Dans la Bible, l'impie est souvent comparé à la balle emportée par le vent. Certains commentateurs voyaient dans le mot hébreu correspondant une indication non pas du vent, mais de...
Dans la Bible, l'impie est souvent comparé à la balle emportée par le vent. Certains commentateurs voyaient dans le mot hébreu correspondant une indication non pas du vent, mais de l'Esprit de Dieu, car le vent et l'esprit sont effectivement désignés par un seul et même mot dans le texte hébreu de l'Ancien Testament. Mais cela ne change rien au fond: qu'il soit emporté par un vent envoyé par Dieu ou par son propre souffle, l'impie est également emporté au loin. L'impiété, le rejet par Dieu, sont associés chez les prophètes comme chez les hymnographes à la légèreté, à l'absence de poids de celui qui est rejeté, à son vide. Parfois ce vide se révèle au jour du Jugement dernier, parfois au jour du malheur, que les prophètes regardent souvent comme un jour de jugement préalable, non encore définitif, mais déjà significatif: car tout jugement de ce genre devient une indication de Dieu sur le péché et l'impiété de l'homme.
Que cache donc le vide de l'impie? On peut certes n'y voir qu'une image littéraire, semblable à celle que nous employons en russe lorsque nous parlons d'un homme vide, qui ne représente rien. Mais il semble que l'affaire ne se réduise pas à de simples images littéraires. Dans les livres bibliques, en effet, il est souvent question de la mort comme d'un évidement de celui qui meurt, qui perd la force vitale et se transforme de plus en plus en ombre, en enveloppe vide de ce qu'il était. La mort, comme en parlent les livres prophétiques et le livre des Psaumes, commence souvent non pas lorsque l'homme meurt physiquement, car il peut au contraire quitter ce monde « rassasié de vie », comme le dit par exemple la Torah au sujet de la fin des patriarches, mais lorsqu'il perd Dieu, se détourne de lui. Rien d'étonnant: la plénitude de la vie est auprès de Dieu, et celui qui ignore Dieu ou s'oppose à lui perd naturellement peu à peu sa participation à la vie, d'abord spirituelle, puis physique.
La première chose qui disparaît lorsque l'on perd la vie de Dieu, c'est la stabilité, d'abord spirituelle, puis psychologique, et finalement parfois physique. Alors l'homme ne se réjouit plus au moment du sacrifice, mais a honte de son état: découvrir sa faiblesse à un moment solennel et responsable n'est pas l'événement le plus joyeux de la vie. Ainsi, la perte de l'axe spirituel vide l'homme et fait de lui une proie facile pour tout vent qui souffle sur lui.
Originaire du royaume du Nord, Osée est le contemporain d’Amos, puisqu’il a commencé de prêcher sous Jéroboam II ; son ministère s’est prolongé sous les successeurs de ce roi ; mais il ne paraît pas qu’il ait vu la ruine de Samarie en 721. C’est en Israël une sombre période : conquêtes assyriennes de 734-732, révoltes intérieures – quatre rois sont assassinés en quinze ans –, corruption religieuse et morale.
De la vie d’Osée pendant cette période troublée, nous ne connaissons que son drame personnel, 1-3, mais celui-ci fut décisif pour son action prophétique. Le sens de ces premiers chapitres est discuté. Voici l’interprétation la plus vraisemblable : Osée avait épousé une femme qu’il aimait et qui l’a quitté, mais il a continué de l’aimer et l’a reprise après l’avoir éprouvée. L’expérience douloureuse du prophète devient un symbole de la conduite de Yahvé envers son peuple et la conscience de ce symbolisme a pu modifier la présentation des faits. Le chap. 2 fait l’application et donne en même temps la clé de tout le livre : Israël a été épousée par Yahvé, elle s’est conduite comme une femme infidèle, comme une prostituée, et a provoqué la fureur et la jalousie de son époux divin. Celui-ci l’aime toujours, il la châtiera mais pour la ramener à lui et lui rendre les joies de leur premier amour.
Avec une audace qui étonne et une passion qui bouleverse, l’âme tendre et violente d’Osée a exprimé pour la première fois les rapports de Yahvé et d’Israël dans les termes d’un mariage. Tout son message a pour thème fondamental l’amour de Dieu méconnu par son peuple. Sauf une courte idylle au désert, Israël n’a répondu aux avances de Yahvé que par la trahison. Osée s’en prend surtout aux classes dirigeantes de la société. Les rois, choisis contre la volonté de Yahvé, ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu au rang des autres peuples. Les prêtres, ignorants et rapaces, conduisent le peuple à sa perte. Comme Amos, Osée condamne les injustices et les violences, mais il s’appesantit plus que lui sur l’infidélité religieuse : Yahvé est à Béthel l’objet d’un culte idolâtrique, on l’associe à Baal et à Astarté dans le culte licencieux des hauts lieux. Osée proteste contre le titre de baal, au sens de « Seigneur », que l’on donnait à Yahvé, 2.18, et il revendique pour le Dieu d’Israël l’action bienfaisante que l’on était tenté d’attribuer à Baal, dieu de la fertilité, 2.7, 10 ; Yahvé est un Dieu jaloux, qui veut avoir sans partage le cœur de ses fidèles : « Ce que je veux, c’est l’amour, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes », 6.6. Le châtiment est donc inévitable : cependant, Dieu ne châtie que pour sauver. Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle, et Yahvé accueillera son peuple repentant, qui jouira du bonheur et de la paix.
Après avoir voulu retrancher du livre toute annonce de bonheur et tout ce qui concernait Juda, la critique revient à des jugements plus modérés. Ne faire d’Osée qu’un prophète de malheur serait fausser tout son message et il est naturel que son regard se soit étendu sur le royaume voisin de Juda. Il faut cependant admettre que la collection des oracles d’Osée, rassemblée en Israël, a été recueillie en Juda et y a été l’objet d’une ou de deux révisions. Les marques de ce travail d’édition se trouvent dans le titre, 1.1, et dans certains passages, par exemple 1.7 ; 5.5 ; 6.11 ; 12.3. Le verset final, 14.10, est la réflexion d’un sage de l’époque exilique ou postexilique sur l’enseignement principal du livre et sur sa profondeur. La difficulté de son interprétation est accrue pour nous par l’état déplorable du texte hébreu, qui est l’un des plus corrompus de tout l’Ancien Testament.
Le livre d’Osée a eu des résonances profondes dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes suivants à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été profondément influencé par lui. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament cite Osée ou s’en inspire assez souvent. L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par Jérémie, Ézéchiel et la seconde partie d’Isaïe. Le Nouveau Testament et la communauté issue de lui l’ont appliquée aux rapports entre Jésus et son Église. Les mystiques chrétiens l’ont étendue à toutes les âmes fidèles.