Il est intéressant de se demander ce qu'a vu Mical pour la pousser à regarder David de haut non seulement au sens propre, mais aussi au sens figuré. On pourrait bien sûr tout expliquer par les particularités de la religiosité prophétique primitive qui était propre à David. Ses manifestations extérieures avaient parfois réellement un aspect étrange et peu présentable : extases violentes, paroles parfois confuses, et encore bien des choses qui, extérieurement, s'accordaient mal avec les règles du comportement convenable, surtout si l'on ajoute à tout cela que, dans les moments de danse prophétique extatique, les prophètes arrachaient souvent d'eux-mêmes leur vêtement extérieur, et parfois pas seulement l'extérieur. Mais est-ce seulement cela ? On pourrait encore rappeler, par exemple, qu'à cette époque on regardait les prophètes comme des gens particuliers et inhabituels, et en même temps étranges ; le prophète et le fou étaient parfois désignés par un même mot. Et là, on pourrait déjà parler non seulement de l'époque de David, mais de toute autre époque. Bien sûr, ni Mical ni personne d'autre à cette époque n'aurait rien dit contre le yahvisme ; une telle sortie aurait paru pour le moins déplacée, non parce que le yahvisme était alors religion d'État, mais simplement parce que s'opposer au yahvisme aurait signifié s'opposer à son propre peuple. Tout homme normal et honnête devait alors être yahviste, évidemment dans la société juive. Mais même malgré l'élan religieux lié à la guerre récemment terminée, dans la « bonne société », la religiosité était encouragée « avec mesure ». Or David appartenait désormais précisément à la « bonne société » ; il ne pouvait plus se permettre d'être simplement un prophète, comme il l'avait été auparavant. Seulement David lui-même pense autrement : il se sent d'abord prophète, et roi en second lieu. Et il devient un bon roi précisément pour cette raison. Car une société ne peut devenir convenable sans guillemets que si chacun de ses membres apprend à écouter et à entendre Dieu. Sans regarder à aucune « convenance » ni à aucune « mesure ».
