La justice a toujours été objet d'envie et de haine pour ceux qui ne voulaient pas suivre le chemin de la justice. Les objections avancées étaient les plus diverses: c'est difficile, totalement impossible, peu avantageux, absurde... Et derrière toutes les objections il y avait toujours une seule chose...
La justice a toujours été objet d'envie et de haine pour ceux qui ne voulaient pas suivre le chemin de la justice. Les objections avancées étaient les plus diverses: c'est difficile, totalement impossible, peu avantageux, absurde... Et derrière toutes les objections il y avait toujours une seule chose: la peur. De quoi donc l'impie a-t-il peur? En quoi le juste peut-il le menacer? Il existe, bien sûr, une «justice» agressive particulière, dont les porteurs estiment que le pécheur mérite la mort ou, au minimum, un châtiment sévère pour son péché.
Mais le véritable juste n'adopte jamais une telle position. Il condamne toujours le péché de manière claire et ferme, mais il ne se hâte jamais de prononcer une sentence sur le pécheur. Et il ne s'agit pas ici de mollesse de coeur ni d'indécision, mais du fait que toute justice humaine est la conséquence non de l'absence de péché dans la vie du juste, mais de la lutte contre lui. Tout véritable juste comprend qu'il n'est pas sans péché et qu'il suit Dieu malgré ses péchés. Il comprend aussi que son chemin s'achèvera au Jour du Jugement avec tous les autres, qu'ils soient justes ou pécheurs. Alors seulement il deviendra clair ce que chacun vaut. C'est pourquoi le juste ne se hâte pas de tirer des conclusions lorsqu'il s'agit de son prochain.
La menace que le juste représente pour l'impie est ailleurs. Elle est dans le fait même de l'existence de la justice et des justes. Dans le fait qu'il existe une alternative à cet ordre du monde fondé sur le mensonge et le mal. Certes, il arrive que l'impie soit contrarié de voir quelqu'un qu'il sent meilleur que lui, malgré toute sa bravade. Mais il ne s'agit pas seulement de cette contrariété; il s'agit du fait que l'existence d'une alternative à l'ordre des choses habituel pour l'impie dévalorise cet ordre et, à la fin, le détruit inévitablement. La tentative de forcer le juste à se détourner du chemin de la justice, en mobilisant toute la force du mal dans lequel gît le monde déchu, paraît tout à fait naturelle dans un tel contexte. On dit en quelque sorte au juste: il t'est facile d'être juste et de parler de justice tant que tu n'as pas vu le monde tel qu'il est, sans fard, dans toute la plénitude de sa laideur. Voyons ce que tu diras quand tu le verras!
Si, même dans une telle situation, le juste reste fidèle à lui-même et à Dieu, l'impie se trouble d'ordinaire, même s'il s'efforce de ne pas le montrer. Rien d'étonnant à cela: car le triomphe de la justice face au mal du monde ne peut signifier qu'une seule chose: à ce mal et au monde qui gît dans le mal, il existe réellement une alternative. Il y a le Royaume, où ni le mal ni le péché n'ont de place, et il est plus fort que le mal du monde. Donc le mal est condamné. Avec ceux qui en vivent et le défendent.