La réponse reçue par Habacuc peut être rapportée non seulement aux événements de son temps, mais aussi à toutes les époques où les hommes tenteront de répéter la même chose. Alors, c'étaient les Chaldéens, qui élargissaient par les armes les limites de leurs possessions; mais un peu plus tard, il leur arriva aussi ce qu'ils apportaient aux autres. Ensuite, les empires fondés sur la violence et les conquêtes se succédèrent et s'effondrèrent l'un après l'autre. Il en a été ainsi jusqu'à présent, et il en sera ainsi tant que ne cesseront pas les tentatives de créer et d'élargir de tels empires.
Mais le mal qui s'enracine dans le cœur du citadin « pacifique » ne se poursuit-il pas dans les actes des conquérants? Le désir de s'emparer d'une chambre de plus chez le voisin est-il tellement différent, disons, du désir de conquérir un autre pays? Les raisonnements du type « nous sommes de petites gens, cela ne nous concerne pas » ne doivent pas rassurer. Car le péché reste le péché, même si nous aimerions le diviser en « grand » et « pas tellement ».
Et voici qu'au milieu du triomphe de l'iniquité, lorsque la loi perd sa force, le Seigneur révèle de nouvelles profondeurs de sa Révélation. Les paroles « le juste vivra par sa foi », qui proclament la primauté de la foi sur la loi, ouvrent à l'humanité la possibilité de pas spirituels qualitativement nouveaux. Si l'on compare le nombre de fois où le mot « foi » est mentionné dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, nous verrons que le Nouveau parle beaucoup plus de la foi. Mais les deux Testaments sont liés l'un à l'autre, et il importe de comprendre que la prédication évangélique n'a pas retenti dans le vide: elle avait été préparée dès les temps de l'Ancien Testament.
Au milieu des dénonciations des iniquités retentit soudain une prophétie sur le châtiment « pour l'extermination des animaux terrifiés ». Après le déluge, lorsque le Seigneur remit le monde animal à l'homme pour sa nourriture (Gn 9:2-4), il proclama que tout ce qui vit devait craindre l'homme établi sur la nature. Mais il ne suffisait pas au couronnement de la création d'inspirer la crainte; il commença à exterminer tout ce qui vit en quantités démesurément supérieures à ce qui était nécessaire pour maintenir sa vie. Il devait être difficile pour tous, au temps d'Habacuc, de comprendre le sens de cette prophétie. Pour nous, contemporains de la crise écologique, témoins de l'extermination d'espèces entières, cette prophétie résonne de manière particulièrement redoutable.
