La lecture d'aujourd'hui achève le récit de l'évangéliste sur la naissance de Jean le Baptiste. Il est remarquable que la fin du récit de cet événement, chez Luc, suive immédiatement...
La lecture d'aujourd'hui achève le récit de l'évangéliste sur la naissance de Jean le Baptiste. Il est remarquable que la fin du récit de cet événement, chez Luc, suive immédiatement le récit de l'Annonciation, qui se trouve inclus dans le récit de la conception et de la naissance miraculeuses de Jean. Une telle composition du premier chapitre de l'Évangile n'est évidemment pas fortuite. Chacun des évangélistes décrit à sa manière la réalité de ce que les théologiens appellent aujourd'hui l'Incarnation de Dieu. Pour Luc, elle a, semble-t-il, avant tout une dimension historique, plus précisément historiosophique.
Une telle approche n'était pas quelque chose de tout à fait nouveau : les textes sacrés qui existaient aux temps protochrétiens (le Pentateuque, les Premiers Prophètes et les Derniers Prophètes) étaient eux aussi des oeuvres historiosophiques ; ils exposaient l'histoire du peuple de Dieu comme histoire de la Révélation. Et l'histoire de la Révélation était naturellement, avant tout, l'histoire des relations de Dieu avec l'homme. Il n'est pas surprenant qu'elle ait été principalement l'histoire des prophètes et des justes : en effet, on ne peut connaître la révélation que grâce au témoignage de ceux qui entendent Dieu et n'ont pas peur de témoigner de ce qu'ils ont entendu.
Il est évident que, pour Luc, qui savait comment Jésus évaluait le ministère de Jean le Baptiste (Lc 7,28), ce prophète est devenu le symbole du ministère prophétique comme tel, une sorte de quintessence de toute la tradition prophétique. Ce n'est pas par hasard que l'évangéliste décrit si en détail sa naissance miraculeuse, comme pour faire comprendre que Dieu lui-même désigne Jean comme celui qui achèvera ce que les prophètes des temps anciens avaient commencé. Et Luc décrit la naissance du Messie-Christ comme un événement qui devient le centre et le sens de toute l'histoire de la Révélation.
À cet égard, la composition du premier chapitre rappelle en partie la composition de l'icône orientale, où ce qui est généralement représenté au centre et en grand n'est pas ce qu'exigerait la perspective tridimensionnelle, mais ce qui constitue le centre de sens de ce qui est représenté. Chez Luc, une telle composition a encore un sens supplémentaire : la Nativité du Christ se trouve chez lui tissée dans la trame de l'histoire, même représentée symboliquement, mais cependant tout à fait réelle. Ainsi Luc a exprimé la vérité de ce qu'on appelle aujourd'hui l'Incarnation de Dieu, sans laquelle toute l'histoire de la Révélation serait restée inachevée.
59 b) C’est à la circoncision que l’enfant recevait ordinairement son nom, cf. 2.21.
62 c) La surdité s’associe souvent à la mutité, et le même mot grec kôphos peut signifier « sourd », 7.22, ou « muet », 11.14.
66 d) C’est-à-dire le protégeait expression biblique, 1 Ch 4.10 ; Ac 11.21.
67 e) Comme le cantique de Marie, ce cantique est un morceau poétique que Luc a emprunté et placé sur les lèvres de Zacharie, en ajoutant les vv. 76-77 pour l’adapter à la situation. Il l’a inséré, non dans le récit en prose, v. 64, mais à sa suite.
67 f) Au sens plein du mot ; car si la première partie, vv. 68-75, est un hymne d’action de grâces, la seconde, vv. 76-79, est une vision d’avenir.
68 g) Comme souvent dans l’AT, Ex 3.16, la visite de Dieu dans le NT s’entend en un sens favorable, 1.78 ; 7.16 ; 19.44 ; 1 P 2.12.
69 h) Littéralement « une corne », cf. Ps 75.5.
76 i) C’est-à-dire Dieu, comme en 1.16-17, non le Messie.
77 j) Luc dépeint le rôle du Précurseur à l’aide des textes qui lui étaient traditionnellement appliqués, cf. 3.4 ; 7.27, et son message d’après celui des apôtres dans les Actes, cf. Ac 2.38 ; 5.31 ; 10.43 ; 13.38 ; 26.18.
78 k) « Sentiments de miséricorde », litt. « entrailles de miséricorde », cf. Col 3.12. « a visités », var. « visitera ».
78 l) Anatolè titre du Messie, Astre qui apporte la lumière, cf. Nb 24.17 ; Ml 3.20 ; Isa 60.1, et Germe qui surgit du tronc de David, cf. Jr 23.5 ; 33.15 ; Za 3.8 ; 6.12.
80 m) Sorte de refrain 2.40, 52 ; cf. 1.66 et comparer Ac 2.41 ; 6.7.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.