Les reproches adressés aux juges injustes sont sévères. Bien sûr, ils ne concernent pas seulement les juges qui prononcent des sentences en vertu de leur fonction, mais aussi chacun de nous, si prompt à porter des jugements. Bien que nous nous rappelions souvent les célèbres paroles : « Et qui sont les juges ? », elles ne conviennent pas ici. Le personnage du « Malheur d’avoir trop d’esprit » demandait si certaines personnes avaient ou non le droit de juger ; le psalmiste, sans mettre en cause des personnes particulières, parle du problème même du jugement injuste.
Le psalmiste est mû par l’espérance que la justice se réalisera. Mais nous rencontrons ici une nouvelle fois un passage difficile : la soif de justice se manifeste dans le désir de vengeance, dans le rêve de se baigner dans le sang de ses ennemis. Cela s’accorde difficilement avec les commandements évangéliques d’amour et de pardon ; de nos jours, de tels rêves risquent plutôt de repousser beaucoup de personnes.
C’est vrai. Mais le chemin vers la Bonne Nouvelle n’a pas encore été parcouru ; on ne fait encore que poser les fondations qui permettront de la recevoir. Les hommes de cette époque étaient bien plus habitués à voir le triomphe sanglant de l’injustice. C’est pourquoi l’espérance du triomphe de la justice, même exprimée de manière si belliqueuse, affermissait la certitude de la défaite inévitable du mal.
