenté le pays,
la cité et tous ceux qui l’habitent !
II Malheur à qui commet pour sa maison des rapines injustes,
afin d’établir bien haut son repaire,
afin d’esquiver l’étreinte du malheur !
10 C’est la honte de ta maison que tu as résolue :
en abattant de nombreux peuples
tu as travaillé contre toi-même.
11 Car des murailles mêmes la pierre crie,
de la charpente la poutre lui répond.
12 III Malheur à qui bâtit une ville dans le sang
et fonde une cité sur l’injustice !
13 Ceci ne vient-il pas de Yahvé Sabaot ;
les peuples peinent pour le feu,
les nations s’épuisent pour le néant ;
14 car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de Yahvé,
comme les eaux couvrent le fond de la mer.
15 IV Malheur à qui fait boire son voisin !
Tu mêles ton poison jusqu’à l’ivresse
pour qu’on puisse regarder sa nudité.
16 Tu t’es saturé d’ignominie, non de gloire !
Bois à ton tour et montre ton prépuce !
Elle passe pour toi, la coupe de la droite de Yahvé,
et l’infamie va recouvrir ta gloire !
17 Car la violence faite au Liban te submergera,
ainsi que le massacre d’animaux frappés d’épouvante,
car tu as versé le sang humain, violenté le pays,
la cité et tous ceux qui l’habitent !
18 À quoi sert une sculpture pour que la sculpte son artisan ?
une image de métal, un oracle menteur,
pour qu’en eux se confie celui qui les façonne
en vue de fabriquer des idoles muettes ?
19 V Malheur à qui dit au morceau de bois : « Réveille-toi ! »
à la pierre silencieuse : « Sors de ton sommeil !
Elle va enseigner ! »
Placage d’or et d’argent, certes,
mais sans un souffle de vie qui l’anime !
20 Mais Yahvé réside dans son temple saint :
silence devant lui, terre entière !
Lire la suite:Habaquq, Chapitre 3
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 r) « mon rempart » 1 Qp Hab ; « le rempart » TM. — « Il va répondre » yashîb conj. ; cf. la Peshitta ; « je répondrai » ’ashîb hébr. — Le prophète veille sur son peuple comme la sentinelle aux remparts, cf. Os 9.8 ; Isa 21.6-12 ; Jr 6.17 ; Ez 3.17 ; 33.1-9 ; Ps 5.4.


3 s) D’où l’ordre d’écrire. La révélation s’accomplira « au temps fixé », cf. Dn 8.19, 26 ; 10.14 ; 11.27, 35, et le document écrit engage pour ce temps la parole de Yahvé, cf. 2 P 3.2, dont il prouvera plus tard la véracité. Cf. Isa 8.1, 3 ; 30.8.


3 t) La vision est douée d’une énergie propre, exprimant une parole de Dieu qui tend à sa réalisation, cf. Isa 55.10-11. La liturgie de l’Avent utilise ce v., d’après la trad. grecque divergente, pour exprimer l’attente du Messie. Voir aussi He 10.37.


4 u) « gonflé d’orgueil... », litt. « elle est enflée, elle n’est pas droite, son âme en lui ». Vulg. « Celui qui est incrédule, son âme ne sera pas droite en lui ». Grec « S’il fait défection, mon âme ne se complaît pas en lui ; mais le juste vivra de la foi en moi. »


4 v) Cette sentence, formulée en termes universels, cf. Isa 3.10-11, exprime le contenu de la vision. La « fidélité » (cf. Os 2.22 ; Jr 5.1, 3 ; 7.28 ; 9.2, etc.) à Dieu, c’est-à-dire à sa parole et à sa volonté, caractérise le « juste » et lui assure ici-bas sécurité et vie (cf. Isa 33.6 ; Ps 37.3 ; Pr 10.25, etc.). L’impie, qui manque de cette « droiture », va à sa perte. Dans ce contexte (1.2-4, 12-17 ; 2.5-18) il s’agit ici respectivement du Chaldéen et de Juda le juste Juda vivra, l’oppresseur périra. Dans le texte des LXX où « fidélité » devient « foi », saint Paul lira la doctrine de la justification par la foi.


5 w) « la richesse » hon 1 Qp Hab ; « le vin » yaîn TM ; on propose de corriger en hawwam « le présomptueux (est un traître) », cf. grec et Dt 1.41.


6 x) « Ne tourneront-ils pas d’épigrammes » ûmeliçah yahûdû conj. ; « et une épigramme, des énigmes » ûmeliçah hîdôt hébr. — « ils diront » 1 Qp Hab et grec ; « il dira » TM. — La satire, mashal , est un couplet moqueur qui use de la métaphore. L’épigramme, meliçah , est une énigme, qui doit être interprétée. Ces termes caractérisent le genre littéraire des cinq imprécations en forme solennelle de prophéties, ce sont des menaces proférées en termes voilés.


6 y) Contre l’avidité du conquérant. La pensée a la subtilité des discours paraboliques. Le Chaldéen qui s’empare des biens d’autrui en devient débiteur. À ce titre, il sera à son tour la proie des peuples spoliés, devenus ses créanciers. C’est la loi du talion, Ex 21.25.


9 z) Le Chaldéen aura le sort de l’homme qui s’est enrichi par des gains illicites rien ne lui en restera.


10 a) « en abattant » versions ; « abattre » hébr.


11 b) « maison » bâtie de biens mal acquis pierre et bois crient vengeance contre l’injuste possesseur.


12 c) Contre la politique de violence.


13 d) Cette formule introduit deux citations (cf. 2 Ch 25.26).


15 e) Cynisme du conquérant, comme d’un homme qui dans une orgie fait boire ses voisins pour les avilir ; leur ignominie sera la sienne. Sur ce rôle attribué à Babylone, cf. Jr 51.7 ; à Ninive, cf. Na 3.4-7.


16 f) Débauche et honte du Chaldéen incirconcis, enivré à son tour.


17 g) Le Liban ravagé, cf. Isa 37.24, et dont Nabuchodonosor exploita les cèdres pour ses constructions, cf. Isa 14.8, peut être aussi symbole d’Israël, cf. Isa 33.9 ; Jr 21.14 ; 22.6-7, 20-23.


17 h) La dernière des cinq imprécations s’adresse non plus au conquérant (v. 6) mais au fabricant d’idoles, l’« artisan » du v. 18.


20 i) Le Temple de Jérusalem, mais surtout le palais céleste d’où Yahvé va sortir, cf. 3.3s.


20 j) Ce silence prépare la théophanie de 3.3-15. Cf. Isa 41.1 ; Ps 79.9-10.


Le court livre d’Habaquq est très soigneusement composé. Il débute par un dialogue entre le prophète et son Dieu : à deux complaintes du prophète répondent deux oracles divins, 1.2–2.4. Le second oracle fulmine cinq imprécations contre l’oppression inique, 2.5-20. Puis le prophète chante, dans un psaume, le triomphe final de Dieu, 3. On a contesté l’authenticité de ce dernier chapitre, mais, sans lui, la composition serait boiteuse. Les indications musicales qui l’encadrent et le ponctuent attestent seulement que ce psaume servit à la liturgie. Il est douteux qu’il faille étendre cet usage cultuel à tout le livre ; son style s’explique suffisamment par l’imitation de pièces liturgiques. Cela ne suffit pas pour faire d’Habaquq un prophète cultuel, un membre du personnel du Temple. Le commentaire d’Habaquq qui provient de Qumrân ne s’étend pas au-delà du chap. 2, mais cela ne signifie rien contre l’authenticité du chap. 3.

On discute sur les circonstances de la prophétie et l’identification de l’oppresseur. On a pensé aux Assyriens ou aux Chaldéens, ou même au roi de Juda, Joiaqim. La dernière hypothèse n’est pas soutenable ; les deux autres s’appuient sur de bons arguments. Si l’on accepte que les oppresseurs représentent les Assyriens, c’est contre eux que Dieu suscite les Chaldéens, 1.5-11, et la prophétie se placerait avant la chute de Ninive en 612. On peut aussi admettre que les oppresseurs sont d’un bout à l’autre les Chaldéens, nommés à 1.6. Ils ont été les instruments de Dieu pour châtier son peuple, mais ils seront châtiés à leur tour pour leur violence inique, car Yahvé s’est mis en campagne pour sauver son peuple, et le prophète attend cette intervention divine avec une angoisse qui fait enfin place à la joie. Si cette interprétation est valable, le livre se date entre la bataille de Karkémish en 605, qui a donné le Proche-Orient à Nabuchodonosor, et le premier siège de Jérusalem en 597. Habaquq serait ainsi de peu postérieur à Nahum et, comme lui, contemporain de Jérémie.

Dans la doctrine des prophètes, Habaquq apporte une note nouvelle : il ose demander à Dieu compte de son gouvernement du monde. Oui, Juda a péché, mais pourquoi Dieu, qui est saint, 1.12, qui a des yeux trop purs pour voir le mal, 1.13, choisit-il les Chaldéens barbares pour exercer sa vengeance, pourquoi fait-il punir le méchant par un plus méchant que lui, pourquoi a-t-il l’air d’aider au triomphe de la force injuste ? C’est le problème du Mal posé sur le plan des nations et le scandale d’Habaquq est aussi celui de beaucoup d’âmes modernes. À lui et à elles vient la réponse divine : par des voies paradoxales, le Dieu tout-puissant prépare la victoire finale du droit, et « le juste vivra par sa fidélité », 2.4, perle de ce petit livre, que saint Paul enchâssera dans sa doctrine de la foi, Rm 1.17 ; Ga 3.11 ; He 10.38.

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