Dans le Livre des Psaumes, on rencontre souvent des souhaits de malheur et même des malédictions adressées aux impies. On entend souvent cette question : comment cela s'accorde-t-il avec l'appel évangélique à aimer les ennemis ? À première vue, il peut sembler qu'il y ait là une contradiction insoluble. Mais qu'est-ce que l'amour des ennemis dont parle le Sauveur ? Dans la Bible, l'amour est toujours, avant tout, une relation et une intention, non une appréciation ni une émotion. Nous aimons un homme non pas lorsqu'il nous plaît ou lorsque nous sommes d'accord et solidaires avec lui, mais lorsque nous voulons son bien. Qu'est-ce donc que le bien, s'il s'agit d'un pécheur et de son péché ? Autrement dit : comment pourrions-nous aider un pécheur si nous voulions vraiment son bien ? Il va de soi que détruire le pécheur, le faire disparaître de nos yeux, l'isoler de la société ou en faire un exclu ne résoudra pas le problème : par là, le pécheur ne cessera pas de pécher, à moins que tout cela ne soit accompagné d'une action spirituelle tout autre sur son cœur. La tâche suprême, dans ce cas, sera de faire en sorte que le pécheur cesse de pécher, non par contrainte, non par nécessité ou faute de possibilité, mais de son plein gré, à la suite du repentir et de la conversion. Il semblerait que la menace de mort ne soit pas ici le meilleur argument. Bien sûr, sous la menace de la mort, le pécheur peut s'arrêter ; mais se repentir sincèrement, cela est bien moins sûr. Cependant il ne s'agit pas seulement ici d'une menace physique, mais de ce qu'on appelle le jugement de Dieu. Il semblerait qu'un jugement reste un jugement, qu'il demeure de toute façon un instrument de contrainte, et rien de plus. Le criminel non repentant perçoit toujours le tribunal comme un instrument de violence exercée sur lui, et son opinion ne changera guère, même s'il sait qu'il n'y a pas et ne peut pas y avoir de tribunal plus élevé que celui devant lequel il se tient à cet instant. Et pourtant il y a une différence entre le jugement humain, même le plus juste, et le jugement de Dieu : le jugement de Dieu n'est pas seulement appréciation et sentence, il est aussi rencontre avec Dieu face à face. Peu importe alors l'apparence extérieure de cette rencontre et les conséquences physiques qu'elle entraîne. Ce qui importe, c'est autre chose : cette rencontre devient pour l'homme un moment de vérité, et donc une chance de repentir, une chance que personne parmi les hommes ne pourra lui offrir. L'homme ne peut que témoigner de Dieu, de Son jugement et de Sa miséricorde ; Dieu, Lui, peut manifester tout cela de manière visible. Bien sûr, l'homme peut ne pas saisir même une telle chance : la liberté reste la liberté. Mais dans ce cas, il devra vraisemblablement oublier le salut pour toujours. |
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