Revenant aux divisions apparues parmi les chrétiens corinthiens, Paul ne cherche manifestement pas du tout à résoudre la question de savoir lequel des partis opposés dans l'Église de Corinthe est le plus proche de la vérité. Il lui est évident qu'ils en sont tous également éloignés. Car, pour l'apôtre, l'unique vérité est la Résurrection et la vie du Royaume, dont il témoigne ; quant aux disputes nées dans l'Église de Corinthe, il les regarde seulement comme un obstacle à cette vie. Paul n'essaie de convaincre personne de quoi que ce soit, il cherche seulement à placer correctement les accents. Il dit directement aux chrétiens corinthiens que tous leurs désaccords et disputes, qui, manifestement, suscitent en outre jalousie et hostilité mutuelle (v. 3), n'ont aucun rapport avec la vie spirituelle. Peut-être les disputants eux-mêmes pensaient-ils autrement, mais cela signifiait seulement qu'ils avaient confondu la vie spirituelle avec la vie du monde encore non transfiguré, que Paul appelle « charnelle » et dont les chrétiens corinthiens, semble-t-il, s'étaient beaucoup épris, oubliant complètement le Royaume (v. 1-4).
Bien sûr, « charnel » dans la bouche de l'apôtre ne signifiait pas « vil » ou « indigne ». Paul était loin de considérer le corps (« la chair ») comme le réceptacle du mal ou du péché. Il s'agissait seulement du fait que, dans la vie de l'homme déchu, ce n'est pas le spirituel qui domine le naturel, comme Dieu l'avait voulu, mais le naturel qui domine le spirituel. Et ces conséquences de la chute devaient être surmontées ; autrement, il était impossible d'entrer dans le Royaume. C'est précisément cette tâche que l'apôtre place devant les chrétiens corinthiens, les appelant à se souvenir que tous ceux dont ils se considéraient les disciples et dont ils discutaient les mérites étaient les serviteurs d'un seul Dieu et accomplissaient une seule œuvre (v. 5-7).
Manifestement, Paul cherche à faire comprendre à ses lecteurs une vérité simple mais très importante : les disputes sur la primauté n'ont de sens que dans notre monde encore non transfiguré. Pour le Royaume, elles ne sont pas pertinentes. Et il ne s'agit pas du fait qu'il n'y aurait là-bas aucune différence et que tous les serviteurs du Royaume seraient identiques. Ils diffèrent comme diffèrent les hommes dans notre monde pas encore entièrement transfiguré, et leurs services sont également différents, peut-être même uniques (v. 8-9). Mais personne ne reste sans récompense. À cet égard, il ne peut être question d'aucune compétition entre serviteurs dans le Royaume, car chacun reçoit précisément sa propre récompense, destinée précisément à lui et lui convenant. Dans le Royaume, personne n'est lésé, et la question de la primauté, de la poursuite de la récompense principale, y perd donc tout sens. Mais on ne peut le comprendre que lorsqu'on regarde les événements avec les yeux d'un habitant du Royaume. C'est ainsi précisément que Paul propose aux chrétiens corinthiens de regarder la situation dans leur propre Église.
