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La Bible en cinq ans pour le 9 septembre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Rois, Chapitre 10

II. Histoire de Salomon le magnifique> 1 Visite de la reine de Saba., 14 La richesse de Salomon., 26 La charrerie de Salomon.
La reine de Saba apprit la renommée de Salomon de par le Nom de Yahvé et vint l’éprouver par des énigmes.
Elle arriva à Jérusalem avec une très grande suite, des chameaux chargés d’aromates, d’or en énorme quantité et de pierres précieuses. Quand elle fut arrivée auprès de Salomon, elle lui proposa tout ce qu’elle avait médité,
mais Salomon l’éclaira sur toutes ses questions et aucune ne fut pour le roi un secret qu’il ne pût élucider.
Lorsque la reine de Saba vit toute la sagesse de Salomon, le palais qu’il s’était construit,
le menu de sa table, le placement de ses officiers, le service de ses gens et leur livrée, son service à boire, les holocaustes qu’il offrait au Temple de Yahvé, le souffle lui manqua
et elle dit au roi : « Ce que j’ai entendu dire sur toi et ta sagesse dans mon pays était donc vrai !
Je n’ai pas voulu croire ce qu’on disait avant de venir et de voir de mes yeux, mais vraiment on ne m’en avait pas appris la moitié : tu surpasses en sagesse et en prospérité la renommée dont j’ai eu l’écho.
Bienheureux tes gens, bienheureux tes serviteurs que voici, qui se tiennent continuellement devant toi et qui entendent ta sagesse !
Béni soit Yahvé ton Dieu qui t’a montré sa faveur en te plaçant sur le trône d’Israël ; c’est parce que Yahvé aime Israël pour toujours qu’il t’a établi roi, pour exercer le droit et la justice. »
10 Elle donna au roi cent vingt talents d’or, une grande quantité d’aromates et des pierres précieuses ; la reine de Saba avait apporté au roi Salomon une abondance d’aromates telle qu’il n’en vint plus jamais de pareille.
11 De même, la flotte d’Hiram, qui apporta l’or d’Ophir, en rapporta du bois d’almuggim en grande quantité et des pierres précieuses.
12 Le roi fit avec le bois d’almuggim des supports pour le Temple de Yahvé et pour le palais royal, des lyres et des harpes pour les musiciens ; il ne vint plus de ce bois d’almuggim et on n’en a plus vu jusqu’à maintenant.
13 Quant au roi Salomon, il offrit à la reine de Saba tout ce dont elle manifesta l’envie, en plus des cadeaux qu’il lui fit avec une munificence digne du roi Salomon. Puis elle s’en retourna et alla dans son pays, elle et ses serviteurs.
14 Le poids de l’or qui arriva à Salomon en une année fut de six cent soixante-six talents d’or,
15 sans compter ce qui venait des marchands itinérants, du gain des commerçants et de tous les rois de l’occident et des gouverneurs du pays.
16 Le roi Salomon fit deux cents grands boucliers d’or battu, sur chacun desquels il appliqua six cents sicles d’or,
17 et trois cents petits boucliers d’or battu, sur chacun desquels il appliqua trois mines d’or, et il les déposa dans la Maison de la Forêt du Liban.
18 Le roi fit aussi un grand trône d’ivoire et le plaqua d’or raffiné.
19 Ce trône avait six degrés, un dossier à sommet arrondi, et des bras de part et d’autre du siège ; deux lions étaient debout près des bras
20 et douze lions se tenaient de part et d’autre des six degrés. On n’a rien fait de semblable dans aucun royaume.
21 Tous les vases à boire du roi Salomon étaient en or et tout le mobilier de la Maison de la Forêt du Liban était en or fin ; car on faisait fi de l’argent au temps de Salomon.
22 En effet, le roi avait en mer une flotte de Tarsis avec la flotte d’Hiram et tous les trois ans la flotte de Tarsis revenait chargée d’or, d’argent, d’ivoire, de singes et de guenons.
23 Le roi Salomon surpassa en richesse et en sagesse tous les rois de la terre.
24 Tout le monde voulait être reçu par Salomon pour profiter de la sagesse que Dieu lui avait mise au cœur
25 et chacun apportait son présent : vases d’argent et vases d’or, vêtements, armes, aromates, chevaux et mulets, et ainsi d’année en année.
26 Salomon rassembla des chars et des chevaux ; il eut mille quatre cents chars et douze mille chevaux et il les cantonna dans les villes des chars et près du roi à Jérusalem.
27 Le roi fit que l’argent était aussi commun à Jérusalem que les cailloux, et les cèdres aussi nombreux que les sycomores du Bas-Pays.
28 Les chevaux de Salomon venaient de Muçur et de Cilicie ; les courtiers du roi les importaient de Cilicie à prix d’argent.
29 Un char était livré de Muçur pour six cents sicles d’argent ; un cheval en valait cent cinquante. Il en était de même pour les rois des Hittites et les rois d’Aram qui les importaient par leur entremise.
Lire la suite:1 Rois, Chapitre 11
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 x) Le royaume de Saba occupait le sud-ouest de la péninsule arabique, mais cette reine était plus vraisemblablement la régente d’une des colonies sabénnes établies en Arabie du nord. Le motif de sa visite, à forte connotation légendaire, aurait pu être l’établissement de relations commerciales. Saba est plusieurs fois mentionné avec Dedân, autre peuplade arabe, Gn 10.7 ; 25.3 ; Ez 38.13, et comptant parmi les grandes tribus caravanières, Ez 27.20s ; Jr 6.20 ; Jl 4.8 ; Jb 6.19. Cette nation lointaine viendra rendre hommage au Roi futur, Ps 72.10, 15, dans la Jérusalem nouvelle, Isa 45.14 et 60.6s ; cf. Mt 2.11.


8 y) Versions « tes femmes ».


11 z) Essence rare, qu’on ne peut déterminer, 2 Ch 2.7 fait venir ce bois du Liban, ce qui est confirmé par des textes akkadiens qui emploient le même mot.


22 a) L’identification avec Tartessos, colonie phénicienne d’Espagne, est improbable. Le mot peut signifier simplement « fonderie », et les « vaisseaux de Tarsis » seraient ceux qui desservaient les exploitations minières. Il s’agirait ici de la flotte qui transportait, comme marchandise d’échange, ces produits des fonderies de la Araba, cf. 22.49. Ailleurs, l’expression a le sens général de « navire de haut bord », Isa 23.1, 14 ; 60.9 ; Ez 27.25 ; Ps 48.8.


28 b) « de Muçur et de Cilicie » (mimmuçur ûmiqqoweh) conj. ; « d’Égypte (miçrayim) et miqweh (?) » hébr., voir 2 Ch 1.16.


29 c) Le TM a mimmiçrayim comme au v. précédent mais la mention des « rois des Hittites » confirme la lecture Muçur (en Anatolie).


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 172 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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