Le Seigneur entend fouler les hauteurs de la terre, souillées par l'idolâtrie; Il veut les piétiner avec les sanctuaires païens. Ce qui se laisse entraîner dans les abominations, si cela ne s'en délivre pas...
Le Seigneur entend fouler les hauteurs de la terre, souillées par l'idolâtrie; Il veut les piétiner avec les sanctuaires païens. Ce qui se laisse entraîner dans les abominations, si cela ne s'en délivre pas, sera contraint de partager le sort de ces abominations mêmes et risque d'être détruit avec elles. Le monde, incapable de tenir devant le Seigneur, ressemble à de la cire qui fond devant le feu, et cette image revient plus d'une fois pendant la lecture de l'Écriture et la méditation sur le Créateur. Il n'y a qu'une manière de ne pas brûler en se tenant près de Lui: s'enflammer à Son feu et brûler à Sa rencontre. Mais les hommes ne l'ont pas voulu.
Dans les paroles disant que le désastre de Samarie, qui avait goûté aux péchés païens, est arrivé jusqu'aux portes de Jérusalem, on entend un avertissement adressé aux habitants de Juda: ne tombez pas dans les mêmes péchés; mais aussi une mise en garde: ne vous réjouissez pas de la chute du voisin, vous risquez vous-mêmes de tomber de la même manière, et même plus durement encore. À nous, lecteurs d'aujourd'hui, les noms des localités mentionnées disent peu de chose; nous ne distinguons même plus sur le territoire duquel des deux royaumes, Israël ou Juda, elles se trouvaient. Mais pour ceux qui écoutaient la prophétie en ces temps anciens, les détails géographiques n'étaient pas l'essentiel; l'essentiel était l'appel à se briser le coeur sur les péchés, sans se séparer des autres hommes. Cet appel nous est aussi adressé.
2 a) Cet oracle contre Samarie, antérieur à la ruine de la ville en 721, a été appliqué ensuite à Jérusalem.
2 b) « Yahvé » mss grecs ; « le Seigneur Yahvé » hébr.
5 c) « le péché de la maison de Juda » grec, Targ. ; « les hauts lieux de Juda » hébr., relecture.
7 d) Le salaire des prostituées sacrées attachées au culte de Samarie, Am 2.7-8 ; Os 4.14 ; cf. Dt 23.19 ; Samarie tout entière est pour Michée une prostituée, comme Israël pour Osée, Jérémie, Ézéchiel, cf. Os 1.2.
8 e) Cette complainte annonce le malheur à douze cités, dont sept sont connues, au sud-ouest de Juda Gat, Moréshèt-Gat, Çaanân, Lakish, Akzib, Maresha, Adullam, cf. Jos 15.35-44 ; le nom d’une cité a disparu, v. 10 (Soko ?) ; les quatre dernières doivent être cherchées dans la même région. Le sens général est clair une invasion, qui atteint le pays natal du prophète, sert ici d’avertissement pour Jérusalem. Il doit s’agir du raid de Sennachérib contre la Philistie et Juda en 701.
9 f) « au coup de Yahvé » conj. ; « à ses coups » hébr.
10 g) Citation de 2 S 1.17 ; allitération entre Gat et taggîdû « publiez ».
10 h) « à Soko » besoko conj. ; « pleurez » beko hébr. — Dans les vv. suivants, le texte continue à jouer sur les noms des villes allitérations entre Bet Léaphra et `aphar « poussière »; entre Çaanan et yaçe’a « elle sort »; entre Lakish et rekesh « coursier »; Marôt signifie « amertume »; le nom de Moréshèt (patrie du prohète, 1.1) évoque la fiancée me’orasha ; Akzib joue avec akzab « déception » et Marésha est rapprochée de yoresh « conquérant ».
11 i) « va-t’en » leki ; « pour vous » lakem hébr.
12 j) « espérer » yihaleh , cf. Tg. ; « elle est malade » halah hébr.
13 k) Add. deutéronomique.
15 l) Repaire de David fugitif (1 S 22.1 ; 2 S 23.13).
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.