De nos jours, le lavement des pieds devient parfois, dans certaines églises et communautés, une sorte de mystère symbolisant l'humilité et le service. Pourtant, aux temps évangéliques, il n'y avait là rien de mystérieux ni d'inhabituel. En Palestine, on portait alors des chaussures ouvertes, pieds nus, et à table on ne s'asseyait pas, on s'allongeait sur des sortes de divans ; dans ce cas, se laver les pieds était aussi nécessaire que se laver les mains. Le plus souvent, un esclave spécialement chargé de cette tâche lavait les pieds des invités ; s'il n'y en avait pas, les invités le faisaient eux-mêmes : dans la cour, à l'entrée, se trouvaient habituellement des récipients d'eau prévus pour cela. Parfois, en signe de respect particulier envers un hôte honoré, le maître de maison pouvait l'aider à se laver les pieds. Ce travail était considéré comme l'un des moins honorables, bien qu'il fût absolument nécessaire. Et voici que maintenant, pendant la Cène, plus exactement avant son commencement, Jésus Lui-même le prend sur Lui. Un tel comportement était pour le moins inhabituel : Jésus, moins que quiconque, n'avait pas à laver les pieds des invités. Mais Il le fait, donnant l'exemple à Ses disciples. Il ne s'agit pas ici d'un quelconque abaissement particulier : Il veut seulement faire comprendre aux apôtres ce qu'est le véritable service, lorsque l'on fait ce qui doit être fait pour Dieu et pour le prochain, sans penser ni se soucier de son propre statut et de son prestige. Ce n'est pas par hasard que Jésus coupe court avec fermeté à la tentative de Pierre de transformer un simple lavement des pieds en une sorte d'ablution rituelle : lorsque l'apôtre demande à son Maître de lui laver non seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête, Celui-ci refuse, disant qu'une telle ablution n'est pas nécessaire. Les apôtres doivent accepter que leur Maître prenne sur Lui le travail d'un esclave, un travail sale et sans prestige. Et le Maître, pendant ce temps, leur donne l'exemple du véritable amour et de la véritable humilité.