Dans sa lettre à Philémon, Paul parle d'un certain homme nommé Onésime, qui, semble-t-il, était l'esclave de Philémon et...
Dans sa lettre à Philémon, Paul parle d'un certain homme nommé Onésime, qui, semble-t-il, était l'esclave de Philémon et que Paul renvoie maintenant à son maître, non plus comme un esclave, mais comme un frère dans le Christ (v. 15–16). Avant sa conversion, Onésime n'était apparemment pas un homme très consciencieux ; mais, après s'être tourné vers le Christ sous l'influence de la prédication de l'apôtre, il a complètement changé. Paul lui-même l'appelle son « fils », au sens spirituel, bien entendu (v. 10–12). Une telle attitude envers les esclaves était évidemment déterminée avant tout par les exigences de la Torah, qui interdit l'esclavage à vie et demande de traiter l'esclave comme un égal. Elle différait des normes du monde gréco-romain, où l'esclave n'était souvent même pas considéré comme un être humain : on ne voyait en lui, selon l'expression d'Aristote, qu'un « outil parlant », une sorte de bétail doué de parole. Certes, les normes de la Torah concernant les esclaves ne s'appliquaient initialement qu'aux esclaves hébreux ; mais, avant même la venue du Christ dans le monde, certaines maisons juives avaient commencé à traiter ainsi tous les esclaves qui y vivaient, indépendamment de leur origine.
Pour Paul, il était évident que tout esclave était non seulement un être humain comme les autres, mais aussi un chrétien potentiel, auprès de qui l'on pouvait et devait témoigner en priorité : c'est en effet le maître qui répond devant Dieu du mode de vie de ses esclaves. Et si un esclave s'est converti et est devenu chrétien, il faut désormais construire les relations avec lui selon les lois du Royaume, et non selon celles de notre monde encore non transfiguré. C'est ce que Paul écrit à Philémon. En lui demandant d'accueillir Onésime « non comme un esclave, mais comme plus qu'un esclave, comme un frère bien-aimé » (v. 16), Paul vise une réalité spirituelle, non sociale. Selon les lois de la société où vivent Philémon et Onésime, le second reste l'esclave du premier ; mais selon les lois du Royaume, où les rapports de domination et de subordination n'ont pas leur place, ils sont frères, égaux devant Dieu. Et il ne dépend que d'eux de choisir les lois selon lesquelles ils construiront désormais leurs relations : celles du monde non transfiguré ou celles du Royaume.
L’authenticité de l’épître à Philémon n’a pas été mise en doute. On la rapproche généralement de Col et Ep parce que Paul est alors prisonnier 1, 9s, 13, 23 ; Col 4.3, 10 ; Ep 3.1 ; 4.1 ; 6.20, et parce que les noms de ses compagnes, 1.12, 23-24, apparaissent en Col 4.10-14. En conséquence, on les date des années 61-63. Mais les études récentes se refusent à donner une valeur décisive à ces indications et considèrent que l’emprisonnement de Paul à Éphèse (à un moment donné durant les années 52-54) serait un contexte plus approprié, particulièrement si l’on pense à la proximité entre Éphèse et Colosses, qui est la résidence supposée de Philémon, 22, cf. Col 4.9. Cette courte lettre annonce, à un chrétien de Colosses, converti par Paul, v. 19, le retour de son esclave fugitif Onésime, lui aussi gagné au Christ par l’Apôtre, v. 10. Ce billet autographe, v. 19, jette un jour précieux sur le cœur délicat de Paul ; il a aussi l’intérêt de nous confirmer sa solution du problème de l’esclavage, Rm 6.15 : même s’ils gardent leurs relations sociales d’antan, le maître et l’esclave chrétiens doivent vivre désormais comme deux frères au service du même Maître, v. 16, cf. Col 3.22–4.1.