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La Bible en cinq ans pour le 6 octobre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Rois, Chapitre 12,  vers 2-22

VI. Le cycle d’Élisée> 1 Règne de Joas en Juda (835-796).
2 En la septième année de Jéhu, Joas devint roi et il régna quarante ans à Jérusalem ; sa mère s’appelait Çibya et était de Bersabée.
3 Joas fit ce qui est agréable à Yahvé, pendant toute sa vie, car le prêtre Yehoyada l’avait instruit.
4 Seulement, les hauts lieux ne disparurent pas et le peuple continuait d’offrir sacrifices et encens sur les hauts lieux.
5 Joas dit aux prêtres : « Tout l’argent des redevances sacrées qu’on apporte au Temple de Yahvé, l’argent des taxes personnelles et tout l’argent offert volontairement au Temple,
6 les prêtres le recevront chacun des gens de sa connaissance et ils feront au Temple toutes les réparations qu’il y a à faire. »
7 Or, en la vingt-troisième année du roi Joas, les prêtres n’avaient pas réparé le Temple ;
8 alors le roi Joas appela le prêtre Yehoyada et les prêtres et il leur dit : « Pourquoi ne réparez-vous pas le Temple ? Il ne faut plus que vous receviez l’argent des gens de votre connaissance, vous le donnerez pour le dommage du Temple. »
9 Les prêtres consentirent à ne pas accepter d’argent du peuple et à n’être plus chargés de réparer le Temple.
10 Le prêtre Yehoyada prit un coffre, perça un trou dans son couvercle et le plaça à côté de l’autel, à droite quand on entre dans le Temple de Yahvé, et les prêtres gardiens du seuil y déposaient tout l’argent livré au Temple de Yahvé.
11 Quand ils voyaient qu’il y avait beaucoup d’argent dans le coffre, le secrétaire royal et le grand prêtre montaient, ramassaient puis comptaient l’argent qui se trouvait dans le Temple de Yahvé.
12 Une fois l’argent éprouvé, on le remettait aux maîtres d’œuvre attachés au Temple de Yahvé et ceux-ci le dépensaient pour les charpentiers et les ouvriers du bâtiment qui travaillaient au Temple de Yahvé,
13 pour les maçons et les tailleurs de pierres, et pour acheter le bois et les pierres de taille, destinés à la réparation du Temple de Yahvé, bref pour tous les frais de réparation du Temple.
14 Mais on ne faisait dans le Temple de Yahvé ni bassins d’argent, ni couteaux, ni bols à aspersion, ni trompettes, ni aucun objet d’or ou d’argent avec l’argent qui y était livré,
15 on le donnait aux maîtres d’œuvre qui l’employaient à réparer le Temple de Yahvé.
16 On ne tenait pas de comptes avec les gens aux mains desquels on remettait l’argent pour le donner aux artisans, car ils agissaient avec probité.
17 Quant à l’argent versé pour la satisfaction d’un délit ou d’un péché, il n’était pas livré au Temple de Yahvé, il était pour les prêtres.
18 Alors Hazaël, roi d’Aram, partit en guerre contre Gat et la prit, puis il se disposa à monter contre Jérusalem.
19 Joas, roi de Juda, prit tout ce qu’avaient consacré les rois de Juda, ses pères, Josaphat, Joram et Ochozias, ce qu’il avait consacré lui-même et tout l’or qu’on trouva dans les trésors du Temple de Yahvé et du palais royal ; il envoya le tout à Hazaël, roi d’Aram, et celui-ci s’éloigna de Jérusalem.
20 Le reste de l’histoire de Joas et tout ce qu’il a fait, cela n’est-il pas écrit au livre des Annales des rois de Juda ?
21 Ses officiers se soulevèrent et ourdirent un complot ; ils frappèrent Joas au Bet-Millo à la descente de Silla.
22 Ce furent Yozakar fils de Shiméat et Yehozabad fils de Shomer qui le frappèrent, et il mourut. On l’enterra avec ses pères dans la Cité de David et son fils Amasias régna à sa place.
Lire la suite:2 Rois, Chapitre 13
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

3 h) Et non « pendant tout le temps que le prêtre Yehoyada lui donna des instructions », comme on traduit parfois pour harmoniser avec 2 Ch 24.2 et 17s.


5 i) Texte incertain rétabli d’après grec. — L’hébr. ajoute ici « l’argent des personnes qu’il (le prêtre ?) a estimées », glose explicative. — Ces taxes ne sont pas les impôts civils, mais des sommes dues au sanctuaire.


6 j) Une première ordonnance royale les prêtres prendront sur leurs revenus les frais de réparation du Temple.


21 k) « La maison du Millo », cf. 1 R 9.15. À la fin, on pourrait comprendre « alors qu’il descendait à Silla » ; ce dernier site demeure inconnu.


22 l) Yozabad, selon certains mss.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 17 – 2 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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