En achevant son épître à Timothée, Paul rappelle à son disciple la tâche principale du serviteur de l'Église, qui...
En achevant son épître à Timothée, Paul rappelle à son disciple la tâche principale du serviteur de l'Église, qui est d'ailleurs la tâche principale de tout chrétien en général : le témoignage rendu au Royaume, afin que le monde le voie et que tout chercheur d'une vie nouvelle sache où la chercher (v. 11-16).
Revenant au thème de la richesse, l'apôtre, complétant ce qui a été dit auparavant, ne ferme nullement aux riches la porte du Royaume, pas plus que ne l'a fermée le Sauveur Lui-même, qui disait qu'il est difficile au riche d'entrer dans le Royaume, mais n'a jamais affirmé que c'était impossible. L'apôtre, comme on le voit, explique en quoi consiste la difficulté : pour acquérir le Royaume, le riche doit cesser de penser à sa richesse comme à quelque chose sur quoi il peut s'appuyer dans sa vie (v. 17-19). Et il ne s'agit pas seulement du fait qu'en mourant, l'homme le plus riche et le plus influent du monde ne pourra emporter avec lui pas plus de richesses que le mendiant qui a vécu toute sa vie d'aumônes. Beaucoup l'avaient compris et en avaient parlé longtemps avant la venue du Sauveur dans le monde. Il s'agit surtout de ce sur quoi se concentre l'attention spirituelle du riche, de ce vers quoi tend sa volonté, ou, pour parler avec les mots de l'Évangile, de l'endroit où se trouvent son trésor et son cœur.
La richesse donne réellement un appui et un pouvoir dans notre monde en voie de transfiguration ; toutefois elle les donne précisément dans la mesure où le monde n'est pas encore transfiguré. Et l'habitude de compter sur un tel appui, comme d'user d'un tel pouvoir, peut jouer un mauvais tour au possesseur de richesses lorsqu'il s'agit de la vie spirituelle au sens propre du mot, de la vie dans le Royaume et des relations qui la déterminent. Au contact du Royaume, chacun découvre son manque de préparation et son impuissance ; mais pour celui qui a déjà eu à vivre quelque chose de semblable, pour celui qui possède l'expérience correspondante, il est plus facile de traverser la déception inévitable pour la nature humaine déchue, et peut-être même l'offense, qui accompagne d'ordinaire une telle expérience. Or la déception comme l'offense, sans être fatales en elles-mêmes, peuvent facilement se prolonger et devenir au minimum un frein sérieux sur le chemin spirituel, et au maximum détourner complètement l'homme du Royaume et de la vie spirituelle. Et Paul met les riches en garde contre cette erreur, une erreur qui peut leur coûter le Royaume et la vie éternelle.
12 t) On ne sait pas exactement à quelle circonstance de la vie de Timothée Paul fait ici allusion (baptême, consécration en vue du ministère ?).
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.