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La réflexion principale pour le 18 mars 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Habaquq, Chapitre 1,  vers 3-4

I. Dialogue entre le prophète et son Dieu> 2 Première plainte du prophète : la déroute de la justice.
Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité
et regardes-tu l’oppression ?
Je ne vois que rapine et violence,
c’est la dispute, et la discorde sévit !
Aussi la loi se meurt,
plus jamais le droit ne paraît !
Oui, l’impie traque le juste,
aussi ne paraît plus qu’un droit fléchi !
Lire la suite:Habaquq, Chapitre 1
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

Le court livre d’Habaquq est très soigneusement composé. Il débute par un dialogue entre le prophète et son Dieu : à deux complaintes du prophète répondent deux oracles divins, 1.2–2.4. Le second oracle fulmine cinq imprécations contre l’oppression inique, 2.5-20. Puis le prophète chante, dans un psaume, le triomphe final de Dieu, 3. On a contesté l’authenticité de ce dernier chapitre, mais, sans lui, la composition serait boiteuse. Les indications musicales qui l’encadrent et le ponctuent attestent seulement que ce psaume servit à la liturgie. Il est douteux qu’il faille étendre cet usage cultuel à tout le livre ; son style s’explique suffisamment par l’imitation de pièces liturgiques. Cela ne suffit pas pour faire d’Habaquq un prophète cultuel, un membre du personnel du Temple. Le commentaire d’Habaquq qui provient de Qumrân ne s’étend pas au-delà du chap. 2, mais cela ne signifie rien contre l’authenticité du chap. 3.

On discute sur les circonstances de la prophétie et l’identification de l’oppresseur. On a pensé aux Assyriens ou aux Chaldéens, ou même au roi de Juda, Joiaqim. La dernière hypothèse n’est pas soutenable ; les deux autres s’appuient sur de bons arguments. Si l’on accepte que les oppresseurs représentent les Assyriens, c’est contre eux que Dieu suscite les Chaldéens, 1.5-11, et la prophétie se placerait avant la chute de Ninive en 612. On peut aussi admettre que les oppresseurs sont d’un bout à l’autre les Chaldéens, nommés à 1.6. Ils ont été les instruments de Dieu pour châtier son peuple, mais ils seront châtiés à leur tour pour leur violence inique, car Yahvé s’est mis en campagne pour sauver son peuple, et le prophète attend cette intervention divine avec une angoisse qui fait enfin place à la joie. Si cette interprétation est valable, le livre se date entre la bataille de Karkémish en 605, qui a donné le Proche-Orient à Nabuchodonosor, et le premier siège de Jérusalem en 597. Habaquq serait ainsi de peu postérieur à Nahum et, comme lui, contemporain de Jérémie.

Dans la doctrine des prophètes, Habaquq apporte une note nouvelle : il ose demander à Dieu compte de son gouvernement du monde. Oui, Juda a péché, mais pourquoi Dieu, qui est saint, 1.12, qui a des yeux trop purs pour voir le mal, 1.13, choisit-il les Chaldéens barbares pour exercer sa vengeance, pourquoi fait-il punir le méchant par un plus méchant que lui, pourquoi a-t-il l’air d’aider au triomphe de la force injuste ? C’est le problème du Mal posé sur le plan des nations et le scandale d’Habaquq est aussi celui de beaucoup d’âmes modernes. À lui et à elles vient la réponse divine : par des voies paradoxales, le Dieu tout-puissant prépare la victoire finale du droit, et « le juste vivra par sa fidélité », 2.4, perle de ce petit livre, que saint Paul enchâssera dans sa doctrine de la foi, Rm 1.17 ; Ga 3.11 ; He 10.38.

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