La terre conquise par les Hébreux venus d’Égypte n’était évidemment pas vide. Il y avait déjà des villes, des villages, des champs, des jardins, des vignes. Le peuple hébreu a reçu tout cela « gratuitement ». En réalité, bien sûr, le peuple de Dieu n’a rien trouvé de gratuit sur la terre donnée par Dieu. Quand nous lisons...
La terre conquise par les Hébreux venus d’Égypte n’était évidemment pas vide. Il y avait déjà des villes, des villages, des champs, des jardins, des vignes. Le peuple hébreu a reçu tout cela « gratuitement ». En réalité, bien sûr, le peuple de Dieu n’a rien trouvé de gratuit sur la terre donnée par Dieu. Quand nous lisons dans la Bible la conquête de la Palestine, il est important de se rappeler que cette conquête ne signifiait pas que les habitants locaux avaient disparu sans retour, avaient été massacrés ou chassés, et que les conquérants avaient reçu tout ce qu’ils possédaient prêt à l’emploi.
De nombreuses villes furent effectivement prises d’assaut et détruites, d’autres se rendirent sans combat, et toutes les tribus locales n’opposèrent pas de résistance aux conquérants. Mais même lorsqu’il s’agissait de la conquête d’une ville et de sa destruction, personne ne s’installait dans les maisons d’autrui. Les paroles de l’écrivain sacré ne doivent pas être comprises littéralement. Cependant, elles sont incontestablement justes en ce qui concerne l’accès des Hébreux à une vie nouvelle pour eux et beaucoup plus confortable que celle des temps nomades.
Ils ont reçu toute une civilisation déjà formée, qu’ils ont d’ailleurs assimilée rapidement et solidement : en l’espace d’une ou deux générations seulement, les Hébreux sont passés de nomades à agriculteurs et artisans, ayant appris tout ce que savaient faire les habitants locaux. Et ils ne devaient en remercier que Dieu, qui les avait conduits jusqu’à la terre promise et leur avait donné la possibilité de la conquérir.
Cependant, la gratitude fut loin d’être toujours adéquate ; le plus souvent, il fallait parler de « gratitude » entre guillemets : après la conquête de la Palestine, le paganisme commença à se répandre largement dans le peuple hébreu, le culte des dieux locaux palestiniens, qui se combinait chez eux de façon étrange avec des éléments de yahvisme.
Humainement parlant, il n’y avait rien d’étonnant ici : les Hébreux apprenaient tout de leurs voisins, ils adoptaient leur mode de vie, et adopter en même temps le culte des dieux locaux était, dans une telle situation, plus que naturel. Mais c’est précisément cette naturalité que le peuple de Dieu devait éviter : car de cette manière il trahissait et perdait de fait Celui qui lui avait donné cette terre qu’il avait tant aimée. Beaucoup pensaient que l’amour de la terre signifiait aussi l’amour des dieux locaux.
En réalité, c’était précisément par amour pour la terre donnée par Dieu qu’il fallait rejeter ces dieux qui, selon les païens, semblaient la protéger. Mais tous ne le comprenaient pas, et ceux qui le comprenaient étaient une minorité. Il fut nécessaire au peuple de Dieu de passer par l’exil, il lui fut nécessaire de perdre la terre donnée par Dieu afin de comprendre cette vérité simple, mais vitale. La comprendre pour ne plus jamais répéter les erreurs de ses ancêtres, qui s’étaient détournés de Dieu au nom de la terre donnée par lui.