Comment les apôtres se représentaient-ils la résurrection ? Il est difficile de le dire exactement. Bien sûr, comme tous leurs coreligionnaires, ils savaient que la résurrection suppose le retour des morts à la vie. Mais quelle sera cette vie ? Après tout, dans le shéol aussi il s'écoulait une certaine vie. Même si on ne pouvait l'appeler vie qu'avec réserve. C'était plutôt une sorte de semblant, l'ombre de la vraie vie. Et quelle sera la vie des ressuscités ? À qui ressembleront-ils : à des hommes ou à des ombres sorties des tombeaux (ou directement du shéol) ?
L'apparition de Jésus ressuscité dans la pièce où les disciples étaient rassemblés donne la réponse à cette question. Il se présente devant eux comme un homme. Dans un corps transfiguré, mais précisément humain. Non comme un fantôme ou une ombre. Il est homme à un tel point que Son corps, même après la transfiguration, porte encore les traces des souffrances subies. La résurrection n'est pas un semblant de l'ancienne vie ni quelque immortalité de l'âme existant séparément du corps. Ici, c'est toute la vie dans toute sa plénitude. La vie du Royaume.
Et Jésus ressuscité partage aussitôt cette vie avec les disciples. Il leur dit : recevez l'Esprit Saint. Le souffle de Dieu. Le souffle du Royaume. Celui-là même qui devra entrer dans le monde le jour de la Pentecôte. Jésus le donne déjà maintenant à Ses disciples. Il leur donne de sentir ce qu'il est, ce souffle. Le souffle avec lequel ils devront désormais vivre. Et qui fera d'eux-mêmes une partie du Royaume. Ici, bien sûr, ce n'est pas encore cette plénitude d'entrée qui devint réalité le jour de la Pentecôte. Ici, ce n'est que le premier contact avec le Royaume. Mais celui qui l'a touché une fois ne sera plus jamais le même.
Même les relations de celui qui a touché le Royaume avec les hommes changent : toutes les relations deviennent désormais une partie du Royaume. Le péché pardonné est désormais pardonné une fois pour toutes ; il n'assombrit plus les relations de ceux qu'il touchait. Dans le Royaume, tout ce qui est fait est fait pour toujours et jusqu'au bout. Mais le refus de pardonner le péché apparaît lui aussi comme quelque chose d'absolu et d'irréversible : car le refus dans le Royaume est aussi univoque, plein et définitif que le pardon. Le pardon du péché au prochain ouvre la route vers le Royaume ; le refus la ferme, car le péché non pardonné et non repenti est incompatible avec la vie du Royaume. En donnant aux disciples de sentir la plénitude du Royaume, Jésus leur donne en même temps de sentir la responsabilité de cette plénitude. Cela se comprend : l'un ne va pas sans l'autre.
