Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 22 juin 2021

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Corinthiens, Chapitre 11,  vers 16-33

III. Apologie de Paul> 1 Paul se voit contraint de faire son propre éloge.
16 Je le répète, qu’on ne me prenne pas pour un insensé ; ou bien alors, acceptez-moi au moins comme tel, que je puisse à mon tour me glorifier un peu.
17 Ce que je vais dire, je ne le dirai pas selon le Seigneur, mais comme un insensé, dans l’assurance d’avoir de quoi me glorifier.
18 Puisque tant d’autres se glorifient selon la chair, je vais, moi aussi, me glorifier.
19 Vous supportez si volontiers les insensés, vous qui êtes sensés !
20 Oui, vous supportez qu’on vous asservisse, qu’on vous dévore, qu’on vous pille, qu’on vous traite avec arrogance, qu’on vous frappe au visage.
21 Je le dis à votre honte ; c’est à croire que nous nous sommes montré faible...
Mais ce dont on se prévaut — c’est en insensé que je parle — , je puis m’en prévaloir, moi aussi.
22 Ils sont Hébreux ? Moi aussi. Ils sont Israélites ? Moi aussi. Ils sont postérité d’Abraham ? Moi aussi.
23 Ils sont ministres du Christ ? (Je vais dire une folie !) Moi, plus qu’eux. Bien plus par les travaux, bien plus par les emprisonnements, infiniment plus par les coups. Souvent j’ai été à la mort.
24 Cinq fois j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ;
25 trois fois j’ai été battu de verges ; une fois lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage. Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abîme !
26 Voyages sans nombre, dangers des rivières, dangers des brigands, dangers de mes compatriotes, dangers des païens, dangers de la ville, dangers du désert, dangers de la mer, dangers des faux frères !
27 Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité !
28 Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne, le souci de toutes les Églises !
29 Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle ?
30 S’il faut se glorifier, c’est de mes faiblesses que je me glorifierai.
31 Le Dieu et Père du Seigneur Jésus, qui est béni éternellement, sait que je ne mens pas.
32 À Damas, l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville des Damascéniens pour m’appréhender,
33 et c’est par une fenêtre, dans un panier, qu’on me laissa glisser le long de la muraille, et ainsi j’échappai à ses mains.
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

16 l) Il ne l’a jamais dit, cf. au contraire 2 Co 11.1. C’est la preuve que Paul se soucie peu d’exactitude formelle dans ces pages brûlantes. Sa « folie », 2 Co 11.1, 17, 19, 21, 23 ; 12.11, qui n’en est pas une, 2 Co 11.16 ; 12.6, consiste à se glorifier « selon la chair », 2 Co 11.18, c’est-à-dire à se vanter de sa race, 11.22, de ses travaux et de ses souffrances, 2 Co 11.23-26, de ses révélations, 2 Co 12.1-5. Mais il peut le faire sans être fou, car c’est la vérité, 2 Co 12.6. S’il le fait, c’est pour se comparer à ses adversaires sur leur propre terrain, 2 Co 11.21-23, et aussi désarmer ceux qui le dénigrent, 2 Co 11.5-12 ; 12.11-15. Mais il le fait à contre-cœur, 2 Co 12.11. Son véritable titre de gloire, il le trouve dans sa faiblesse, 2 Co 11.30 ; 12.5, 9, car c’est elle qui manifeste le mieux la force du Christ, 2 Co 12.9, en montrant avec évidence que l’extraordinaire puissance qui agit par l’apôtre ne vient pas de lui mais de Dieu, 2 Co 4.7.


21 m) Où « à notre honte ».


21 n) Les nécessités de la polémique ont obligé plusieurs fois saint Paul à revenir, comme ici, sur son passé de Juif authentique Ga 1.13-14 ; Rm 11.1 ; Ph 3.4-6 ; cf. Ac 22.3s ; 26.4-5.


25 o) Les circonstances dans lesquelles Paul a enduré ces épreuves sont pour la plupart inconnues.


Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.

La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.

Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.

Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.

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