Les gens sensés ont toujours compris, en tout temps, qu'il faudrait répondre d'une manière ou d'une autre de ses paroles. Sinon devant les hommes, devant Dieu assurément. Les insensés le comprenaient aussi, mais d'ordinaire quand il était déjà trop tard. Ceux qui pensent le moins à leur responsabilité sont généralement ceux qui se considèrent comme les défenseurs de Dieu. Ceux qui défendent, par exemple, son droit de juger le pécheur. Souvent, ces gens devancent même Dieu: chaque malheur, chaque échec d'une personne, ils l'expliquent par les péchés commis par cette personne, même s'ils ne savent rien de précis à leur sujet. Et s'ils savent quelque chose, les leçons ne finissent généralement plus. À première vue, au moins formellement, les accusateurs ont raison: le péché est visible, et les échecs et malheurs du pécheur peuvent bien être les conséquences de son péché. S'il n'y avait pas un « mais »: le droit d'accuser le pécheur suppose aussi la volonté de porter la responsabilité de ses propres péchés. Or il arrive souvent que les accusateurs, consciemment ou non, accusent autrui d'abord pour détourner l'attention de Dieu et des hommes de leurs propres péchés. Certes, Dieu n'est pas un homme, mais peut-être prendra-t-Il en compte la position de l'accusateur? Après tout, l'accusateur L'a soutenu de toutes ses forces... Il est vrai qu'au préalable ce même accusateur n'a pas pris la peine de demander à Dieu s'Il avait besoin d'un tel soutien. Et s'il l'avait demandé, il aurait appris qu'Il n'en a pas besoin. Non même pas seulement parce que Dieu voit et sait tout parfaitement sans l'aide des hommes, et comme aucun homme ne verra ni ne connaîtra l'âme d'autrui, mais parce qu'Il ne fait pas de l'accusation son but. Il sait déjà parfaitement que tous les hommes sont pécheurs. Mais Il ne veut pas les punir pour leur péché; Il veut les délivrer de ce péché et les sauver. Oui, bien sûr, la délivrance du péché peut être douloureuse pour le pécheur. Mais on ne peut pas considérer cette douleur comme un châtiment: ce n'est que la douleur d'une procédure médicale nécessaire, mais douloureuse. Si quelqu'un punit l'homme pour son péché, c'est seulement lui-même, d'abord en péchant, puis en récoltant les conséquences de son propre péché, auquel le pécheur refuse souvent de renoncer malgré tout. Mais les accusations humaines, dans ce cas, n'aident généralement pas. Elles n'aident généralement pas du tout parce que les accusateurs ne cherchent pas à aider: ils sont convaincus que Dieu veut punir le pécheur, et non le sauver. Or de telles accusations du péché d'autrui, avec le désir que le pécheur soit puni aussi sévèrement que possible, sont elles-mêmes un péché. Ne serait-ce que parce qu'aucun de nous n'est juge de quiconque. L'évaluation de l'acte d'autrui nous est possible et permise; l'évaluation de l'homme et de son état de péché ne l'est pas. Pas plus que la détermination de la mesure du châtiment qu'il mérite pour son péché. Il vaut mieux laisser cela à Dieu. Et Lui saura sauver quiconque peut être sauvé. |
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