La lecture d’aujourd’hui nous raconte la rencontre tant attendue de Joseph avec ses frères. Bien sûr, formellement, cette rencontre avait eu lieu beaucoup plus tôt, mais en réalité elle ne s’est produite que maintenant, lorsque non seulement Joseph a reconnu ses frères, mais qu’eux aussi l’ont reconnu. Et maintenant...
La lecture d’aujourd’hui nous raconte la rencontre tant attendue de Joseph avec ses frères. Bien sûr, formellement, cette rencontre avait eu lieu beaucoup plus tôt, mais en réalité elle ne s’est produite que maintenant, lorsque non seulement Joseph a reconnu ses frères, mais qu’eux aussi l’ont reconnu. Et maintenant, lors de cette rencontre, Joseph put leur dire ce pour quoi, peut-être, il avait si longtemps différé cette rencontre, obligeant ses frères à parcourir un long chemin de repentir. Il n’est pas étonnant que les frères, en reconnaissant Joseph, aient été troublés (v. 3) : ils avaient déjà eu le temps de sentir et de prendre conscience de toute la profondeur de leur faute. Et c’est précisément pourquoi Joseph pouvait maintenant leur dire quelque chose de très important : il s’avère que ce ne sont pas eux, ses frères, qui l’ont vendu en Égypte ; il s’avère que c’est Dieu qui l’a envoyé ici pour sauver, par lui, Jacob et tous ses compatriotes (v. 4–8).
Il s’avère que, quels que soient les projets de l’homme, ce n’est de toute façon pas le dessein de l’homme qui s’accomplit, mais le plan de Dieu. Mais y a-t-il alors, dans ce plan, une place pour la liberté humaine ? Ou le libre choix de l’homme n’est-il qu’une illusion, surtout lorsque ses projets contredisent la providence de Dieu ? Non, tout de même, sans doute la liberté humaine n’est pas illusoire. C’est plutôt la possibilité d’une vie humaine pleine dans un monde séparé de Dieu, arraché au grand monde de Dieu, qu’il faut tenir pour une illusion. Or l’homme déchu cherche pourtant à vivre précisément ainsi, dans son petit monde, séparé du grand monde de Dieu, limité, dont l’unique avantage illusoire est qu’ici l’homme peut être son propre petit dieu. Et alors Dieu laisse l’homme vivre comme l’homme le veut. Et l’homme, vivant dans son petit monde et y disposant de tout, chasse ou tue souvent celui qu’il ne veut pas voir à côté de lui.
Et là, dans son petit monde, il triomphe souvent, certain d’avoir remporté la victoire. Rien d’étonnant : dans un monde où il n’y a pas de place pour Dieu, un seul dessein triomphe, celui de l’homme qui a créé ce petit monde. Mais tôt ou tard vient inévitablement le moment où les frontières de ce petit monde créé par l’homme s’effondrent, et alors son créateur apprend avec étonnement, et souvent avec crainte, que dans le grand monde où Dieu agit, c’est Son plan qui s’accomplit, tandis que ce qui, dans le petit monde séparé, paraissait un triomphe s’est révélé être une défaite dans le grand monde de Dieu. Dieu laisse réellement à l’homme sa liberté, et il ne dépend que de l’homme que cette liberté devienne pour lui joie ou châtiment.