Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 27 juillet 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Philippiens, Chapitre 3

1 La vraie voie du salut chrétien.
Enfin, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur... Vous adresser les mêmes avis ne m’est pas à charge, et pour vous c’est une sûreté :
Prenez garde aux chiens ! Prenez garde aux mauvais ouvriers ! Prenez garde aux faux circoncis !
Car c’est nous qui sommes les circoncis, nous qui offrons le culte selon l’Esprit de Dieu et tirons notre gloire du Christ Jésus, au lieu de placer notre confiance dans la chair.
J’aurais pourtant sujet, moi, d’avoir confiance même dans la chair ; si quelque autre croit avoir des raisons de se confier dans la chair, j’en ai bien davantage :
circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien ;
quant au zèle, un persécuteur de l’Église ; quant à la justice que peut donner la Loi, un homme irréprochable.
Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. À cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
et d’être trouvé en lui, n’ayant pas comme justice à moi celle qui vient de la Loi, mais celle par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
13 Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,
14 et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.
15 Nous tous qui sommes des « parfaits », c’est ainsi qu’il nous faut penser ; et si, sur quelque point, vous pensez autrement, là encore Dieu vous éclairera.
16 En attendant, quel que soit le point déjà atteint, marchons toujours dans la même ligne.
17 Devenez à l’envi mes imitateurs, frères, et fixez vos regards sur ceux qui se conduisent comme vous en avez en nous un exemple.
18 Car il en est beaucoup, je vous l’ai dit souvent et je le redis aujourd’hui avec larmes, qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ :
19 leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre et mettent leur gloire dans leur honte ; ils n’apprécient que les choses de la terre.
20 Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,
21 qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 f) Au moment de conclure sa lettre, Paul reprend un nouveau développement. Cette reprise fait croire à certains que le passage 3.2-4.1 a été un billet indépendant. Voir introduction.


2 g) Épithète que les Juifs donnaient aux païens, cf. Mt 15.26 et peut-être Mt 7.6, et que Paul leur retourne avec ironie.


2 h) Littéralement « à l’incision ». Par un jeu de mots méprisant Paul assimile la « circoncision » charnelle des Juifs aux « incisions » sanglantes des cultes païens, cf. 1 R 18.28. Comparer Ga 5.12.


3 i) Var. (Vulg.) « nous qui servons Dieu en esprit ».


3 j) La « chair » désigne ici tout le régime de l’ancienne Loi, avec ses observances « charnelles », dont la circoncision est un cas typique. Cf. Rm 7.5. Paul a rappelé plusieurs fois son passé juif, 2 Co 11.21, mais jamais avec autant de détails.


5 k) De souche palestinienne, Ac 23.6, et parlant la langue des ancêtres, Ac 21.40, à la différence des « Hellénistes », Ac 6.1.


9 l) L’opposition de ces deux justices est tout le sujet des épîtres aux Galates et aux Romains.


11 m) Paul ne peut parler ici de la résurrection (générale) qui s’imposera à tous les hommes, bons ou mauvais, et ne sauvera pas ces derniers d’une mort éternelle, Jn 5.29. Il songe plutôt à la vraie « résurrection », celle des justes, qui les fait sortir « d’entre les morts » pour aller vivre avec le Christ, cf. Lc 20.35.


12 n) Sur le chemin de Damas.


15 o) Une plaisanterie de Paul, cf. v. 11.


15 p) Var. « que nous pensons ».


17 q) Paul attendait que certains individus, dans la communauté, montrent de l’initiative et un sens de la responsabilité ; il les recommandait alors comme chefs, 1 Th 5.12s ; 1 Co 16.15s.


18 r) Paul vise probablement les « judaïsants » déjà visés v. 2.


19 s) Allusion aux observances alimentaires qui prenaient une grande place dans la religion juive, Lv 11, cf. Rm 14 ; 16.18 ; Ga 2.12 ; Col 2.16, 20s ; Mt 15.10-20 ; 23.23-26 ; Ac 15.20.


19 t) Allusion probable au membre qui reçoit la circoncision.


Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.

Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.

Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.

L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.

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