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La Bible en cinq ans pour le 23 novembre 2021

La Bible de Jérusalem (fr)

Josué, Chapitre 22

III. Fin de la carrière de Josué> 1 1. RETOUR DES TRIBUS ORIENTALES LA QUESTION DE LEUR AUTEL, 1 Renvoi du contingent transjordanien., 9 Érection d’un autel sur les bords du Jourdain., 13 Reproches adressés aux tribus orientales., 21 Justification des tribus d’outre-Jourdain., 30 Rétablissement de l’accord.
Josué convoqua les Rubénites, les Gadites et la demi-tribu de Manassé
et leur dit : « Vous avez observé tout ce que Moïse, serviteur de Yahvé, vous a ordonné, et vous avez écouté ma voix chaque fois que je vous ai donné un ordre.
Vous n’avez pas abandonné vos frères, depuis longtemps jusqu’à aujourd’hui, gardant l’observance du commandement de Yahvé votre Dieu.
Maintenant Yahvé votre Dieu a procuré à vos frères le repos comme il le leur avait dit. Retournez donc à vos tentes, au pays où vous avez vos domaines et que Moïse, serviteur de Yahvé, vous a donné au-delà du Jourdain.
Seulement, prenez bien soin de mettre en pratique le commandement et la Loi que Moïse, serviteur de Yahvé, vous a prescrits : d’aimer Yahvé votre Dieu, de suivre toujours ses voies, d’observer ses commandements, de vous attacher à lui et de le servir de tout votre cœur et de toute votre âme. »
Josué les bénit et les renvoya ; et ils s’en allèrent à leurs tentes.
À une demi-tribu de Manassé, Moïse avait donné un territoire en Bashân ; à l’autre demi-tribu, Josué en donna un avec leurs frères de l’autre côté du Jourdain, à l’ouest. Comme il les renvoyait à leurs tentes, Josué les bénit
et leur dit : « Vous retournerez à vos tentes avec de grandes richesses, du bétail à foison, de l’argent, de l’or, du bronze, du fer et des vêtements en très grande quantité ; partagez avec vos frères le butin de vos ennemis. »
Les fils de Ruben et les fils de Gad s’en retournèrent avec la demi-tribu de Manassé et quittèrent les Israélites à Silo, dans le pays de Canaan, pour s’en aller au pays de Galaad, là où ils avaient leurs domaines dont ils avaient la possession selon l’ordre de Yahvé par l’intermédiaire de Moïse.
10 Lorsqu’ils furent arrivés à Gelilot du Jourdain, qui se trouve au pays de Canaan, les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé bâtirent là un autel sur le bord du Jourdain, un autel de grande apparence.
11 Les Israélites l’apprirent. Voici, disait-on, que les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé ont construit cet autel, du côté du pays de Canaan, près de Gelilot du Jourdain, du côté des Israélites.
12 À cette nouvelle, toute la communauté des Israélites se rassembla à Silo pour lancer contre eux une attaque.
13 Les Israélites envoyèrent auprès des fils de Ruben, des fils de Gad et de la demi-tribu de Manassé, au pays de Galaad, le prêtre Pinhas, fils d’Éléazar,
14 et avec lui dix notables, un notable par tribu pour toutes les tribus d’Israël, chacun d’eux étant chef de sa famille parmi les clans d’Israël.
15 Parvenus chez les fils de Ruben, chez les fils de Gad et dans la demi-tribu de Manassé au pays de Galaad, ils leur dirent :
16 « Ainsi parle toute la communauté de Yahvé : Que signifie cette infidélité que vous avez commise envers le Dieu d’Israël, vous détournant aujourd’hui de Yahvé et vous bâtissant un autel, ce qui est aujourd’hui une rébellion contre Yahvé ?
17 « N’était-ce donc pas assez pour nous du crime de Péor, dont nous n’avons pas encore réussi à nous purifier jusqu’à présent, en dépit du fléau qui a sévi contre toute la communauté de Yahvé ?
18 Or vous vous détournez aujourd’hui de Yahvé, et puisque aujourd’hui vous vous révoltez contre Yahvé, demain il s’irritera contre toute la communauté d’Israël.
19 « Si donc le pays où vous avez vos domaines est impur, passez dans le pays qui est le domaine de Yahvé, là où est installée la demeure de Yahvé, et soyez propriétaires au milieu de nous. Mais ne vous révoltez pas contre Yahvé et ne nous entraînez pas dans votre rébellion en vous bâtissant un autel rival de l’autel de Yahvé notre Dieu.
20 Lorsque Akân, fils de Zérah, se rendit coupable d’infidélité à l’égard de l’anathème, la Colère ne s’abattit-elle pas sur toute la communauté d’Israël, quoiqu’il ne fût qu’un seul individu ? Ne dut-il pas mourir pour son crime ? »
21 Les fils de Ruben, les fils de Gad et la demi-tribu de Manassé, prenant la parole, répondirent aux chefs des milliers d’Israël :
22 « Le Dieu des dieux, Yahvé, le Dieu des dieux, Yahvé le sait bien, et Israël doit le savoir : si c’est par rébellion ou par infidélité envers Yahvé que nous avons agi, ne nous sauve pas en ce jour,
23 et si nous avons bâti un autel pour nous détourner de Yahvé et pour y offrir l’holocauste et l’oblation, ou pour y faire des sacrifices de communion, que Yahvé en demande compte !
24 Mais non, c’est par inquiétude que nous avons agi ainsi en nous disant : Demain, vos fils pourraient dire aux nôtres : « Qu’y a-t-il de commun entre vous et Yahvé, le Dieu d’Israël ?
25 Yahvé n’a-t-il pas mis entre nous et vous, fils de Ruben et fils de Gad, une frontière qui est le Jourdain ? Vous n’avez aucune part sur Yahvé. » Ainsi vos fils seraient cause que les nôtres cesseraient de craindre Yahvé.
26 « Aussi nous sommes-nous dit : Bâtissons-nous cet autel destiné non à des holocaustes ni à d’autres sacrifices,
27 mais à servir de témoin entre nous et vous et entre nos descendants après nous, attestant que c’est bien le culte de Yahvé que nous accomplissons devant sa face par nos holocaustes, nos victimes et nos sacrifices de communion. Vos fils ne pourront donc pas dire demain aux nôtres : « Vous n’avez aucune part sur Yahvé ! »
28 Et nous nous sommes dit : S’il leur arrivait toutefois de dire cela soit à nous-mêmes, soit demain à nos descendants, nous répondrions : « Regardez la forme de l’autel de Yahvé que nos pères ont fait, non en vue d’holocaustes ou d’autres sacrifices, mais comme un témoin entre nous et vous. »
29 Loin de nous de nous révolter contre Yahvé et de nous détourner aujourd’hui de Yahvé en bâtissant, pour y offrir holocaustes, oblations ou sacrifices, un autel rival de l’autel de Yahvé notre Dieu, érigé devant sa demeure. »
30 Quand le prêtre Pinhas, les notables de la communauté et les chefs des milliers d’Israël qui l’accompagnaient eurent entendu les paroles prononcées par les fils de Ruben, les fils de Gad et les fils de Manassé, ils les approuvèrent.
31 Alors le prêtre Pinhas, fils d’Éléazar, dit aux fils de Ruben, aux fils de Gad et aux fils de Manassé : « Nous savons aujourd’hui que Yahvé est au milieu de nous, puisque vous n’avez pas commis une telle infidélité à son égard ; dès lors, vous avez préservé les Israélites du châtiment de Yahvé. »
32 Le prêtre Pinhas, fils d’Éléazar, et les notables, ayant quitté les fils de Ruben et les fils de Gad, revinrent du pays de Galaad dans le pays de Canaan, auprès des Israélites auxquels ils rapportèrent la réponse.
33 La chose plut aux Israélites ; les Israélites rendirent grâces à Dieu et ne parlèrent plus de lancer contre eux une attaque et de ravager le pays habité par les fils de Ruben et les fils de Gad.
34 Les fils de Ruben et les fils de Gad appelèrent l’autel..., « car, disaient-ils, il sera un témoin entre nous que c’est Yahvé qui est Dieu. »
Lire la suite:Josué, Chapitre 23
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 s) Le chap. 22 est composite les vv. 1-6 sont deutéronomistes et répondent à 1.12-18 ; les vv. 7-9 ajoutent la demi-tribu de Manassé qui ne figurait pas d’abord dans le récit ; les vv. 10-34 portent des marques de rédaction sacerdotale. Cependant ce récit utilise une tradition ancienne. Il peut garder le souvenir d’une opposition cultuelle entre le sanctuaire de Silo, cf. vv. 9 et 12, avec son sacerdoce, cf. vv. 13s, 30s, et les tribus de Transjordanie que l’on considérait comme vivant en dehors de la Terre Promise qui s’arrêtait au Jourdain.


16 t) L’initiative de Ruben et de Gad est condamnée, ici et v. 19, du point de vue de la loi d’unicité du sanctuaire, Dt 12.5, postérieure à cet épisode.


22 u) Cette formule qui ne suppose aucun polythéisme est un archaïsme littéraire venant de Gn 33.20 ; 46.3 ; Nb 16.22 ; cf. aussi Dt 10.17 ; Ps 50.1 ; Dn 11.36.


34 v) Le nom a disparu du texte ; il devait contenir le mot « témoin ». Comparer l’explication du nom de Galaad, Gn 31.47-48.


Le livre de Josué se divise en trois parties : a) la conquête de la Terre Promise, 1-12 ; b) la répartition du territoire entre les tribus, 13-21 ; c) la fin de la carrière de Josué, et spécialement son dernier discours et l’assemblée de Sichem, 22-24. Il est certain que ce livre n’a pas été écrit par Josué lui-même, comme l’a admis la tradition juive, et qu’il met en œuvre des sources variées. Dans la première partie, on reconnaît, dans les chap. 2-9, un groupe de traditions qui se rattachent très probablement au sanctuaire benjaminite de Gilgal. Les chap. 2 et 9, l’histoire d’une femme, Rahab, et celle d’un groupe d’étrangers, les Gabaonites, encadrent ce premier ensemble littéraire. Dans les chap. 10-11, on trouve deux histoires de batailles, celle de Gabaôn et celle de Mérom, auxquelles est rattachée la conquête de tout le sud puis de tout le nord du pays. L’histoire des Gabaonites, chap. 9, en enjambant sur 10.1-6, fait le lien entre ces deux groupes de chapitres, vraisemblablement réunis avant la fin de l’époque monarchique.

Les traditions recueillies dans les chap. 3-8 ont été conservées à Gilgal, un sanctuaire de Benjamin ; la figure de Josué, qui est un Éphraïmite, pourrait bien y être secondaire ; sa présence dans les récits veut souligner que, dès avant la royauté, l’entrée en Canaan s’est faite sous un chef unique. L’aspect étiologique de ces récits, c’est-à-dire leur souci d’expliquer des faits ou des situations qui restent observables, est indéniable et obéit à une motivation historique. Dans les récits relatifs à Jéricho, chap. 6, et à Aï, chap. 8, l’historicité des événements rapportés est difficile à prouver et ne reçoit pas l’appui des découvertes archéologiques.

La seconde partie est un exposé géographique d’un genre tout différent. Le chap. 13 localise les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de Manassé, déjà installées par Moïse en Transjordanie, d’après Nb 32, cf. Dt 3.12-17. Les chap. 14-19 concernent les tribus à l’ouest du Jourdain et combinent deux sortes de documents : une description des limites des tribus, qui est d’une précision très inégale et qui remonte pour le fond à l’époque prémonarchique, et des listes de villes qui ont été ajoutées. La plus détaillée est celle des villes de Juda, 15, qui, complétée par une partie de villes de Benjamin, Jos 18.25-28, répartit les villes en douze districts ; elle reflète une division administrative du royaume de Juda, probablement sous Josaphat. En manière de compléments, le chap. 20 énumère les villes de refuge dont la liste n’est pas antérieure au règne de Salomon ; le chap. 21, sur les villes lévitiques, est une addition postérieure à l’Exil, qui utilise cependant les souvenirs de l’époque monarchique.

Dans la troisième partie, le chap. 22, sur le retour des tribus d’outre-Jourdain et l’érection d’un autel au bord du fleuve, porte les marques de rédactions deutéronomiste et sacerdotale ; il a pour origine une tradition particulière dont l’âge et le sens sont incertains. Le chap. 24 préserve le vieux et authentique souvenir d’une assemblée à Sichem et du pacte religieux qui y fut conclu.

À la rédaction deutéronomiste, on peut attribuer, outre des retouches de détail, les passages suivants : 1 (en grande partie) ; 8.30-35 ; 10.28-43 ; 11.11-24 ; 12 (sauf la liste) ; 22.1-8 ; 23 ; la révision de 24. La manière dont le chap. 24, retouché dans l’esprit du Deutéronome, a été maintenu à côté du chap. 23, qui s’en inspire mais est d’une autre main, fournit l’indice de deux éditions successives du livre.

Celui-ci présente la conquête de toute la Terre Promise comme le résultat d’une action d’ensemble des tribus sous la conduite de Josué. Le récit de Jg 1 offre un tableau différent : on y voit chaque tribu luttant pour son territoire et souvent mise en échec ; c’est une tradition d’origine judéenne, dont les éléments ont pénétré dans la partie géographique de Josué, Jos 13.1-6 ; 14.6-15 ; 15.13-19 ; 17.12-18. Cette image d’une conquête dispersée et incomplète est plus proche de la réalité historique, que l’on ne peut restituer que d’une manière conjecturale. L’installation dans le Sud de la Palestine se fit à partir de Cadès et du Négeb et surtout par des groupes qui ne furent que progressivement intégrés à Juda : les Calébites, Qenizzites, etc., et les Siméonites. L’installation en Palestine centrale fut l’œuvre des groupes qui traversèrent le Jourdain sous la conduite de Josué et qui comprenaient les éléments des tribus d’Éphraïm-Manassé et de Benjamin. L’installation dans le Nord eut une histoire particulière : les tribus de Zabulon, Issachar, Asher et Nephtali étaient établies depuis un temps indéterminé et ne sont pas descendues en Égypte. À Sichem, elles se rallièrent à la foi yahviste que le groupe de Josué avait apportée et elles acquirent leurs territoires définitifs en luttant contre les Cananéens qui les avaient asservies ou qui les menaçaient. Dans ces différentes régions, l’installation se fit en partie par des actions guerrières, en partie par une infiltration pacifique et par des alliances avec les précédents occupants du pays. Il faut retenir comme historique le rôle de Josué dans l’installation en Palestine centrale, depuis le passage du Jourdain jusqu’à l’assemblée de Sichem. Considérant la date qui a été indiquée pour l’Exode (Introduction au Pentateuque), on peut proposer la chronologie suivante : entrée des groupes du Sud vers 1250, occupation de la Palestine centrale par les groupes venant d’outre-Jourdain à partir de 1225, expansion des groupes du Nord vers 1200 av. J.-C.

De cette histoire complexe, que nous ne restituons que par hypothèse, le livre de Josué donne un tableau idéalisé et simplifié. Il est idéalisé : l’épopée de la sortie d’Égypte se continue dans cette conquête où Dieu intervient miraculeusement en faveur de son peuple. Il est simplifié : tous les épisodes se sont polarisés autour de la grande figure de Josué, qui mène les combats de la Maison de Joseph, 1-12, et à qui est attribuée une répartition du territoire qui ne s’effectua pas par lui ni d’un coup, 13-21. Le livre s’achève par les adieux et la mort de Josué, 23, 24 ; ainsi, du début à la fin, il en est le personnage principal. En lui, les Pères de l’Église ont reconnu une préfiguration de Jésus : non seulement il porte le même nom sauveur, mais le passage du Jourdain, introduisant avec lui dans la Terre Promise, est le type du baptême en Jésus qui introduit à Dieu, et la conquête et la répartition du territoire sont devenues l’image des victoires et de l’expansion de l’Église.

Cette terre de Canaan est bien, dans l’horizon de l’Ancien Testament, le vrai sujet du livre : le peuple, qui avait trouvé son Dieu au désert, reçoit maintenant sa terre, et il la reçoit de son Dieu. Car c’est Yahvé qui a combattu pour les Israélites, Jos 23.3-10 ; 24.11-12, et leur a donné en héritage le pays qu’il avait promis aux Pères, 23.5, 14.

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