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Lecture en trois ans pour le 28 mai 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 38

IV. Les souffrances de Jérémie> 1 Jérémie dans la citerne. Intervention d’Ébed-Mélek., 14 Dernier entretien de Jérémie avec Sédécias.
Mais Shephatya, fils de Mattân, Gedalyahu, fils de Pashehur, Yukal, fils de Shélémyahu, et Pashehur, fils de Malkiyya, entendirent les paroles que Jérémie adressait à tout le peuple :
« Ainsi parle Yahvé. Qui restera dans cette ville mourra par l’épée, la famine et la peste ; mais qui sortira et se rendra aux Chaldéens vivra, il aura sa vie comme butin : il vivra !
Ainsi parle Yahvé : Pour sûr, cette ville sera livrée aux mains de l’armée du roi de Babylone qui s’en emparera ! »
Alors les princes dirent au roi : « Que cet individu soit mis à mort ! En vérité, il décourage les combattants, qui sont restés dans cette ville, et tout le peuple, en leur tenant semblables propos. Oui, cet individu ne cherche nullement la paix pour ce peuple, mais son malheur. »
Le roi Sédécias répondit : « Voici, il est entre vos mains, car le roi n’a aucun pouvoir en face de vous ! »
Ils se saisirent donc de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Malkiyyahu, fils du roi, dans la cour de garde ; ils le descendirent à l’aide de cordes. Dans cette citerne il n’y avait point d’eau, mais de la vase, et Jérémie s’enfonça dans la vase.
Or le Kushite Ébed-Mélek, un eunuque attaché au palais royal, apprit qu’on avait mis Jérémie dans la citerne. Comme le roi s’était arrêté à la porte de Benjamin,
Ébed-Mélek sortit du palais royal et s’adressa au roi :
« Monseigneur le roi, ils ont mal agi, ces gens-là, en traitant de la sorte le prophète Jérémie ; ils l’ont jeté dans la citerne : il va mourir de faim sur place car il n’y a plus de pain dans la ville. »
10 Alors le roi donna cet ordre au Kushite Ébed-Mélek : « Prends ici trente hommes avec toi, et remonte de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »
11 Ébed-Mélek prit ces hommes avec lui, entra au palais royal, au vestiaire du Trésor ; il s’y procura des bouts de tissus déchirés et des bouts de tissus usés qu’il fit passer à Jérémie, dans la citerne, au moyen de cordes.
12 Ébed-Mélek le Kushite dit à Jérémie : « Mets donc ces bouts de tissus déchirés et usés sous tes aisselles par-dessous les cordes. » Ce que fit Jérémie.
13 Alors ils soulevèrent Jérémie au moyen des cordes et le remontèrent de la citerne. Et Jérémie resta dans la cour de garde.
14 Le roi Sédécias envoya chercher le prophète Jérémie à la troisième entrée du Temple de Yahvé. Le roi dit à Jérémie : « Je veux te réclamer une parole ; ne me la cèle pas ! »
15 Jérémie répondit à Sédécias : « Si je te la proclame, tu me feras mourir, n’est-ce pas ? Et si je te conseille, tu ne m’écouteras pas ! »
16 Alors le roi Sédécias fit en secret ce serment à Jérémie : « Par Yahvé vivant, qui nous a donné cette vie, je ne te ferai pas mourir et ne te livrerai pas aux mains de ces gens qui en veulent à ta vie. »
17 Alors Jérémie dit à Sédécias : « Ainsi parle Yahvé, le Dieu Sabaot, le Dieu d’Israël. Si tu sors pour te rendre aux officiers du roi de Babylone, tu sauveras ta vie et cette ville ne sera pas incendiée ; vous survivrez, toi et ta famille.
18 Mais si tu ne sors pas pour te rendre aux officiers du roi de Babylone, cette ville sera livrée aux mains des Chaldéens qui l’incendieront ; quant à toi, tu n’échapperas pas à leurs mains. »
19 Alors le roi Sédécias dit à Jérémie : « J’ai peur des Judéens qui sont passés aux Chaldéens ; ceux-ci pourraient me livrer entre leurs mains et ils me maltraiteraient. »
20 Jérémie répondit : « On ne te livrera pas. Écoute donc la voix de Yahvé, selon laquelle je t’ai parlé, alors tu t’en trouveras bien et tu auras la vie sauve.
21 Mais si tu refuses de sortir, vois ce que Yahvé m’a montré.
22 Voici : toutes les femmes qui demeurent encore au palais du roi de Juda seront menées aux officiers du roi de Babylone ; et elles diront :Ils t’ont séduit, ils t’ont dupé,
tes bons amis !
Tes pieds pataugent dans le bourbier,
eux sont partis !
23 Oui, toutes tes femmes et tes enfants, on les mènera aux Chaldéens. Et toi, tu n’échapperas pas à leurs mains, mais tu seras prisonnier, dans la poigne du roi de Babylone. Quant à cette ville, elle sera incendiée. »
24 Sédécias dit à Jérémie : « Que nul n’ait connaissance de ces paroles, sinon tu mourrais.
25 Si les princes apprennent mon entretien avec toi et viennent te dire : « Fais-nous connaître ce que tu as dit au roi et ce que t’a dit le roi, ne nous cache rien, sinon nous te ferons mourir »,
26 tu leur répondras : “Je présentais cette requête devant le roi : qu’il ne me renvoie pas chez Yehonatân pour y mourir.” »
27 Tous les princes vinrent en effet trouver Jérémie et l’interroger. Il les renseigna exactement comme le roi avait ordonné. Ils le laissèrent donc tranquille, car l’entretien n’avait pas été entendu.
28 Et Jérémie resta dans la cour de garde, jusqu’à ce que Jérusalem fût prise. Et il y était quand Jérusalem fut prise.
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 39
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

5 p) « en face de vous » ’ittekem conj. ; « (à savoir) vous » ’etkem hébr.


7 q) C’est-à-dire Nubien.


11 r) « au vestiaire » meltahat conj., cf. 2 R 10.22 ; « au-dessous » tahat hébr.


22 s) Littéralement « les hommes de ta paix ». — Ces lignes doivent être empruntées à une chanson populaire.


23 t) « elle sera incendiée », quelques mss hébreux et grec ; « tu incendieras » (masc.), ou « elle (la main de Nabuchodonosor) incendiera » hébr.


25 u) « et ce que t’a dit le roi » est rejeté par l’hébr. à la fin du v. ; on suit le syr.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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