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La Bible en cinq ans pour le 31 août 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Rois, Chapitre 3

II. Histoire de Salomon le magnifique> 1 1. SALOMON LE SAGE, 1 Introduction., 4 Le songe de Gabaôn., 16 Le jugement de Salomon.
Salomon devint le gendre de Pharaon, le roi d’Égypte ; il prit pour femme la fille de Pharaon et l’introduisit dans la Cité de David, en attendant d’avoir achevé de construire son palais, le Temple de Yahvé et le rempart de Jérusalem.
Le peuple sacrifiait sur les hauts lieux, car on n’avait pas encore bâti en ce temps-là une maison pour le Nom de Yahvé.
Salomon aima Yahvé : il se conduisait selon les préceptes de son père David ; seulement il offrait des sacrifices et de l’encens sur les hauts lieux.
Le roi alla à Gabaôn pour y sacrifier, car le plus grand haut lieu se trouvait là — Salomon a offert mille holocaustes sur cet autel.
À Gabaôn, Yahvé apparut la nuit en songe à Salomon. Dieu dit : « Demande ce que je dois te donner. »
Salomon répondit : « Tu as témoigné une grande bienveillance à ton serviteur David, mon père, étant donné que celui-ci a marché devant toi dans la fidélité, la justice et la droiture du cœur à ton égard ; tu lui as gardé cette grande bienveillance et tu as permis qu’un fils soit aujourd’hui assis sur son trône.
Maintenant, Yahvé mon Dieu, tu as établi roi ton serviteur à la place de mon père David, et moi, je suis un tout jeune homme, je ne sais pas agir en chef.
Ton serviteur est au milieu du peuple que tu as élu, un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut le compter ni le recenser.
Donne à ton serviteur un cœur plein de jugement pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait gouverner ton peuple, qui est si grand ? »
10 Il plut au regard du Seigneur que Salomon ait fait cette demande ;
11 et Dieu lui dit : « Parce que tu as demandé cela, que tu n’as pas demandé pour toi de longs jours, ni la richesse, ni la vie de tes ennemis, mais que tu as demandé pour toi le discernement du jugement,
12 voici que je fais ce que tu as dit : je te donne un cœur sage et intelligent comme personne ne l’a eu avant toi et comme personne ne l’aura après toi.
13 Et même ce que tu n’as pas demandé, je te le donne aussi : une richesse et une gloire comme à personne parmi les rois après toi, durant tous les jours.
14 Et si tu suis mes voies, gardant mes lois et mes commandements comme a fait ton père David, je t’accorderai une longue vie. »
15 Salomon s’éveilla et voilà que c’était un songe. Il rentra à Jérusalem et se tint devant l’arche de l’alliance du Seigneur ; il offrit des holocaustes et des sacrifices de communion et donna un banquet à tous ses serviteurs.
16 Alors deux prostituées vinrent vers le roi et se tinrent devant lui.
17 L’une des femmes dit : « S’il te plaît, Monseigneur ! Moi et cette femme nous habitons la même maison, et j’ai eu un enfant, alors qu’elle était dans la maison.
18 Il est arrivé que, le troisième jour après ma délivrance, cette femme aussi a eu un enfant ; nous étions ensemble, il n’y avait pas d’étranger avec nous, rien que nous deux dans la maison.
19 Or le fils de cette femme est mort une nuit parce qu’elle s’était couchée sur lui.
20 Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon fils d’à côté de moi pendant que ta servante dormait ; elle le mit sur son sein et son fils mort elle le mit sur mon sein.
21 Je me levai le matin pour allaiter mon fils, et voici qu’il était mort ! Mais, au matin, je l’examinai, et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté ! »
22 Alors l’autre femme dit : « Ce n’est pas vrai ! Mon fils est celui qui est vivant, et ton fils est celui qui est mort ! » et celle-là reprenait : « Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! » Elles se disputaient ainsi devant le roi
23 qui prononça : « Celle-ci dit : « Voici mon fils qui est vivant et c’est ton fils qui est mort ! » et celle-là dit : « Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! »
24 Apportez-moi une épée », ordonna le roi ; et on apporta l’épée devant le roi,
25 qui dit : « Partagez l’enfant vivant en deux et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre. »
26 Alors la femme dont le fils était vivant s’adressa au roi, car sa pitié s’était enflammée pour son fils, et elle dit : « S’il te plaît, Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant vivant, qu’on ne le tue pas ! » mais celle-là disait : « Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! »
27 Alors le roi prit la parole et dit : « Donnez l’enfant vivant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère. »
28 Tout Israël apprit le jugement qu’avait rendu le roi, et ils révérèrent le roi car ils virent qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice.
Lire la suite:1 Rois, Chapitre 4
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 q) Selon cette tradition, attestée par le Cantique des Cantiques et 2 Ch 8.11, il s’agirait probablement de Psousennès II, dernier roi de la XXIe dynastie. — La « Cité de David » correspond à la ville primitive de Jérusalem, cf. 2 S 5.9.


5 r) Les songes étaient un des principaux moyens de communication entre Dieu et les hommes, cf. Gn 20.3 ; 28 ; 31.11, 24 ; 37.5 et Nb 12.6.


9 s) Salomon demande une sagesse pratique, non pas pour sa propre conduite, mais pour celle du peuple. Cf. 5.13 ; Ex 31.3.


27 t) Littéralement « à elle ».


28 u) Dans tout l’ancien Orient, la première qualité du roi est d’être juste. Pour Israël, cf. Ps 72.1-2 ; Pr 16.12 ; 25.5 ; 29.14 ; Isa 9.6. Salomon l’a demandé, v. 9, Dieu l’a accordé, vv. 11-12, et l’histoire des vv. 16-28 montre cette justice en action.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 172 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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