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Lecture en trois ans pour le 18 septembre 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 43

IV. La « Torah » d’Ézéchiel> 1 Retour de Yahvé., 13 L’autel., 18 Consécration de l’autel.
Il me conduisit vers le porche, le porche qui fait face à l’orient,
et voici que la gloire du Dieu d’Israël arrivait du côté de l’orient. Un bruit l’accompagnait, semblable au bruit des eaux abondantes, et la terre resplendissait de sa gloire.
Cette vision était semblable à la vision que j’avais eue lorsque j’étais venu pour la destruction de la ville, et aussi à la vision que j’avais eue sur le fleuve Kebar. Alors je tombai la face contre terre.
La gloire de Yahvé arriva au Temple par le porche qui fait face à l’orient.
L’esprit m’enleva et me fit entrer dans le parvis intérieur, et voici que la gloire de Yahvé emplissait le Temple.
J’entendis quelqu’un me parler depuis le Temple, tandis que l’homme se tenait près de moi.
On me dit : Fils d’homme, c’est ici le lieu de mon trône, le lieu où je pose la plante de mes pieds. J’y habiterai au milieu des Israélites, à jamais ; et la maison d’Israël, eux et leurs rois, ne souilleront plus mon saint nom par leurs prostitutions et par les cadavres de leurs rois avec leurs tombes,
en mettant leur seuil près de mon seuil et leurs montants près de mes montants, en établissant un mur commun entre eux et moi. Ils souillaient mon saint nom par les abominations auxquelles ils se livraient, c’est pourquoi je les ai dévorés dans ma colère.
Désormais ils éloigneront de moi leurs prostitutions et les cadavres de leurs rois, et j’habiterai au milieu d’eux, à jamais.
10 Et toi, fils d’homme, décris ce Temple à la maison d’Israël, afin qu’ils rougissent de leurs abominations. (Qu’ils en mesurent le plan.)
11 Et s’ils rougissent de toute leur conduite, enseigne-leur la forme du Temple et son plan, ses issues et ses entrées, sa forme et toutes ses dispositions, toute sa forme et toutes ses lois. Mets tout cela par écrit devant leurs yeux, afin qu’ils observent sa forme et toutes ses dispositions et qu’ils les réalisent.
12 Voici la charte du Temple : au sommet de la montagne, tout le territoire qui l’entoure est un espace très saint. (Telle est la charte du Temple.)
13 Voici les dimensions de l’autel en coudées d’une coudée plus un palme : la base, une coudée sur une coudée de large ; l’espace près de la rigole, tout autour, un empan ; c’est le bord de l’autel.
14 Depuis la base reposant par terre jusqu’au socle inférieur, deux coudées sur une coudée de large ; depuis le petit socle jusqu’au grand socle, quatre coudées sur une coudée de large.
15 Le foyer avait quatre coudées, et au-dessus du foyer, il y avait quatre cornes.
16 Le foyer mesurait douze coudées de long sur douze de large, il était carré sur les quatre côtés.
17 Le socle : quatorze coudées de long sur quatorze coudées de large, il était carré. Le rebord tout autour : une demi-coudée, et la base : une coudée tout autour. Les marches étaient tournées vers l’est.
18 Il me dit : Fils d’homme, ainsi parle le Seigneur Yahvé. Voici les dispositions concernant l’autel, lorsqu’on l’aura dressé pour y sacrifier l’holocauste et pour y répandre le sang.
19 Tu donneras aux prêtres lévites — ceux de la race de Sadoq qui s’approchent de moi pour me servir, oracle du Seigneur Yahvé — un jeune taureau, en sacrifice pour le péché.
20 Tu prendras de son sang, tu en mettras sur les quatre cornes, sur les quatre angles du socle et sur le rebord tout autour. C’est ainsi que tu en ôteras le péché et feras sur lui l’expiation.
21 Puis tu prendras le taureau du sacrifice pour le péché : on le brûlera dans l’endroit retiré du Temple, hors du sanctuaire.
22 Le deuxième jour, tu offriras un bouc sans défaut en sacrifice pour le péché et on ôtera le péché de l’autel comme on avait fait avec le taureau.
23 Après avoir achevé d’ôter le péché, tu offriras un jeune taureau sans défaut et un bélier du troupeau, sans défaut.
24 Tu les présenteras devant Yahvé, et les prêtres jetteront sur eux du sel et les offriront en holocauste à Yahvé.
25 Pendant sept jours, tu offriras en sacrifice un bouc, en sacrifice pour le péché, chaque jour, et on offrira un taureau et un bélier du troupeau, sans défaut,
26 pendant sept jours. C’est ainsi qu’on fera l’expiation pour l’autel, qu’on le purifiera et qu’on l’inaugurera.
27 Passé cette période, le huitième jour et les jours suivants, les prêtres offriront sur l’autel vos holocaustes et vos sacrifices de communion. Et je vous serai favorable, oracle du Seigneur Yahvé.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 44
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 x) La vision du retour de Yahvé correspond étroitement à celle de son départ, 10.18-19 ; 11.22-23.


6 y) Yahvé lui-même, et non l’ange qui accompagne le prophète.


8 z) L’ancien Temple était contigu au palais de David, 1 R 7.8. Ézéchiel relègue le palais dans un autre quartier, et réserve au seul Temple la colline orientale de Jérusalem.


13 a) Les vv. 13-27 sont deux additions faites successivement, qui concernent l’autel et sa dédicace. Elles n’exigent pas que l’autel de Zorobabel ait déjà été rétabli.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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