Les noms des dieux, les noms sacrés ont toujours joué un rôle particulier dans la vie du peuple juif comme dans celle des autres peuples de l'Antiquité. Le fait est que, dès des temps très anciens, quelque chose de particulier était lié au nom, que ce soit le nom d'un homme, d'un esprit ou même d'un animal domestique. La justification d'une telle attitude n'est pas difficile à trouver dans le Livre de la Genèse, au deuxième chapitre, où il est question de la création de l'homme et de la manière dont l'homme, créé par Dieu à Son image et à Sa ressemblance, donna des noms aux animaux que Dieu lui amenait, le texte parlant d'abord des animaux domestiques. Le mot hébreu correspondant peut désigner aussi bien un nom commun, une appellation, qu'un nom propre ; dans tous les cas, il s'agit du lien du nom avec le sens de ce qui est nommé et de la relation de l'homme avec celui à qui il donne un nom. Si Dieu ou un autre esprit révèle à l'homme Son nom, ou son nom, cela signifie qu'Il, ou il, se révèle à l'homme, entre en contact avec lui et lui permet de s'adresser à Lui, ou à lui. Il n'est pas étonnant que les noms des dieux, les noms sacrés, aient reçu dans l'Antiquité tant d'attention : ils n'étaient jamais prononcés simplement ainsi ; en nommant le nom d'une divinité ou d'un esprit, on pouvait toujours attendre une réponse, un écho, une manifestation. Le yahvisme adopte cette attitude envers le nom sacré : ce n'est pas par hasard que, parmi les dix commandements, il y en a un, le troisième, qui interdit de mentionner le nom de Dieu en vain. Quant aux noms des dieux païens, sur ce fond apparaît une exigence tout à fait compréhensible : ne pas les mentionner du tout, veiller à ce qu'ils ne s'échappent pas même accidentellement de la langue. On pourrait penser qu'une parole lâchée par hasard, et en particulier un nom mentionné par hasard, ne compte pas. Mais la Torah nous rappelle qu'il n'y a pas de hasard dans la vie spirituelle : si le nom de quelqu'un nous vient constamment à la langue, cela signifie qu'au fond de notre âme le lien avec celui qui porte ce nom est assez fort. Dans ce cas, il ne peut plus être question d'une vie spirituelle normale : si tel est le cas, cela signifie qu'au centre de notre vie se tient non pas Dieu, mais quelqu'un d'autre. Il faudra alors oublier non seulement le troisième commandement, mais aussi le premier. Et le chemin de Dieu également. |
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