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La Bible en cinq ans pour le 10 novembre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

Osée, Chapitre 13

II. Crimes et châtiment d’Israël> 1 Châtiment de l’idolâtrie., 4 Châtiment de l’ingratitude., 9 Fin de la royauté., 12 La ruine inévitable.
Quand Éphraïm parlait, c’était la terreur,
il était grand en Israël,
mais il se rendit coupable avec Baal et mourut.
Et maintenant ils continuent à pécher,
ils se font des images de métal fondu,
avec leur argent, des idoles de leur invention ;
œuvre d’artisan que tout cela !
À propos d’eux, on dit : « Des hommes sacrifient,
ils embrassent des veaux. »
C’est pourquoi ils seront comme la nuée du matin,
comme la rosée qui tôt se dissipe,
comme la bale emportée loin de l’aire,
comme la fumée qui s’échappe de la fenêtre.
Pourtant moi je suis Yahvé, ton Dieu, depuis le pays d’Égypte,
de Dieu, excepté moi, tu n’en connais pas,
et de sauveur, il n’en est pas en dehors de moi.
Moi, je t’ai connu au désert,
au pays de l’aridité.
Étant au pâturage, ils se sont rassasiés ;
rassasiés, leur cœur s’est élevé ;
voilà pourquoi ils m’ont oublié.
J’ai donc été pour eux comme un lion,
comme un léopard, près du chemin, je me tenais aux aguets ;
j’ai fondu sur eux comme une ourse privée de ses petits,
j’ai déchiré l’enveloppe de leur cœur ;
là, je les ai dévorés comme une lionne,
la bête sauvage les a déchirés.
C’est ta destruction,
alors qu’en moi était ton secours.
10 Où donc est-il ton roi, pour qu’il te sauve ?
Et dans toutes tes villes, tes juges ?
Ceux-là dont tu disais :
« Donne-moi un roi et des chefs. »
11 Un roi, je te le donne dans ma colère,
et je le reprends dans ma fureur.
12 La faute d’Éphraïm est mise en réserve,
son péché tenu en lieu sûr.
13 Les douleurs de l’enfantement surviennent pour lui,
mais c’est un enfant stupide ;
il est à terme et ne quitte pas le sein maternel !
14 Et je les libérerais du pouvoir du Shéol ?
De la mort je les rachèterais ?
Où est ta peste, ô Mort ?
Où est ta contagion, ô Shéol ?
La compassion se dérobe à mes yeux.
15 Éphraïm a beau fructifier parmi ses frères,
le vent d’est viendra,
le souffle de Yahvé montera du désert,
et sa source sera tarie, sa fontaine desséchée.
C’est lui qui pillera le trésor
de tous les objets précieux.
Lire la suite:Osée, Chapitre 14
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 s) Sur l’ancienne importance politique d’Éphraïm, voir Jos 24.30 ; Jg 8.1-3 ; 12.1-6. Au lieu de retat « terreur », le grec a lu tôrôt « des lois »; la métathèse peut être due à une correction anti-samaritaine.


2 t) « sacrifient » zobehîm corr. ; « (ceux qui) sacrifient des hommes » zobehê hébr. Texte incertain.


2 u) En signe d’adoration, cf. 1 R 19.18.


4 v) Le grec porte pour ce stique « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui affermit le ciel et fonde la terre ; mes mains ont créé toute l’armée du ciel, et je ne te l’ai pas montrée pour que tu marches à sa suite. C’est moi qui t’ai fait monter du pays d’Égypte. » — Lors de l’installation des veaux de Dan et de Béthel, Jéroboam avait dit au peuple « Voici ton Dieu, qui t’a fait monter du pays d’Égypte », 1 R 12.28.


6 w) Texte incertain. On propose « Je les ai fait paître ».


9 x) Texte incertain.


10 y) Peut-être allusion ironique au roi Osée (732-724), dont le nom signifie « Yahvé sauve ».


13 z) Première attestation de la métaphore utilisant les douleurs de l’enfantement pour décrire la calamité qui menace le peuple, cf. Jr 6.24 ; 22.23 ; Isa 26.17 ; 66.6-7, etc. Ici la comparaison suggère que la calamité est destinée, dans le dessein de Dieu, à provoquer la conversion qui serait la source d’une nouvelle vie (= la naissance de l’enfant). Mais Éphraïm, en refusant de naître, se condamne.


14 a) Le contexte exige d’interpréter ce v. 14 comme une menace. Les deux premières questions appellent une réponse négative, les deux suivantes sont un appel invitant la mort et le shéol à envoyer ses fléaux sur le peuple rebelle. Saint Paul cite ce texte pour annoncer que la mort est vaincue, 1 Co 15.55 ; mais il l’interprète selon les usages de son temps où l’on ne craignait pas d’isoler une phrase de son contexte.


15 b) « Éphraïm » n’est pas dans le texte qui a simplement « il ». Mais il est évoqué par « fructifier » (yapherí’) correspondant à l’explication du nom d’Éphraïm donnée en Gn 41.52.


15 c) « lui » le vent d’est qui représente l’Assyrie.


Originaire du royaume du Nord, Osée est le contemporain d’Amos, puisqu’il a commencé de prêcher sous Jéroboam II ; son ministère s’est prolongé sous les successeurs de ce roi ; mais il ne paraît pas qu’il ait vu la ruine de Samarie en 721. C’est en Israël une sombre période : conquêtes assyriennes de 734-732, révoltes intérieures – quatre rois sont assassinés en quinze ans –, corruption religieuse et morale.

De la vie d’Osée pendant cette période troublée, nous ne connaissons que son drame personnel, 1-3, mais celui-ci fut décisif pour son action prophétique. Le sens de ces premiers chapitres est discuté. Voici l’interprétation la plus vraisemblable : Osée avait épousé une femme qu’il aimait et qui l’a quitté, mais il a continué de l’aimer et l’a reprise après l’avoir éprouvée. L’expérience douloureuse du prophète devient un symbole de la conduite de Yahvé envers son peuple et la conscience de ce symbolisme a pu modifier la présentation des faits. Le chap. 2 fait l’application et donne en même temps la clé de tout le livre : Israël a été épousée par Yahvé, elle s’est conduite comme une femme infidèle, comme une prostituée, et a provoqué la fureur et la jalousie de son époux divin. Celui-ci l’aime toujours, il la châtiera mais pour la ramener à lui et lui rendre les joies de leur premier amour.

Avec une audace qui étonne et une passion qui bouleverse, l’âme tendre et violente d’Osée a exprimé pour la première fois les rapports de Yahvé et d’Israël dans les termes d’un mariage. Tout son message a pour thème fondamental l’amour de Dieu méconnu par son peuple. Sauf une courte idylle au désert, Israël n’a répondu aux avances de Yahvé que par la trahison. Osée s’en prend surtout aux classes dirigeantes de la société. Les rois, choisis contre la volonté de Yahvé, ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu au rang des autres peuples. Les prêtres, ignorants et rapaces, conduisent le peuple à sa perte. Comme Amos, Osée condamne les injustices et les violences, mais il s’appesantit plus que lui sur l’infidélité religieuse : Yahvé est à Béthel l’objet d’un culte idolâtrique, on l’associe à Baal et à Astarté dans le culte licencieux des hauts lieux. Osée proteste contre le titre de baal, au sens de « Seigneur », que l’on donnait à Yahvé, 2.18, et il revendique pour le Dieu d’Israël l’action bienfaisante que l’on était tenté d’attribuer à Baal, dieu de la fertilité, 2.7, 10 ; Yahvé est un Dieu jaloux, qui veut avoir sans partage le cœur de ses fidèles : « Ce que je veux, c’est l’amour, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes », 6.6. Le châtiment est donc inévitable : cependant, Dieu ne châtie que pour sauver. Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle, et Yahvé accueillera son peuple repentant, qui jouira du bonheur et de la paix.

Après avoir voulu retrancher du livre toute annonce de bonheur et tout ce qui concernait Juda, la critique revient à des jugements plus modérés. Ne faire d’Osée qu’un prophète de malheur serait fausser tout son message et il est naturel que son regard se soit étendu sur le royaume voisin de Juda. Il faut cependant admettre que la collection des oracles d’Osée, rassemblée en Israël, a été recueillie en Juda et y a été l’objet d’une ou de deux révisions. Les marques de ce travail d’édition se trouvent dans le titre, 1.1, et dans certains passages, par exemple 1.7 ; 5.5 ; 6.11 ; 12.3. Le verset final, 14.10, est la réflexion d’un sage de l’époque exilique ou postexilique sur l’enseignement principal du livre et sur sa profondeur. La difficulté de son interprétation est accrue pour nous par l’état déplorable du texte hébreu, qui est l’un des plus corrompus de tout l’Ancien Testament.

Le livre d’Osée a eu des résonances profondes dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes suivants à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été profondément influencé par lui. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament cite Osée ou s’en inspire assez souvent. L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par Jérémie, Ézéchiel et la seconde partie d’Isaïe. Le Nouveau Testament et la communauté issue de lui l’ont appliquée aux rapports entre Jésus et son Église. Les mystiques chrétiens l’ont étendue à toutes les âmes fidèles.

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