Le deuxième psaume est depuis longtemps perçu dans la tradition chrétienne comme messianique. Pourtant, du point de vue historique, on ne peut guère le considérer ainsi : il est très vraisemblable que cet hymne soit consacré à l’intronisation de l’un des rois d’Israël ou de Juda, peut-être même Salomon lui-même. Les majuscules dans les versets correspondants ne sont qu’une interprétation du traducteur, car les manuscrits anciens en général, et les manuscrits hébreux anciens en particulier, ne connaissent pas la différence entre lettres majuscules et minuscules. Mais cela signifie-t-il que cet hymne n’a aucun rapport avec la tradition messianique ? Formellement, oui ; pourtant les choses ne sont peut-être pas si simples. Et si l’hymne était vraiment consacré à Salomon ? Alors il ne parle pas seulement de Salomon, mais aussi de son père David, et donc de cette alliance que Dieu conclut avec lui en lui promettant que ses descendants occuperaient le trône de Jérusalem aussi longtemps que Jérusalem elle-même existerait. Au fond, la représentation du Messie « de la lignée de David » est liée précisément à ces promesses données par Dieu : d’où attendre un roi juste, sinon de la lignée de David, qui fut lui-même un exemple vivant de juste sur le trône ? Mais, au départ, ce Messie, cet Oint avec une majuscule, n’était pas quelque chose d’exceptionnel ; il n’était pas Messie au sens où nous parlons du Messie aujourd’hui. Il était perçu comme un homme ordinaire ayant une vocation particulière d’en haut, comme un souverain juste établi par Dieu, qui, en dehors de sa justice irréprochable, ne se distinguerait en rien des autres hommes. Et son royaume était imaginé comme le royaume terrestre le plus ordinaire, ne différant des autres que par un juste jugement et des lois correctes fondées sur la Torah. Et sans doute, chaque fois qu’un souverain donnait un motif d’espérer sa justice, les fidèles le regardaient avec une espérance secrète : ne serait-ce pas lui ? Le temps serait-il venu où s’accompliraient les promesses données par Dieu à David ? Ce n’est que lorsque, par les grands prophètes, une nouvelle révélation fut donnée à Israël qu’il devint clair que, avec le Messie, tout n’était pas si simple et qu’Il ne viendrait pas si vite. Mais les attentes ne disparaissaient pas, pas plus que ne disparut la tradition de percevoir les hymnes correspondants comme des hymnes consacrés à l’Oint promis par Dieu. Il ne restait alors qu’un pas pour les inclure dans la tradition messianique. Pas franchi par la première génération de chrétiens.