Dans la Bible, on rencontre souvent l'affirmation que Dieu est esprit. L'apôtre relie à ce fait indubitable la liberté, comme s'il affirmait que Dieu, étant esprit, est le Dieu de la liberté et non de l'asservissement, même lorsqu'il s'agit d'asservissement à telle ou telle forme de religiosité. À première vue...
Dans la Bible, on rencontre souvent l'affirmation que Dieu est esprit. L'apôtre relie à ce fait indubitable la liberté, comme s'il affirmait que Dieu, étant esprit, est le Dieu de la liberté et non de l'asservissement, même lorsqu'il s'agit d'asservissement à telle ou telle forme de religiosité.
À première vue, le lien entre ces deux affirmations n'apparaît pas. Mais si l'on y réfléchit, il n'est pas difficile de voir que ce lien existe bel et bien, même s'il n'est pas immédiatement visible. En effet, tout esprit, qu'il s'agisse de Dieu Lui-même ou de tout être spirituel créé par Lui, se distingue de la nature, dans toutes ses formes possibles, peut-être encore inconnues de nous aujourd'hui, précisément par une liberté pleine et absolue. Dieu n'a aucune nature ; Il est pure volonté et pure conscience de soi.
Ce n'est pas par hasard que, contrairement aux théologiens, la Bible ne nous dit rien de la nature de Dieu, alors qu'elle parle constamment de Sa volonté et de Ses qualités personnelles. La volonté est le fondement de tout esprit et sa manifestation première ; ce n'est pas par hasard qu'elle constitue la base de toute vie spirituelle, y compris humaine. La conscience de soi dérive de la volonté ; dans le cas normal, elle n'est conditionnée que par elle et ne dépend que d'elle.
Concrètement, cela signifie que l'esprit, au sens propre du terme, ne dépend que de lui-même et jamais de quoi que ce soit ni de qui que ce soit d'autre. Toute relation entre des êtres spirituels sera toujours libre et profondément personnelle, tandis que toute limitation de la manifestation de la volonté signifie aussi une limitation de la liberté, qui conduit en fin de compte à une diminution de la plénitude de la vie spirituelle de celui dont la volonté est limitée. Il en va autrement de la nature : elle ne détermine jamais son propre être, étant toujours dépendante de quelque chose, et finalement de quelqu'un, d'autre. Si l'esprit est libre par définition, de sorte que la diminution de sa liberté abaisse son potentiel spirituel, la nature est, tout aussi par définition, non libre.
Bien sûr, tout esprit peut interagir avec la nature sans perdre sa liberté, de même que Dieu a créé tout le monde naturel sans Se diminuer en rien ni restreindre par là Sa liberté. Son abaissement volontaire et Sa limitation volontaire ont été liés non à la nature, mais aux êtres spirituels créés par Lui, avec lesquels Le lient des relations d'amour. Un tel abaissement volontaire et une telle limitation volontaire peuvent bien sûr aussi être considérés formellement comme une limitation de liberté ; mais, puisqu'il s'agit d'un choix absolument volontaire, cette limitation cesse d'être extérieure et devient pour Dieu une forme organique de Sa propre existence.
Et dans le Royaume, toutes les formes se déterminent de la même manière, à partir des relations d'amour mutuel, qui supposent une limitation volontaire réciproque comme conséquence de la prise en compte de l'existence de ceux qui sont auprès de soi. Il n'y a ici aucune frontière extérieure ; il n'y a que la forme de son propre être volontairement acceptée par chacun, tenant compte des relations avec Dieu, avec le Christ, avec le prochain. Dans le monde non transfiguré, au contraire, toutes les limites sont liées avant tout à la composante naturelle de l'homme, qui, après la chute, a pris le dessus et s'est soumis ce souffle de vie que chaque homme reçoit à sa naissance. Il n'est donc pas étonnant qu'elles lient et entravent la liberté spirituelle de l'homme.
Et la religion ne fait pas exception : outre la composante spirituelle qui lui est propre, elle contient beaucoup de naturel, lié à la psyché et aux modèles de comportement de l'homme déchu. L'apôtre, bien sûr, ne pouvait pas l'ignorer. C'est pourquoi il appelle ses correspondants à la liberté. À cette liberté du Royaume sans laquelle de vraies relations pleines avec Dieu sont impossibles. Et donc le salut lui-même est impossible.
13 c) C’est-à-dire pour que les fils d’Israël ne perçoivent pas le caractère passager de cette gloire qui transfigurait le visage de Moïse. C’est une interprétation possible du texte obscur de Ex 34.33s.
14 d) Autre traduction « Il ne leur est point dévoilé que cette alliance a été abolie par le Christ. »
17 e) Paul identifie Dieu à l’Esprit afin de nier qu’il opère encore par la lettre de la Loi, 3.6. Ceux qui sont conduits par l’Esprit ne sont plus soumis à la Loi, Ga 5.18, et sont donc libres.
18 f) Ou moins probablement, « réfléchissons ». Dieu n’est pas vu directement, mais réfléchi dans le Christ.
18 g) La « gloire du Seigneur » est celle de Jésus Christ, car « la gloire de Dieu est sur la face du Christ », 2 Co 4.6.
18 h) Cf. Rm 8.29. Dernière opposition avec Moïse dont la gloire s’affaiblissait et disparaissait à mesure qu’il la rayonnait, vv. 7, 13. C’est le contraire pour le chrétien transformé par l’Esprit en une image de plus en plus parfaite de Dieu dans le Christ.
18 i) Autre trad. « par l’Esprit du Seigneur ».
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.