Que signifie « être enfants de Dieu » ? Et quelle autorité faut-il pour l'être ? À l'aube de l'histoire juive, aux jours de l'Exode et au temps de la conquête de la Palestine, tout était simple. Alors était considéré comme enfant de Dieu tout Juif qui appartenait au peuple de Dieu du fait de sa naissance comme Juif. Mais même à cette époque, être Juif signifiait non seulement appartenir au peuple juif par droit de naissance, mais aussi garder l'alliance conclue au Sinaï, et donc suivre la Torah donnée au peuple par Moïse. Avec le temps, le regard sur la Torah et sur le peuple changea, et la question de savoir qui est enfant de Dieu commença à se résoudre dans le contexte de l'adhésion à telle ou telle tradition à l'intérieur de la communauté yahviste. Il allait de soi qu'il s'agissait de croyants yahvistes, non de païens, dont il y avait assez parmi les Juifs à l'époque d'avant l'exil. Mais dès cette époque d'avant l'exil se formèrent au sein de la communauté, principalement autour des prophètes, des mouvements dont les membres considéraient avant tout comme enfants de Dieu les uns les autres et leurs compagnons de pensée. Pendant l'exil et dans les temps postérieurs, lorsque la Synagogue apparut, ses membres commencèrent à se considérer eux-mêmes comme enfants de Dieu. Ici, il ne s'agissait plus seulement, ni même surtout, de nationalité (pouvaient rejoindre la Synagogue même ceux qui n'avaient aucun rapport de sang avec le peuple juif), mais de fidélité à la communauté, et donc à la tradition liée à cette communauté. Cette tradition supposait à la fois la communion avec Dieu (prière, lecture et étude des textes sacrés), l'activité d'enseignement (étude de la Torah et enseignement aux enfants et aux adultes), et les œuvres de miséricorde. Tout cela faisait de l'homme, comme le disaient les savants rabbins du temps du Second Temple, un enfant de Dieu. Ce n'est pas par hasard qu'à l'époque évangélique, ce titre était revendiqué avant tout par les pharisiens, membres de fraternités religieuses qui participaient activement à tout ce qui vient d'être énuméré. Ils étaient certains qu'eux, assurément, pouvaient se considérer comme enfants de Dieu, car tous excellaient dans les œuvres de Dieu, telles qu'ils les comprenaient, comme personne d'autre. Mais l'Église primitive met l'accent non sur l'activité religieuse ou autre, mais sur cette vie du Royaume qui est impossible sans le Christ. Bien sûr, cela n'annule pas l'activité liée aux œuvres de miséricorde ou à l'enseignement religieux, mais autre chose passe au premier plan : la communion avec le Christ ressuscité et cette unité de la vie du Royaume qui unit à Lui Ses fidèles, faisant d'eux, selon la parole de l'apôtre Paul, le « corps du Christ ». Rien d'étonnant à cela : le christianisme n'est rien d'autre que la vie avec le Christ dans Son Royaume. Tout le reste n'en est que la conséquence. |
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