En décrivant sa vie et son ministère, Paul dit qu’il a plus de raisons de se glorifier et de s’affirmer que la plupart de ceux qui estiment avoir le droit de se glorifier et de s’affirmer aux dépens...
En décrivant sa vie et son ministère, Paul dit qu’il a plus de raisons de se glorifier et de s’affirmer que la plupart de ceux qui estiment avoir le droit de se glorifier et de s’affirmer aux dépens des chrétiens de Corinthe. En effet : pour l’Église, pour le véritable témoignage rendu au Christ et au Royaume, Paul a fait plus que n’importe lequel de ceux qui, à Corinthe, prétendaient au titre de maîtres et d’apôtres et, sur cette base, exigeaient pour eux respect, honneur et soutien matériel. De plus, à en juger par les paroles de l’apôtre, leurs exigences prenaient parfois des formes assez grossières, et dans leurs rapports avec les frères ils pouvaient être fort arrogants.
Manifestement, ces gens se prenaient réellement pour des maîtres et des apôtres, tout en étant persuadés que ce statut leur donnait des droits particuliers dans la communauté ecclésiale, droits qu’ils n’entendaient nullement négliger. Pour Paul, un tel comportement témoignait justement de leur ignorance complète de la vie chrétienne : Jésus n’a-t-Il pas dit plus d’une fois à Ses disciples que, dans le Royaume, la place la plus élevée et la plus importante revient à celui qui porte les ministères les plus difficiles et les plus responsables, à celui sur qui repose la plus grande responsabilité ?
C’est précisément la mesure de la responsabilité, et non le statut, qui détermine les droits et les possibilités de l’homme dans le Royaume, et donc dans l’Église. Si la situation dans une communauté ecclésiale concrète est différente, il faut alors parler de la « déraison » de ses membres, qui supportent de tels « maîtres » et « apôtres » et leur donnent des places d’honneur et un pouvoir sur eux.
Il ne s’agit évidemment pas d’une quelconque déraison au sens ordinaire du terme (selon les normes de ce monde, la situation corinthienne était justement tout à fait compréhensible et raisonnable), mais de l’incompréhension, par les membres de la communauté ecclésiale de Corinthe, des lois fondamentales de la vie spirituelle en général et chrétienne en particulier. Autrement, il est impossible d’expliquer pourquoi ils permettaient à leurs maîtres et guides de les « asservir », de les « dévorer », de les « dépouiller », de les « frapper au visage ».
Même si l’on suppose que Paul exagère ici quelque peu et parle de manière imagée, la situation devient tout de même assez claire : les chrétiens de Corinthe estiment manifestement que leurs « maîtres » ont le droit de les traiter ainsi précisément parce qu’ils sont des « maîtres ». Mais c’est justement cette attitude envers leurs maîtres et leurs guides qui témoigne de la « déraison » spirituelle des chrétiens de Corinthe, de leur incompréhension de ce que doivent être les relations dans l’Église, si du moins l’on parle bien de l’Église avec une majuscule.
16 l) Il ne l’a jamais dit, cf. au contraire 2 Co 11.1. C’est la preuve que Paul se soucie peu d’exactitude formelle dans ces pages brûlantes. Sa « folie », 2 Co 11.1, 17, 19, 21, 23 ; 12.11, qui n’en est pas une, 2 Co 11.16 ; 12.6, consiste à se glorifier « selon la chair », 2 Co 11.18, c’est-à-dire à se vanter de sa race, 11.22, de ses travaux et de ses souffrances, 2 Co 11.23-26, de ses révélations, 2 Co 12.1-5. Mais il peut le faire sans être fou, car c’est la vérité, 2 Co 12.6. S’il le fait, c’est pour se comparer à ses adversaires sur leur propre terrain, 2 Co 11.21-23, et aussi désarmer ceux qui le dénigrent, 2 Co 11.5-12 ; 12.11-15. Mais il le fait à contre-cœur, 2 Co 12.11. Son véritable titre de gloire, il le trouve dans sa faiblesse, 2 Co 11.30 ; 12.5, 9, car c’est elle qui manifeste le mieux la force du Christ, 2 Co 12.9, en montrant avec évidence que l’extraordinaire puissance qui agit par l’apôtre ne vient pas de lui mais de Dieu, 2 Co 4.7.
21 m) Où « à notre honte ».
21 n) Les nécessités de la polémique ont obligé plusieurs fois saint Paul à revenir, comme ici, sur son passé de Juif authentique Ga 1.13-14 ; Rm 11.1 ; Ph 3.4-6 ; cf. Ac 22.3s ; 26.4-5.
25 o) Les circonstances dans lesquelles Paul a enduré ces épreuves sont pour la plupart inconnues.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.