L'expression clé qui se cache derrière l'entretien du Christ avec les pharisiens que nous lisons aujourd'hui est : « et c'est tout ». Voilà ce qui attire le plus dans le légalisme : son caractère limité. Le légalisme enseigne qu'il faut accomplir dans le détail l'ensemble des commandements connus depuis Moïse — et c'est tout, rien d'autre n'est exigé ; il ne reste plus qu'à...
L'expression clé qui se cache derrière l'entretien du Christ avec les pharisiens que nous lisons aujourd'hui est : « et c'est tout ». Voilà ce qui attire le plus dans le légalisme : son caractère limité. Le légalisme enseigne qu'il faut accomplir dans le détail l'ensemble des commandements connus depuis Moïse — et c'est tout, rien d'autre n'est exigé ; il ne reste plus qu'à signer le reçu des bienfaits du paradis. Au fond, la participation de Dieu à tout cela n'est ni nécessaire ni envisagée : Il est tenu de « verser » le salut qui revient à ceux qui remplissent certaines conditions dont nous avons nous-mêmes attribué l'origine à Dieu. Et, tant il est commode, le légalisme ne se limite nullement au judaïsme : c'est une maladie spirituelle de l'humanité entière. Ce n'est pas sans raison que le Seigneur Jésus-Christ appelle Ses disciples à se garder de ce levain.
Quand des employés traitent ainsi leur employeur, nous appelons cela une « grève du zèle » ; et nous savons tous que, lors d'une grève du zèle, lorsque l'on applique strictement les instructions, sans s'en écarter d'un pas ni rien faire en dehors de leur cadre, le fonctionnement de tout établissement s'arrête complètement. Même la simple vie professionnelle est incomparablement plus riche que n'importe quel ensemble de règles. En outre, l'expérience montre que, dans une grève du zèle, un mur aveugle et infranchissable se dresse entre l'employé et l'employeur. Au fond, le légalisme est une grève du zèle contre Dieu.
À l'inverse, le mot clé du chemin auquel le Christ nous appelle est « ensemble ». Ensemble avec Dieu dans le tourbillon de la vie, où le nouveau et l'imprévu surgissent à chaque pas. Ensemble avec Dieu, quand la seule « instruction » ferme est d'être toujours avec Lui. Ce n'est pas un hasard si, dans le passage d'aujourd'hui, le Seigneur Jésus évoque les prophètes que le légalisme faisait périr : toute leur prédication est un appel à être avec Dieu à chaque instant. Toute la substance de l'annonce prophétique se résume à ceci : l'unique but de notre vie est Dieu. Il ne nous est destiné aucune autre récompense ; mais peut-il y en avoir une plus grande ?
Et les prophètes, devançant le Seigneur Jésus, disent qu'il faut très peu pour être avec Dieu : prendre part à Son amour, à cet amour dont Il aime notre prochain. Le plus souvent, cela se remarque à peine et n'apporte donc pas d'honneur, pas de « premiers sièges dans les synagogues », selon l'expression du Christ. Dieu, Lui non plus, ne nous donne pas Ses louanges, mais Lui-même. Le choix entre le chemin du Christ et le légalisme s'avère ainsi être un choix entre l'Incompréhensible Lui-même et ce que l'on peut obtenir de Lui.
29 o) C’est-à-dire un miracle qui exprime et justifie l’autorité de Jésus, cf. Jn 2.11 ; 1.18. Voir Mt 8.3.
30 p) Sur le « signe de Jonas », voir Mt 12.39.
36 q) Le texte des vv. 35-36, de transmission troublée, est sans doute corrompu. Le sens de l’ensemble du logion est pourtant clair le message, que Jésus adresse à tous, peut être compris de tous ; il suffit pour cela d’avoir l’intelligence saine, c’est-à-dire dégagée de tout préjugé égoïste, cf. Jn 3.19-21.
39 r) Luc, qui dépend ici d’une source commune avec Mt, reviendra sur le même sujet, 20.45-47, en dépendance de Mc. Mt a combiné les deux sources en un seul discours (23). Cf. 10.1 ; 17.22.
41 s) Texte d’interprétation difficile. On traduit aussi « ce qui est dedans ».
44 t) Contractant ainsi une impureté rituelle, Nb 19.16.
48 u) Ironique. En bâtissant des tombeaux aux prophètes, les légistes croient réparer les fautes de leurs pères. Mais ils ont les mêmes dispositions qu’eux.
49 v) Il s’agit ici des décrets divins interprétés par Jésus.
53 w) L’opposition des ennemis de Jésus va grandissant Lc, mieux que Mc, en a marqué les étapes, 6.11 ; 11.53-54 ; 19.48 ; 20.19-20 ; 22.2.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.