Parfois, la plénitude de la vie de Dieu en Jésus se manifeste de manière inhabituelle et inattendue. La foule est prête à le saisir, mais Lui, d'une certaine manière, passe au milieu d'elle. Était-il inaperçu, ou invulnérable? Peut-être les deux à la fois. L'évangéliste n'explique pas comment exactement Il réussit à traverser cette foule agressive. Il est tout simplement passé près d'elle. Il se mouvait dans une autre dimension, dans un autre espace, dans l'espace de son Royaume, qui ne Lui a jamais été fermé, même lorsqu'extérieurement Il ne se distinguait en rien des autres hommes. On ne Le voyait pas parce qu'Il aurait utilisé quelque procédé spécial pour se dissimuler, comme un bonnet d'invisibilité de conte, mais parce qu'Il s'était déplacé là où ceux qui Le poursuivaient ne pouvaient pénétrer, bien qu'ils continuaient à Le voir. De manière semblable, après sa résurrection, Il était visible pour ses disciples allant à Emmaüs tout en se trouvant dans le Royaume, dont la frontière avec le monde non transfiguré passait par la route même sur laquelle ils marchaient, de sorte qu'Il se trouvait d'un côté de la frontière et eux de l'autre. Dès qu'Il s'éloigna de la frontière vers l'intérieur du Royaume, Il disparut aux yeux des apôtres. Mais près de la frontière, Il était visible même pour ceux qui n'étaient pas encore entrés dans le Royaume. Ainsi la foule pouvait Le voir sans entrer dans son Royaume. Mais Le toucher, Le saisir, était impossible. Cette invulnérabilité paraît étrange au regard de tout ce qui arriva ensuite, lorsqu'Il fut tout de même arrêté, jugé et exécuté. S'Il pouvait devenir invulnérable à la foule alors, qu'est-ce qui L'empêchait de faire de même plus tard? Techniquement, rien. Les paroles qu'Il prononça au jardin de Gethsémani au sujet des légions d'anges n'étaient pas une allégorie, mais la constatation d'un fait, l'indication d'une possibilité tout à fait réelle, dont Il ne pouvait toutefois user qu'à condition de se résoudre à violer la volonté de son Père céleste. Dans la vie de Jésus, rien n'était contraint ni inévitable au sens où ces choses existent pour nous. Sa vie était déterminée seulement par son choix et par les décisions de son Père, qu'Il acceptait et recevait comme les siennes propres. Il ne pouvait pas ne pas aller à la croix, non parce qu'Il n'avait pas d'autre issue, mais parce qu'autrement Il n'aurait pas accompli ce pour quoi Il était venu dans le monde. Mais alors, à Nazareth, il était encore trop tôt pour Lui de mourir. Et Il partit. Il quitta la foule en passant par le chemin de son Royaume. Ce chemin, qui traverse notre monde déchu, L'aida alors à échapper aux mains d'une foule hostile. Puis il Le conduisit à la croix. |
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