Il arrive que des gens exposent quelque chose de connu de tous et communément admis, si évident que cela n’a besoin d’aucune preuve. Qui, en effet...
Il arrive que des gens exposent quelque chose de connu de tous et communément admis, si évident que cela n’a besoin d’aucune preuve. Qui, en effet, contestera que Dieu est omniscient et que l’homme est limité dans sa connaissance ? Et à partir de cette prémisse, il n’est pas difficile d’arriver à cette conclusion de la religiosité quotidienne : s’il en est ainsi, mieux vaut rester tranquille et se taire. L’homme naît comme un ânon, pas plus intelligent, et le voilà pourtant qui entreprend de raisonner sur les affaires de Dieu, et même d’adresser à Dieu certaines réclamations.
Ici, bien sûr, il ne s’agit pas d’une agression consciente, mais d’une simple réaction nerveuse du croyant ordinaire, dérangé dans sa sérénité religieuse. Mais elle devient un élément indissociable du tableau religieux sur le fond duquel se déploie la catastrophe existentielle vécue par Job dans ce texte précis. Ses amis, au fond, se soucient peu de l’issue de la discussion ; ce qui leur importe, c’est que leur monde ne s’effondre pas comme s’est effondré le monde de Job. Voilà pourquoi il importe que Job se conduise avec plus de calme et de retenue, qu’il ne généralise pas et ne tire pas de conclusions trop vastes. Dans le monde, tout est simple, et il n’y a pas lieu de compliquer les choses.
On conseille à Job de vivre plus simplement : trouver ce qui, dans sa vie jusqu’ici, n’allait pas et ce à quoi il n’a peut-être pas prêté attention, tout réexaminer, secouer pour ainsi dire sa propre vie ; et voilà, tout changera, les problèmes disparaîtront, tout redeviendra comme avant. Comme on dit, il est facile de résoudre le malheur d’autrui avec ses mains... Mais il n’y a pas que cela : il y a aussi cette conviction propre à la religiosité populaire que les formes établies de la vie, y compris religieuse, sont salvatrices et guérissantes par elles-mêmes.
Fais tout comme il faut, comme faisaient les pères, recommence simplement comme il est d’usage de commencer, et tout ira bien. Une panne s’est produite quelque part : eh bien, essayons de redémarrer la machine. C’est ainsi que l’homme moderne redémarre parfois son ordinateur dans l’espoir de se débarrasser des problèmes apparus, comptant qu’après le redémarrage ils disparaîtront d’eux-mêmes. Avec les ordinateurs, il faut le reconnaître, cela arrive parfois, mais seulement si les problèmes ne sont pas trop sérieux. Or l’homme n’est pas un ordinateur. Ici, le redémarrage ne servira à rien.