En poursuivant la discussion sur les avantages du fait d'être juif, Paul dit directement qu'il n'y a pas de tels avantages. Mais il parle bien sûr d'avantages non pas religieux, mais proprement spirituels. Il n'est question d'aucune tradition, d'aucune théologie, ni même d'aucune connaissance de la Torah comme texte. Un avantage au sens spirituel ne pourrait appartenir qu'à celui qui pourrait vivre sans pécher; mais de telles personnes, malheureusement, n'existent pas dans notre monde déchu (v. 9).
Pour confirmer sa pensée, l'apôtre cite les paroles d'un ancien psaume qui décrit de manière saisissante la nature pécheresse de l'homme (v. 10-18). À cela, bien sûr, on aurait toujours pu objecter que la Torah n'exigeait pas de l'homme l'absence de péché; elle exigeait seulement le bon choix dans une situation concrète, un choix conforme aux normes de la Torah. Mais Paul, dans ce cas, polémique, comme on le voit, avec ceux qui étaient convaincus qu'on pouvait se libérer du péché et entrer dans le Royaume en accomplissant ce que l'apôtre appelle en grec les «oeuvres de la Torah» ou les «oeuvres de la Loi» (v. 20).
Il s'agit, apparemment, de ce qu'en hébreu on appelle le mot mitsva, traduit littéralement par «commandement» ou «précepte». Pourtant, au temps de Paul, dans le milieu juif, il commença à désigner ce que nous appelons aujourd'hui habituellement des obligations religieuses. Et l'observance de la Torah, dans cette compréhension du commandement, se réduisait à l'accomplissement de nombreuses obligations religieuses, dont certaines trouvaient leur fondement dans le texte de la Torah, tandis que d'autres s'appuyaient exclusivement sur la tradition rabbinique existant à cette époque.
On pourrait voir ici une polémique peu visible au premier regard avec une autre école rabbinique connue, l'école de Shammaï, avec les représentants de laquelle les disciples de Hillel menaient des discussions constantes. C'est précisément Shammaï qui était convaincu que l'accomplissement des obligations religieuses sanctifie et purifie l'homme par lui-même. Mais l'apôtre met l'accent ailleurs. Il dit que la Torah ne sert nullement à rivaliser les uns avec les autres dans l'accomplissement d'une multitude d'obligations religieuses. Elle est nécessaire pour, selon l'expression de Paul, «connaître le péché», c'est-à-dire apprendre à distinguer le péché de la justice et à voir ce qui fait obstacle à celui qui va vers le Royaume sur son chemin (v. 20). La Torah n'est pas une baguette magique ouvrant les portes du Royaume à celui qui la possède; elle ressemble plutôt à une boussole qui aide à ne pas s'écarter du chemin de la justice. Et tout autre usage la rend inutile, tandis que les espoirs placés dans son efficacité deviennent illusoires.
