Pourquoi les prophètes étaient-ils si rarement et si peu volontiers écoutés ? Que signifie donc entendre un prophète ? Les prophètes n'ont rien dit de complètement nouveau. Ils repensaient souvent les représentations traditionnelles du Jugement, du Royaume, de la communion avec Dieu, et ils furent les premiers à parler du Messie à venir...
Pourquoi les prophètes étaient-ils si rarement et si peu volontiers écoutés ? Que signifie donc entendre un prophète ? Les prophètes n'ont rien dit de complètement nouveau. Ils repensaient souvent les représentations traditionnelles du Jugement, du Royaume, de la communion avec Dieu, et ils furent les premiers à parler du Messie à venir. La plus grande partie de ce que disaient les prophètes était déjà connue de leurs auditeurs d'une manière ou d'une autre : le plus souvent, en effet, ils leur rappelaient la Torah, la nécessité d'observer les commandements, et le fait qu'aucun sacrifice ne peut remplacer la communion vivante avec Dieu, sans laquelle il perd tout simplement son sens. Beaucoup avaient sans doute l'impression de n'avoir rien entendu d'intéressant ni de nouveau, que les prophètes disaient des banalités et qu'il n'y avait pas lieu de les écouter.
La nature humaine déchue a tendance à chercher la diversité plus que la profondeur. Les prophètes s'efforçaient justement de diriger leurs auditeurs vers la profondeur, en pensant avant tout à leur vie spirituelle. La nouveauté de l'appel prophétique dans la vie d'une personne concrète ne pouvait apparaître que si cette personne essayait réellement de les observer, non pas de temps en temps, à l'occasion, mais constamment, chaque jour et à chaque heure. Alors il deviendrait très vite clair à une telle personne qu'au fond elle n'était pas du tout juste, qu'elle était encore infiniment loin de l'idéal proposé par la Torah. Elle comprendrait soudain que c'est précisément dans le train-train quotidien, dont est faite la vie de toute personne ordinaire, qu'il est le plus difficile d'observer les commandements. Tous les rappels des commandements lui paraîtraient tout à fait appropriés, comme chaque bruit susceptible de l'empêcher de s'endormir paraît approprié à la sentinelle qui craint de s'assoupir à son poste.
Les personnes qui désirent une telle vie ont toujours été peu nombreuses. Ici, une religiosité occasionnelle ne suffit pas ; il faut des efforts spirituels constants, qui deviennent appropriés lorsque Dieu devient pour l'homme la réalité certaine et véritable de sa propre vie. La même qu'Il était pour les prophètes. Alors le chemin de la justice, qui mène au Royaume de Dieu, prend sens lui aussi. Sinon, hélas, tous les appels à observer la Torah paraissent aux auditeurs soit des banalités, soit de simples paroles vides. Pourtant le vide qu'ils voient n'est pas dans les paroles des prophètes, mais dans leur propre coeur.
Le livre de Baruch est un des livres deutérocanoniques absents de la Bible hébraïque. Il est placé par la Bible grecque entre Jérémie et les Lamentations, par la Vulgate après les Lamentations. D’après l’introduction, 1.1-14, il aurait été écrit par Baruch, le secrétaire de Jérémie, à Babylone après la déportation et envoyé à Jérusalem pour être lu dans les assemblées liturgiques. Il contient : une prière de confession et d’espoir, 1.15 – 3.8, un poème sapientiel, 3.9 – 4.4, où la Sagesse est identifiée à la Loi, une pièce prophétique, 4.5 – 5.9, où Jérusalem personnifiée s’adresse aux exilés et où le prophète l’encourage par le rappel des espoirs messianiques.
L’introduction a été écrite directement en grec ; la prière de 1.15 – 3.8, qui développe celle de Dn 9.4-19, remonte certainement à un original hébreu et la même conclusion est probable pour les deux autres pièces. La date de composition la plus vraisemblable est le milieu du Ier siècle av. J.-C.
La Bible grecque garde à part la Lettre de Jérémie, que la Vulgate rattache au livre de Baruch, chap. 6, avec un titre spécial. C’est une dissertation apologétique contre le culte des idoles, développant dans un style banal les thèmes déjà exploités par Jr 10.1-16 ; Isa 44.9-20. L’idolâtrie ici visée est celle de Babylone à une basse époque. La Lettre, qui semble avoir été écrite en hébreu, date de la période grecque, sans qu’on puisse préciser davantage ; 2 M 2.1-3 paraît y faire allusion.
Un petit fragment du texte grec a été découvert dans l’une des grottes de Qumrân ; la paléographie le date des environs de 100 av. J.-C.
L’intérêt du recueil composite qui porte le nom de Baruch est de nous introduire dans les communautés de la Dispersion et de nous montrer comment la vie religieuse y était maintenue par les rapports avec Jérusalem, la prière, le culte de la Loi, l’esprit de revanche et les rêves messianiques. Avec les Lamentations, il est aussi un témoin du grand souvenir laissé par Jérémie, puisqu’on rattacha les deux petits livres au prophète et à son disciple. Le souvenir de Baruch s’est perpétué ; au IIe siècle de notre ère, on mit sous son nom deux Apocalypses qui nous ont été conservées, l’une en grec, l’autre en syriaque (avec des fragments grecs).