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La Bible en cinq ans pour le 7 novembre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

Osée, Chapitre 10

II. Crimes et châtiment d’Israël> 1 Destruction des emblèmes idolâtriques d’Israël., 11 Israël a déçu l’attente de Yahvé.
Israël était une vigne luxuriante,
qui donnait bien son fruit.
Plus son fruit se multipliait,
plus il a multiplié les autels ;
plus son pays devenait riche,
plus riches il a fait les stèles.
Leur cœur est double,
maintenant ils vont expier ;
Lui-même renversera leurs autels,
il dévastera leurs stèles.
Alors ils diront :
« Nous n’avons pas de roi,
car nous n’avons pas craint Yahvé,
mais le roi, que pourrait-il faire pour nous ? »
On tient des discours, on jure en vain, on conclut des alliances ;
et le droit prospère comme la plante vénéneuse
sur le sillon des champs !
Pour le veau de Bet-Aven
les habitants de Samarie tremblent ;
oui, sur lui son peuple mène le deuil,
ainsi que sa prêtraille :
Qu’ils exultent sur sa gloire,
maintenant qu’elle est déportée loin de nous !
Lui-même, on le transportera en Assur
comme tribut pour le grand roi.
Éphraïm recueillera la honte,
et Israël rougira de son dessein.
C’en est fait de Samarie !
Son roi est comme un fétu à la surface de l’eau.
Ils seront détruits, les hauts lieux d’Aven,
ce péché d’Israël ;
épines et chardons grimperont sur leurs autels.
Ils diront alors aux montagnes : « Couvrez-nous ! »
et aux collines : « Tombez sur nous ! »
Depuis les jours de Gibéa, tu as péché, Israël !
ils s’en sont tenus là,
et la guerre n’atteindrait pas les criminels à Gibéa ?
10 J’exige de les punir !
Des peuples s’assembleront contre eux
parce qu’ils sont attachés à leurs deux fautes.
11 Éphraïm est une génisse bien dressée,
aimant à fouler l’aire ;
et moi j’ai fait passer le joug sur son cou superbe !
j’attellerai Éphraïm,
Juda labourera,
Jacob traînera la herse.
12 Faites-vous des semailles selon la justice,
moissonnez à proportion de l’amour ;
défrichez-vous des terres en friche :
il est temps de rechercher Yahvé,
jusqu’à ce qu’il vienne faire pleuvoir sur vous la justice.
13 Vous avez labouré la méchanceté,
vous avez moissonné l’injustice,
vous avez mangé le fruit du mensonge.
Parce que tu t’es confié dans tes chars, dans la multitude de tes guerriers,
14 un grondement s’élèvera parmi ton peuple
et toutes tes forteresses seront dévastées,
comme Shalmân dévasta Bet-Arbel,
au jour du combat,
quand la mère était écrasée sur ses enfants.
15 Voilà ce que vous a fait Béthel,
pour votre méchanceté sans nom ;
à l’aurore, oui, c’en sera fait du roi d’Israël !
Lire la suite:Osée, Chapitre 11
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 h) Il feint d’être attaché à Yahvé alors qu’en fait il est avec les Baals.


3 i) L’instabilité du pouvoir et la tutelle assyrienne ôtent toute efficacité à l’institution royale.


4 j) Ironique ce qui prospère, c’est la perversion du droit devenu une plante vénéneuse, cf. Am 6.12.


5 k) « le veau » grec, syr. ; « les veaux » hébr. — Le nom de Bet-Aven signifie « Maison de la fausseté ».


6 l) « grand roi » conj. ; « roi Yareb » ou « roi vengeur » hébr., cf. 5.13.


8 m) Devant l’ampleur de la catastrophe qui leur enlève toutes leurs raisons de vivre, ils souhaiteront la fin du monde. C’est dans le même sens que Jésus cite cette parole, Lc 23.30, cf. Ap 6.16.


9 n) Pour le prophète, il y a continuité entre le crime de Gibéa (Jg 19) et les crimes actuels. Et il y a de même continuité dans le châtiment.


10 o) « j’exige », litt. « dans mon exigence » be’awati. On propose de lire avec le grec ba’tî « je suis venu ».


10 p) En lisant be’usseram au lieu de TM be’asram — Les « deux fautes » le crime de Gibéa (Jg 19) et ce qu’Osée dénonce ici.


11 q) Les vv. 11-12 indiquent le dessein que Yahvé avait formé pour Éphraïm une mission lui est confiée, décrite à l’aide de la métaphore du labour et des semailles, v. 11, mais qui est en réalité d’un autre ordre faire régner la justice et l’amour, rechercher Yahvé, v. 12. Or il a fait le contraire, v. 13.


12 r) « justice » au sens religieux de conformité à la volonté divine exprimée par sa Loi, 8.12.


13 s) « tes chars » berikbeka grec ; « ton chemin » bedarkeka hébr.


14 t) Probablement le roi moabite Salamanu, contemporain de Téglat-Phalasar III (745-727), lors d’une incursion en Galaad, où se trouvait Bet-Arbel ou Irbid.


14 u) Ou « avec ses enfants ». De telles horreurs accompagnaient alors la prise des villes, cf. 14.1 ; 2 R 8.12 ; Isa 13.16 ; Na 3.10 ; Ps 137.9.


15 v) L’aurore est souvent le moment où commence le combat Jg 9.34-37 ; Ps 46.6 ; Isa 17.14, et donc où Dieu accorde le salut ou punit par la défaite.


Originaire du royaume du Nord, Osée est le contemporain d’Amos, puisqu’il a commencé de prêcher sous Jéroboam II ; son ministère s’est prolongé sous les successeurs de ce roi ; mais il ne paraît pas qu’il ait vu la ruine de Samarie en 721. C’est en Israël une sombre période : conquêtes assyriennes de 734-732, révoltes intérieures – quatre rois sont assassinés en quinze ans –, corruption religieuse et morale.

De la vie d’Osée pendant cette période troublée, nous ne connaissons que son drame personnel, 1-3, mais celui-ci fut décisif pour son action prophétique. Le sens de ces premiers chapitres est discuté. Voici l’interprétation la plus vraisemblable : Osée avait épousé une femme qu’il aimait et qui l’a quitté, mais il a continué de l’aimer et l’a reprise après l’avoir éprouvée. L’expérience douloureuse du prophète devient un symbole de la conduite de Yahvé envers son peuple et la conscience de ce symbolisme a pu modifier la présentation des faits. Le chap. 2 fait l’application et donne en même temps la clé de tout le livre : Israël a été épousée par Yahvé, elle s’est conduite comme une femme infidèle, comme une prostituée, et a provoqué la fureur et la jalousie de son époux divin. Celui-ci l’aime toujours, il la châtiera mais pour la ramener à lui et lui rendre les joies de leur premier amour.

Avec une audace qui étonne et une passion qui bouleverse, l’âme tendre et violente d’Osée a exprimé pour la première fois les rapports de Yahvé et d’Israël dans les termes d’un mariage. Tout son message a pour thème fondamental l’amour de Dieu méconnu par son peuple. Sauf une courte idylle au désert, Israël n’a répondu aux avances de Yahvé que par la trahison. Osée s’en prend surtout aux classes dirigeantes de la société. Les rois, choisis contre la volonté de Yahvé, ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu au rang des autres peuples. Les prêtres, ignorants et rapaces, conduisent le peuple à sa perte. Comme Amos, Osée condamne les injustices et les violences, mais il s’appesantit plus que lui sur l’infidélité religieuse : Yahvé est à Béthel l’objet d’un culte idolâtrique, on l’associe à Baal et à Astarté dans le culte licencieux des hauts lieux. Osée proteste contre le titre de baal, au sens de « Seigneur », que l’on donnait à Yahvé, 2.18, et il revendique pour le Dieu d’Israël l’action bienfaisante que l’on était tenté d’attribuer à Baal, dieu de la fertilité, 2.7, 10 ; Yahvé est un Dieu jaloux, qui veut avoir sans partage le cœur de ses fidèles : « Ce que je veux, c’est l’amour, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes », 6.6. Le châtiment est donc inévitable : cependant, Dieu ne châtie que pour sauver. Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle, et Yahvé accueillera son peuple repentant, qui jouira du bonheur et de la paix.

Après avoir voulu retrancher du livre toute annonce de bonheur et tout ce qui concernait Juda, la critique revient à des jugements plus modérés. Ne faire d’Osée qu’un prophète de malheur serait fausser tout son message et il est naturel que son regard se soit étendu sur le royaume voisin de Juda. Il faut cependant admettre que la collection des oracles d’Osée, rassemblée en Israël, a été recueillie en Juda et y a été l’objet d’une ou de deux révisions. Les marques de ce travail d’édition se trouvent dans le titre, 1.1, et dans certains passages, par exemple 1.7 ; 5.5 ; 6.11 ; 12.3. Le verset final, 14.10, est la réflexion d’un sage de l’époque exilique ou postexilique sur l’enseignement principal du livre et sur sa profondeur. La difficulté de son interprétation est accrue pour nous par l’état déplorable du texte hébreu, qui est l’un des plus corrompus de tout l’Ancien Testament.

Le livre d’Osée a eu des résonances profondes dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes suivants à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été profondément influencé par lui. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament cite Osée ou s’en inspire assez souvent. L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par Jérémie, Ézéchiel et la seconde partie d’Isaïe. Le Nouveau Testament et la communauté issue de lui l’ont appliquée aux rapports entre Jésus et son Église. Les mystiques chrétiens l’ont étendue à toutes les âmes fidèles.

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