Les paroles de Jésus sur les impôts (« tributs ») payés à l'empereur sont souvent comprises comme l'exigence d'une soumission totale à toute autorité, dont l'un des éléments serait le paiement exact de tous les impôts dus. Pourtant, dans le récit évangélique, la question se pose un peu autrement. Il ne s'agit pas ici de savoir s'il faut payer des impôts en général; on y discute de savoir s'il est permis de le faire.
Le fait est qu'à cette époque il existait en Judée des partisans d'opinions extrêmes, en réalité tout à fait extrémistes, sur le pouvoir romain, et plus largement sur tout pouvoir séculier. C'étaient les zélotes, autrement dit, les « zélateurs ». Ils estimaient qu'il fallait lancer l'insurrection messianique le plus tôt possible, et qu'elle devait être dirigée avant tout contre le pouvoir romain (la Judée faisait alors partie de l'Empire romain), puis contre tout autre pouvoir séculier en général, y compris celui d'Hérode le Tétrarque, qui gouvernait alors la Galilée.
Comme le gouvernement de la Judée était alors hiérocratique et que le pouvoir appartenait au grand prêtre, une telle situation demeurait dans l'ensemble acceptable pour les zélotes. Mais le procurateur romain présent à Jérusalem était pour eux un objet d'irritation constante, tout comme les soldats romains qui passaient, même rarement, dans les rues de la ville sainte, avec les collecteurs d'impôts qui travaillaient naturellement d'abord pour Rome. Ce sont ces zélotes qui considéraient qu'il était impie de payer les impôts, que c'était une trahison envers Dieu et envers la vraie foi, telle qu'ils la comprenaient.
Or un appel direct à refuser de payer les impôts équivalait, aux yeux des Romains, à un appel à la désobéissance au pouvoir et à la révolte; il était assimilé à une trahison de l'État, avec toutes les conséquences qui en découlaient. La question posée publiquement à Jésus était donc clairement provocatrice. Le Sauveur y répond pourtant d'une manière quelque peu inattendue: il dit que la question des impôts n'a pas de rapport direct avec la vie spirituelle. Que l'empereur reçoive ou non l'argent qui lui est dû est une question de ce monde; pour le Royaume, cela n'a aucune importance. En ne payant pas l'impôt, l'homme ne se rapprochera pas du Royaume, pas plus qu'il ne s'en rapprochera en étant le contribuable le plus scrupuleux. Les impôts, comme toute la problématique économique et politique en général, ne sont importants que dans la mesure où ils influent d'une manière ou d'une autre sur l'état spirituel de l'homme; tout le reste est secondaire.
C'était la réponse du Sauveur à ceux qui croyaient que le Royaume et son avènement étaient une question politique, et non spirituelle, que le Royaume se construirait selon les lois de ce monde. Jésus leur rappelle une fois encore: même si le Royaume entre dans notre monde déchu, il n'existe pas selon ses lois, et les impôts n'ont pas plus de rapport avec lui que toutes les autres institutions du monde déchu.
