Paul décrit assez pleinement ce que nous appellerions aujourd’hui la composante ascétique de la vie chrétienne. Cependant, aujourd’hui, pour beaucoup, l’ascèse est associée...
Paul décrit assez pleinement ce que nous appellerions aujourd’hui la composante ascétique de la vie chrétienne. Cependant, aujourd’hui, pour beaucoup, l’ascèse est associée à la « mortification de la chair », à la lutte contre son propre corps, et parfois contre sa propre nature en général. L’apôtre, lui, comprend l’ascèse dans son sens originel : comme l’organisation de sa vie spirituelle, et de sa vie tout court, autour de ce noyau spirituel que l’on appelait à son époque la Torah intérieure. Et l’un des problèmes de toute pratique ascétique, à toutes les époques, a été celui des intentions humaines incontrôlées.
Qu’est-ce qu’une intention ? C’est la volonté, dont la source est le « moi » spirituel de l’homme, appelé dans la Bible le cœur, unie à l’objet vers lequel elle est dirigée. Aucun acte, aucune décision, aucun simple regard jeté sur quelque chose n’existe sans l’acte volontaire qui l’accompagne. Non seulement décider quelque chose ou choisir quoi que ce soit, mais même simplement voir ou entendre quelque chose (ou quelqu’un) est impossible sans un effort volontaire particulier à chaque fois. Mais il arrive souvent que celui qui regarde ou qui entend, par exemple, s’identifie à ce qu’il voit ou entend.
De même, une personne qui vit tel ou tel état spirituel ou psychique peut s’y identifier, comme cela arrive souvent dans les affects. Et alors ce n’est plus la volonté de l’homme qui le dirige, mais ce à quoi il s’identifie. L’homme livre lui-même sa volonté, et donc lui-même, à la captivité de ce qui n’est qu’une partie de sa propre nature, et il se perd lui-même, son véritable « moi », qui est la source de toute volonté et de toute vie.
Paul comprend parfaitement que la question n’est pas de savoir ce qu’un chrétien peut ou ne peut pas voir, entendre, manger ou boire, mais s’il devient spirituellement captif de ce qu’il a vu, entendu, mangé ou bu. S’il s’identifie à tout cela ou s’il reste intérieurement libre, capable à tout moment de cesser de faire ce qui peut lui faire obstacle sur le chemin spirituel. La débauche, violation du septième commandement, se révèle particulièrement dangereuse spirituellement. Et il ne s’agit pas ici d’une défectuosité particulière de la vie sexuelle en tant que telle, mais du fait que, pour l’homme, contrairement à l’animal, le « sexe pur » est impossible.
Pour l’homme, il ne peut être qu’une partie de ces relations qui l’unissent à son partenaire sexuel dans toute leur plénitude et leur profondeur, de sorte que même avec une prostituée, qui par définition n’est là que pour une nuit, l’homme devient un seul tout, et cette unité demeure pour toujours, pour toute l’éternité. Ici, c’est soit la plénitude des relations et le mariage dans la plénitude de la vie, soit la plénitude de la destruction réciproque et la mort. C’est pourquoi l’apôtre accorde tant d’attention à ce thème : ce n’est pas du moralisme, mais une parole sur le Royaume, sur le salut, sur la vie et la mort.