La série des visions du prophète Zacharie s'achève sur une image nouvelle, destinée à marquer le début d'une autre époque, radicalement différente de...
La série des visions du prophète Zacharie s'achève sur une image nouvelle, destinée à marquer le début d'une autre époque, radicalement différente de la précédente, dans l'histoire spirituelle d'Israël et de toute l'humanité. Le prophète voit des chevaux, symbole de la puissance militaire du monde antique. Les chevaux étaient utilisés presque uniquement pour la guerre ; voyageurs pacifiques et marchands se contentaient de chameaux et d'ânes. Partout dans l'Orient ancien, le martèlement des sabots était associé à l'avancée rapide des armées conquérantes. Israël et tout l'Orient venaient de subir la puissance des armées babyloniennes. Auparavant, les Assyriens étaient arrivés du nord en Palestine ; après eux, les Babyloniens conduits par Nabuchodonosor avaient soumis toute la terre. Mais Babylone elle-même avait dû ouvrir ses portes aux armées perses venues du nord. Le nord, où le prophète voit se déplacer les chevaux mystérieux, était depuis longtemps pour les Israélites un signe de malheur, la contrée d'où vient le conquérant.
Mais l'Ange avec lequel parle Zacharie lui révèle que ce mouvement incessant et rapide des armées avait aussi un autre sens. Toutes venaient sur la terre d'Israël parce que le peuple de Dieu se détournait de son Créateur. Enfoncé dans le paganisme et divisé par la violence quotidienne, le peuple se trouvait impuissant devant ses ennemis. Seul le retour à Dieu pouvait sauver les hommes. Ainsi, sans le vouloir, les conquérants devenaient un instrument de la purification spirituelle et morale d'Israël. Les « quatre esprits », comme l'Ange appelle les chevaux vus par le prophète, rappellent ce que le Seigneur disait au prophète Jérémie avant la captivité babylonienne : les conquérants sont un instrument de colère et de purification dans Sa main, qui dirige le cours de l'histoire. Or le prophète voit maintenant ces chevaux retourner à leur place pour ne plus troubler le peuple élu. La menace extérieure est passée ; d'autres voies conduisent désormais à l'accomplissement des desseins du Tout-Puissant.
Le Seigneur ordonne ensuite à Zacharie d'accomplir un acte prophétique pour exprimer le cœur de la révélation. Beaucoup de prophètes recouraient à de tels actes, notamment les prédécesseurs de Zacharie, Jérémie et Ézéchiel. C'est Ézéchiel qui, parlant des exilés à Babylone, avait recours à l'image de la refonte de l'argent. Le Seigneur disait par lui que le métal précieux de la foi et de la force spirituelle du peuple de Dieu serait refondu et purifié de ses scories au creuset des malheurs et de la captivité. Et voici qu'à la génération suivante Zacharie doit prendre l'or et l'argent purs apportés par les rapatriés de Babylone et en couler une couronne symbolique. Le choix de ce matériau précis doit signifier que la purification annoncée par Ézéchiel est accomplie.
Mais ce n'est pas un roi que le prophète couronnera : cette couronne doit orner la tête du grand prêtre Josué. En couronnant le grand prêtre qui avait activement participé à la restauration du Temple, le prophète annonce la grande promesse de Dieu : « Voici l'Homme dont le nom est GERME ; Il poussera de Sa propre racine et bâtira le temple du Seigneur. Il bâtira le temple du Seigneur, recevra la gloire, siégera et régnera sur Son trône ; Il sera aussi prêtre sur Son trône, et un conseil de paix sera entre les deux. » Ces paroles rappellent la promesse faite à David par le prophète Nathan : un descendant de David, le Germe issu de sa racine, construirait le véritable Temple de Dieu. Mais les paroles de Zacharie sont tout aussi liées à celles du Seigneur Jésus-Christ : « Détruisez ce temple, et en trois jours Je le relèverai. » L'image du Corps du Christ comme véritable Temple de Dieu se révèle ainsi profondément enracinée dans la prédication des prophètes.
Le couronnement du grand prêtre Josué devient donc le signe que le Messie à venir réunira véritablement en Lui le sacerdoce et la royauté et ouvrira une époque nouvelle pour Israël et pour toute l'humanité. En revenant au début du chapitre, on peut dire qu'en cette époque du Nouveau Testament ce ne seront plus les événements de l'histoire, cruels et aveugles, qui serviront d'instruments conduisant au salut : le Seigneur Lui-même deviendra le Libérateur des hommes.
12 t) Jeu de mots. Zorobabel aura des descendants. Le prophète entrevoit ici l’avenir de la Royauté et sans doute aussi celui du Temple. « Germe » est un titre messianique, Jr 23.5 ; Zorobabel renoue avec le messianisme royal de 2 S 7, cf. Ag 2.23.
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.