Même devant le roi qui a voulu interroger Jérémie, le prophète n'a pas l'intention de travestir la vérité et dit ce qui lui a été révélé : une défaite militaire est imminente, et elle ne sera ni accidentelle ni passagère — le Seigneur, qui a tant de fois combattu du côté des Israélites, combat maintenant contre eux. Mais ce n'est pas Lui qui a trahi le peuple qu'Il a Lui-même choisi — ce sont ceux qui, longtemps et avec obstination, se sont détournés de leur Créateur. Comme on dit, il ne faut pas cracher dans le puits — voici maintenant le temps de payer l'infidélité. Mais même en combattant contre le peuple, le Seigneur continue de l'appeler à revenir à la raison : aujourd'hui encore, à tout moment, Il est prêt à accueillir Ses fils prodigues.
C'est précisément ici que commence le chemin tragique de Jérémie, dont les amères prophéties sont perçues par ses compatriotes non comme un appel à repenser leurs actes, mais comme une prédication de trahison. Depuis lors, une situation semblable s'est répétée bien des fois dans l'histoire : des temps amers arrivaient, et le peuple prenait pour des traîtres les personnes les plus lucides qui osaient dire une vérité dérangeante. Seul le temps montrait que, derrière les dures dénonciations de telles personnes, il y avait bien plus souvent un amour authentique pour leur peuple que derrière les discours des optimistes mensongers et des pseudo-patriotes. Mais il est arrivé à beaucoup, à beaucoup de personnes — et il leur arrivera sans doute encore plus d'une fois — de répéter, voire d'aggraver, les lourdes épreuves qui furent le lot de Jérémie...
