À en juger par les paroles de Jésus, les persécutions vécues par l'Église de Smyrne étaient liées à un conflit, voire à une opposition entre cette Église et la synagogue locale. Nous avons ici une situation assez typique, peut-on penser, de la période de transition. En effet, la plupart des biblistes inclinent aujourd'hui à considérer que le Livre de la Révélation a été écrit soit à la fin des années 80, soit dans les années 90 du premier siècle, déjà après la catastrophe de l'an 70, qui mit fin à Jérusalem et au Temple, ainsi qu'à l'histoire juive elle-même dans sa forme antérieure. Auparavant, l'Église, comme la Synagogue, faisait partie de la grande communauté yahwiste. Les Juifs regardaient l'Église comme un mouvement messianique à l'intérieur de la Synagogue, mouvement pas entièrement traditionnel, peut-être même, selon certains, sans droit d'exister sous cette forme, mais tout de même comme un mouvement indubitablement yahwiste et même juif malgré son caractère, aux yeux de beaucoup, non orthodoxe. Désormais, après l'an 70, la situation avait considérablement changé. La communauté yahwiste, communauté unie par le Temple et les sacrifices, avait cessé d'exister avec son sanctuaire principal. La Synagogue devait chercher d'autres formes d'existence et d'autodéfinition, spirituelles, religieuses, doctrinales. Il fallait désormais l'unanimité sur des questions qui auparavant étaient considérées comme secondaires et permettaient des divergences. De plus, le noyau conservateur de la Synagogue se mit désormais à regarder avec suspicion tout mouvement messianique, surtout un mouvement qui ne s'adressait pas seulement aux Juifs. Entre l'Église et la Synagogue mûrissait une rupture très sérieuse, auparavant impossible, fondamentale. Bien sûr, elle s'est définitivement formée et a été comprise sensiblement plus tard, mais ses contours étaient déjà tout à fait clairement dessinés à la fin du premier siècle. Auparavant, les chrétiens étaient pour les Juifs des leurs ; désormais ils devenaient des étrangers, et c'est précisément cette attitude envers eux comme envers des étrangers, et non le conflit ni même la persécution en eux-mêmes, qui choquait beaucoup de chrétiens. Que signifie le fait que la Synagogue repousse l'Église ? Le peuple de Dieu s'est-il dédoublé ? Et le Sauveur répond Lui-même à cette question : le peuple de Dieu ne s'est pas dédoublé ; ce sont ceux qui sont prêts à considérer les chrétiens comme des étrangers, qui veulent se débarrasser d'eux en cherchant à préserver la prétendue pureté de ce peuple même, pureté telle qu'ils la comprennent, qui le déchirent en deux. De telles persécutions, un tel rejet, ne sont pas l'œuvre de Dieu, mais l'œuvre du diable, et Jésus appelle les choses très clairement par leur nom. |
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