Ces paroles ont donné à certains une raison de penser que Paul, et peut-être d'autres apôtres, possédait un enseignement secret, ésotérique, qu'ils prêchaient à des personnes spécialement initiées ; cela a plus d'une fois conduit par la suite, dans les milieux proches de l'Église, à l'apparition de toutes sortes de cercles et de sectes dont les membres prétendaient conserver et transmettre un « savoir secret » particulier, lié au Royaume et à la vie spirituelle. En réalité, il n'y a pas lieu de parler ici d'un quelconque ésotérisme ; le problème réside dans la manière dont on comprenait, à différentes époques, le mot « sagesse ». Dans la tradition yahviste, puis juive, on entendait par sagesse avant tout la pratique de l'action consciente, qu'il s'agisse d'un savoir-faire artisanal, de la capacité à gouverner un État et sa propre maison, ou de l'art de construire des relations avec Dieu et de vivre une vie juste. Aux siècles suivants, on entendit par sagesse soit un savoir particulier, soit une expérience mystique secrète ; c'est ce qui devint la source des malentendus liés à une prétendue tradition ésotérique apostolique. Mais la sagesse dont parle Paul était liée à la Torah, dont on pensait, aux temps évangéliques, qu'elle existait avant la création du monde. Pour l'apôtre lui-même, la Torah était aussi liée à la personne de Jésus-Christ, qui était pour lui l'unique exemple de « Torah vivante ». Et puisque, pour l'apôtre, la sagesse était inséparable de la justice, la justice de la personne de Jésus-Christ, et toutes deux de cette pauvreté dont avait parlé Isaïe de Jérusalem et dont le chemin terrestre du Sauveur devint l'incarnation, il n'est pas étonnant que Paul considère une telle sagesse, d'un côté, comme parfaite, et de l'autre, comme absolument incompréhensible au monde déchu qui gît dans le mal. Pour l'homme qui vit d'une seule vie naturelle, psychique, que Paul appelle « animale », même le chemin de la pauvreté au sens où Isaïe en parle paraît absurde. Quant au chemin terrestre du Sauveur, il est pour un tel homme un échec complet, et suivre Son chemin est folie. Seul l'homme pour qui le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, devient réalité change lui-même et prend conscience de la volonté de Dieu, ainsi que de Sa providence. C'est là que commence la véritable sagesse dont parle l'apôtre, inaccessible au monde de la nature déchue. Par « parfaits », l'apôtre désigne précisément ceux qui ne se laissent pas guider par les lois de ce monde et ses chemins, mais par la Torah, par le chemin de la justice et par le souffle du Royaume. Pour de tels hommes, le chemin terrestre du Christ n'est pas une défaite mais une victoire, et suivre le Christ n'est pas folie mais l'unique chemin du salut. |
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