Dire que Dieu peut oublier quelqu'un ou quelque chose semble étrange. En effet, le monde n'existe que par la volonté de Dieu ; ce dont Dieu ne se souvient pas, ce qu'Il ne connaît pas, n'existe tout simplement pas — car l'être n'appartient qu'à Lui, Lui seul existe...
Dire que Dieu peut oublier quelqu'un ou quelque chose semble étrange. En effet, le monde n'existe que par la volonté de Dieu ; ce dont Dieu ne se souvient pas, ce qu'Il ne connaît pas, n'existe tout simplement pas — car l'être n'appartient qu'à Lui, Lui seul existe véritablement et en plénitude, et tout le reste n'existe que dans la mesure où Il veut qu'il existe. Mais il y a différentes manières de connaître. Nous aussi, après tout, ne nous rappelons que ce que nous gardons déjà en mémoire, ce que nous savons déjà. Le rappel d'un souvenir n'est pas l'apparition d'une connaissance nouvelle, mais l'actualisation d'une connaissance existante.
Pour se rappeler quelque chose, il faut cependant concentrer son attention sur ce que l'on cherche à se rappeler. Dieu aussi peut connaître et garder en mémoire différentes choses de différentes manières. Bien sûr, Il n'est pas un être humain : sa conscience et sa conscience de soi existent autrement que les nôtres, et nous ne pouvons de toute façon pas comprendre pleinement comment. Mais, semble-t-il, Dieu aussi peut se souvenir de quelqu'un ou de quelque chose — au sens de l'attention qu'Il peut, comme un être humain, porter où Il le veut.
Dieu connaît tout, mais de différentes manières. Il peut ne connaître que l'existence de quelqu'un ou de quelque chose — et cette connaissance qu'Il en a suffit pour que cette personne ou cette chose existe. Mais il ne s'ensuit nullement que ce qui existe doive nécessairement exister ou se dérouler conformément à sa volonté et à ses projets. L'être humain est libre, et la liberté a son revers : on peut toujours l'utiliser pour s'opposer à Dieu, pour contrarier sa volonté.
Dans ce cas, Dieu se détourne ; Il ne participe pas à ce qui ne correspond pas à ses projets. Il laisse leur existence à ceux qui s'opposent à Lui, mais les « oublie », laissant les événements suivre la direction que leur donne leur volonté, opposée à la sienne. Et pour que Dieu « se souvienne », entre dans la vie d'une personne ou d'un peuple entier, intervienne dans une situation en y manifestant sa volonté, il faut se tourner vers Lui et le Lui demander. Car l'être humain est libre, et Dieu ne fera pas irruption dans sa vie sans son consentement. Quant à l'usage de cette liberté, chacun en décide lui-même.
1 m) Intitulée par la Vulg. « Prière de Jérémie ».
5 n) On restitue « le joug », `ol, tombé par haplographie devant « sur » `al .
6 o) Pour sa subsistance, Israël est désormais à la merci de ses ennemis traditionnels. — « Assur », expression stéréotypée, désigne en fait la Babylonie, cf. Jr 2.18.
7 p) L’économie de la rétribution collective reste valable pour le présent, aux yeux de l’auteur, et ne le cède que pour l’avenir au principe de la rétribution individuelle, cf. Ez 14.12.
8 q) Les fonctionnaires chaldéens, désignés habituellement sous le nom de « serviteurs », pris ici au sens péjoratif.
10 r) « est brûlante » grec, Vulg. ; « sont brûlantes » hébr.
19 s) Malgré la ruine de son Temple terrestre, Yahvé, toujours glorieux et puissant, trône dans le ciel.
La Bible hébraïque range ce petit livre avec les Hagiographes et le compte parmi les cinq « megillôt », les « rouleaux » qu’on lit aux grandes fêtes. La Bible grecque et la Vulgate le placent à la suite de Jérémie, avec un titre qui en attribue la composition à ce prophète. La tradition se fondait sur 2 Ch 35.25 et était appuyée par le contenu des poèmes, qui convient en effet à l’époque de Jérémie. Mais cette attribution ne peut être maintenue. Jérémie, tel que nous le connaissons par ses oracles authentiques, n’a pas pu dire que l’inspiration prophétique était tarie, 2.9, ni louer Sédécias, 4.20, ni espérer dans le secours égyptien, 4.17. Son génie spontané se serait difficilement astreint au genre érudit de ces poèmes dont les quatre premiers sont alphabétiques, chaque strophe commençant par une des lettres de l’alphabet prises dans leur ordre, et dont le cinquième a juste vingt-deux vers, le nombre des lettres de l’alphabet hébreu.
Les Lamentations 1, 2 et 4 sont dans le genre littéraire des complaintes funèbres, 3 est une lamentation individuelle, 5 est une lamentation collective (dans le latin : Prière de Jérémie). Elles ont probablement été composées en Palestine après la ruine de Jérusalem en 587. Elles sont vraisemblablement l’œuvre d’un seul auteur qui décrit en termes poignants le deuil de la ville et de ses habitants mais, de ces plaintes douloureuses, jaillit un sentiment de confiance invincible en Dieu et de repentir profond qui fait la valeur permanente du livret. Les Juifs le récitent au grand jeûne commémoratif de la destruction du Temple et l’Église en fait usage, pendant la Semaine Sainte, pour rappeler le drame du Calvaire.