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Lecture en trois ans pour le 15 février 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Luc, Chapitre 1,  vers 57-80

I. Naissance et vie cachée de Jean-Baptiste et de Jésus d> 57 Naissance de Jean-Baptiste et visite des voisins., 59 Circoncision de Jean-Baptiste., 67 Le cantique de Zacharie. e, 80 Vie cachée de Jean-Baptiste.
57 Quant à Élisabeth, le temps fut accompli où elle devait enfanter, et elle mit au monde un fils.
58 Ses voisins et ses proches apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde à son égard, et ils s’en réjouissaient avec elle.
59 Et il advint, le huitième jour, qu’ils vinrent pour circoncire l’enfant. On voulait l’appeler Zacharie, du nom de son père ;
60 mais, prenant la parole, sa mère dit : « Non, il s’appellera Jean. »
61 Et on lui dit : « Il n’y a personne de ta parenté qui porte ce nom ! »
62 Et l’on demandait par signes au père comment il voulait qu’on l’appelât.
63 Celui-ci demanda une tablette et écrivit : « Jean est son nom »; et ils en furent tous étonnés.
64 À l’instant même, sa bouche s’ouvrit et sa langue se délia, et il parlait et bénissait Dieu.
65 La crainte s’empara de tous leurs voisins, et dans la montagne de Judée tout entière on racontait toutes ces choses.
66 Tous ceux qui en entendirent parler les mirent dans leur cœur, en disant : « Que sera donc cet enfant ? » Et, de fait, la main du Seigneur était avec lui.
67 Et Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit Saint et se mit à prophétiser :
68 « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël,
de ce qu’il a visité et délivré son peuple,
69 et nous a suscité une puissance de salut
dans la maison de David, son serviteur,
70 selon qu’il l’avait annoncé
par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens,
71 pour nous sauver de nos ennemis
et de la main de tous ceux qui nous haïssent.
72 Ainsi fait-il miséricorde à nos pères,
ainsi se souvient-il de son alliance sainte,
73 du serment qu’il a juré
à Abraham, notre père,
de nous accorder
74 que, sans crainte,
délivrés de la main de nos ennemis,
nous le servions
75 en sainteté et justice
devant lui, tout au long de nos jours.
76 Or toi aussi, petit enfant,
tu seras appelé prophète du Très-Haut ;
car tu marcheras devant le Seigneur,
pour lui préparer les voies,
77 pour donner à son peuple la connaissance du salut
par la rémission de ses péchés ;
78 grâce aux sentiments de miséricorde de notre Dieu,
dans lesquels nous a visités l’Astre d’en haut,
79 pour illuminer ceux qui demeurent
dans les ténèbres et l’ombre de la mort
,
afin de guider nos pas
dans le chemin de la paix. »
80 Cependant l’enfant grandissait, et son esprit se fortifiait. Et il demeurait dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël ;
Lire la suite:Luc, Chapitre 2
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

59 b) C’est à la circoncision que l’enfant recevait ordinairement son nom, cf. 2.21.


62 c) La surdité s’associe souvent à la mutité, et le même mot grec kôphos peut signifier « sourd », 7.22, ou « muet », 11.14.


66 d) C’est-à-dire le protégeait expression biblique, 1 Ch 4.10 ; Ac 11.21.


67 e) Comme le cantique de Marie, ce cantique est un morceau poétique que Luc a emprunté et placé sur les lèvres de Zacharie, en ajoutant les vv. 76-77 pour l’adapter à la situation. Il l’a inséré, non dans le récit en prose, v. 64, mais à sa suite.


67 f) Au sens plein du mot ; car si la première partie, vv. 68-75, est un hymne d’action de grâces, la seconde, vv. 76-79, est une vision d’avenir.


68 g) Comme souvent dans l’AT, Ex 3.16, la visite de Dieu dans le NT s’entend en un sens favorable, 1.78 ; 7.16 ; 19.44 ; 1 P 2.12.


69 h) Littéralement « une corne », cf. Ps 75.5.


76 i) C’est-à-dire Dieu, comme en 1.16-17, non le Messie.


77 j) Luc dépeint le rôle du Précurseur à l’aide des textes qui lui étaient traditionnellement appliqués, cf. 3.4 ; 7.27, et son message d’après celui des apôtres dans les Actes, cf. Ac 2.38 ; 5.31 ; 10.43 ; 13.38 ; 26.18.


78 k) « Sentiments de miséricorde », litt. « entrailles de miséricorde », cf. Col 3.12. ­ « a visités », var. « visitera ».


78 l) Anatolè titre du Messie, Astre qui apporte la lumière, cf. Nb 24.17 ; Ml 3.20 ; Isa 60.1, et Germe qui surgit du tronc de David, cf. Jr 23.5 ; 33.15 ; Za 3.8 ; 6.12.


80 m) Sorte de refrain 2.40, 52 ; cf. 1.66 et comparer Ac 2.41 ; 6.7.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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