Dans son épître à l'Église de Corinthe, Paul mentionne des péchés très graves commis par certains de ses membres. L'apôtre estime alors nécessaire de « livrer à Satan celui qui a fait une telle chose ». Une telle proposition peut paraître étrange, mais seulement au premier regard...
Dans son épître à l'Église de Corinthe, Paul mentionne des péchés très graves commis par certains de ses membres. L'apôtre estime alors nécessaire de « livrer à Satan celui qui a fait une telle chose ». Une telle proposition peut paraître étrange, mais seulement au premier regard. Si l'on perçoit l'Église comme Paul la perçoit, tout se met en place. Pour l'apôtre, en effet, l'Église n'est pas une organisation, ni même une communauté religieuse, mais le corps du Christ.
C'est avant tout une réalité spirituelle, une manifestation du Royaume sur la terre, dans notre monde en cours de transfiguration mais pas encore transfiguré jusqu'au bout. Et si l'on prive une personne de la communion avec l'Église, si on la sépare du Royaume, les conséquences pour elle peuvent être très graves : elle a déjà participé à la vie du Royaume, et y renoncer signifie pour elle la mort spirituelle. On pourrait dire, certes, que beaucoup ne savent rien du Royaume et vivent de la vie de ce monde sans éprouver, semble-t-il, de désagrément particulier. Mais ces personnes n'ont jamais connu autre chose que cette ressemblance de vie propre à ce monde, qu'elles prennent par malentendu pour la vraie vie.
Leurs âmes et leurs corps se sont adaptés à cette existence à demi vivante et fonctionnent tant bien que mal dans le régime correspondant, sans laisser leurs possesseurs mourir définitivement. Et si quelqu'un parvient à vivre autrement, cela signifie qu'il ne vit tout de même pas seulement de la vie de ce monde, mais aussi, en partie, de la vie du Royaume, en en saisissant le souffle : maintenant que, selon la parole du Sauveur, il s'est approché, sentir et saisir ce souffle est devenu beaucoup plus simple qu'avant la venue du Christ.
Mais pour une personne qui a déjà goûté la vie pleine du Royaume au sein du corps du Christ, le retour en arrière signifie une catastrophe spirituelle presque inévitable, et peut-être pas seulement spirituelle. Pourtant, dans le cas d'un péché conscient, il est impossible d'agir autrement. Une chose est le péché dont le pécheur souffre et se repent, comprenant qu'il a fait quelque chose d'incompatible avec sa vie chrétienne : là, le pardon et le retour à l'état précédent sont possibles. Après tout, Dieu veut le salut du pécheur, non sa perte.
Mais sauver signifie d'abord délivrer de tout ce qui empêche de vivre de la vie du Royaume, donc avant tout du péché. Si une personne ne veut être délivrée de rien, considérant son péché comme une norme, alors le Royaume lui est fermé. Non parce que Dieu ne l'aime pas, mais parce qu'elle aime elle-même son péché plus qu'elle-même, du moins plus que son vrai moi, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Là, il n'y a plus rien à faire : l'homme est libre et choisit lui-même ce qui lui est le plus cher. Et il porte toutes les conséquences de son choix.
1 d) Sa belle-mère. Interdite par l’AT (Lv 18.8) et le droit romain, cette union était tolérée par la majorité des rabbins chez les païens convertis, ce qui explique peut-être l’indulgence de la communauté de Corinthe qui n’était pas soumise au droit civil romain. Le concile de Jérusalem interdit de telles unions aux chrétiens issus du paganisme, Ac 15.20.
3 e) Le pécheur avait agi précisément comme un chrétien, mais il avait mal compris l’admonition de Paul pour qui les croyants devraient être différents, Ph 2.14-16.
4 f) Paul insiste sur sa présence spirituelle afin d’avoir une voix dans les délibérations de la communauté qui est seule responsable de la qualité de sa vie chrétienne.
5 g) Souvent on parle ici d’« excommunication », mais le mot est absent de la Bible (il ne correspond pas exactement à « anathème », Jos 6.17 ; 16.22). Des peines d’exclusion étaient en usage dans l’AT, dans le judaïsme, à Qumrân. Le NT présente plusieurs cas où les motifs et les modes d’exécution de la peine ne sont pas semblables. Parfois le coupable était tenu pour un temps à l’écart de la communauté, 5.2, 9-13 ; 2 Th 3.6-14 ; Tt 3.10 ; cf. 1 Jn 5.16-17 ; 2 Jn 10 ; parfois il était « livré », ici ; 1 Tm 1.20, à Satan, privé du soutien de l’Église des saints et dès lors exposé au pouvoir que Dieu laisse à son Adversaire, 2 Th 2.4, cf. Jb 1.6 ; même en ces cas extrêmes le repentir et le salut final sont espérés, ici ; 2 Th 3.15, etc. Une telle discipline suppose un certain pouvoir de la communauté sur ses membres, cf. Mt 18.15-18.
6 h) Littéralement « Elle n’est pas belle votre vanterie ».
7 i) Le levain est ici symbole de corruption comme en Ga 5.9 ; Mt 16.6 et contrairement à Mt 13.33 ; le pain azyme (sans levain) est symbole de pureté, v. 8. Nous avons ici un exemple typique de la morale paulinienne devenez ce que vous êtes. « Vous êtes purs, purifiez-vous. » Réalisez dans votre vie ce que le Christ a réalisé en vous quand vous êtes devenus chrétiens. Cf. Rm 6.11-12 ; Col 3.3-5.
8 j) À Pâques, selon le rituel juif, on faisait disparaître tout le pain levé qui se trouvait dans la maison (Ex 12.15), on immolait l’agneau pascal (Ex 12.6) et l’on mangeait des pains sans levain (Ex 12.18-20). Ce sont là des préparations symboliques du mystère chrétien. — Par son sacrifice, le Christ, véritable agneau pascal, détruit le vieux levain du péché et rend possible une vie sainte et pure, symbolisée par les pains sans levain. Il est possible que cette comparaison ait été suggérée à Paul par la période de l’année où il écrivait, 16.8.
9 k) La lettre « précanonique », voir l’Introd.
11 l) C’est-à-dire membre de la communauté chrétienne, Ac 1.15.
13 m) Ceux qui n’appartiennent pas à la communauté, cf. Mc 4.11 ; Col 4.5 ; 1 Th 4.12 ; 1 Tm 3.7. L’expression vient du judaïsme, cf. Si prologue, v. 5.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.