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La réflexion principale pour le 21 mars 2020

Dans le milieu pharisien, on accordait une immense importance à la tradition, en particulier à la tradition religieuse. Naturellement, la fraternité pharisienne s’appuyait sur les livres sacrés : la Torah et les Prophètes. Parmi les livres prophétiques, outre ceux que nous connaissons, les Juifs rangent aussi le livre de Josué, le livre des Juges, les livres de Samuel et les livres des Rois. Or les prophètes parlaient de façon très sévère de l’état spirituel de la société de leur temps, ce qui leur valut souvent d’être persécutés. De même, l’histoire sainte exposée dans les livres que nous, chrétiens, appelons habituellement historiques porte un jugement assez dur sur la situation spirituelle de l’Israël préexilique. Les pharisiens acceptaient ce jugement, mais ils l’appliquaient précisément à la période d’avant l’Exil.

Beaucoup de choses reposaient ici sur une sorte de contraste entre la situation d’avant l’Exil et la situation d’après l’Exil en général, et celle qui leur était contemporaine, au temps évangélique, en particulier. On supposait que toute apostasie, toute violation de la Torah, toute impiété et tout le reste pour quoi Dieu avait châtié le peuple avant l’Exil étaient restés là-bas, dans les temps préexiliques. Désormais, au temps du ministère terrestre du Sauveur, pensait-on, tout était différent : l’ancienne apostasie et les violations de la Torah n’avaient plus de place dans la société juive, et les prophètes d’avant l’Exil, s’ils avaient pu regarder le peuple, auraient été satisfaits. Extérieurement, les choses se présentaient effectivement ainsi : pas de paganisme, pas d’apostasie ouverte, et même aucune violation manifeste de la Torah qu’un Juif de cette époque se serait généralement permise.

Quant aux prophètes autrefois persécutés, ils étaient désormais devenus une sorte de héros nationaux : ceux qu’on avait jadis poursuivis et même tués étaient maintenant honorés, leurs tombeaux décorés et des monuments élevés en leur mémoire. Pourtant, en réalité, rien n’avait changé sur le fond : le milieu religieux pharisien demeurait aussi peu réceptif à la Révélation vivante que l’entourage à demi païen auquel les prophètes d’avant l’Exil avaient eu affaire. Il résistait toujours aux desseins de Dieu et à l’action de Dieu, même si extérieurement ce n’était pas de la même manière que le judaïsme préexilique.

Et il réagissait avec non moins de dureté aux porteurs de la Révélation vivante ; le chemin terrestre de Jean le Baptiste, par exemple, comme celui du Sauveur Lui-même, en est une confirmation éclatante. Voilà pourquoi Jésus prononce le « malheur » contre des pharisiens satisfaits d’eux-mêmes et extérieurement pieux : s’ils ne s’opposent pas aux anciens prophètes, ce n’est pas parce qu’ils ont compris et assimilé leur prédication, mais simplement parce que, devenue partie de la tradition, elle a cessé en grande partie d’être vivante, et donc d’être dangereuse pour leur religion.

Toute Révélation qui représentait pour eux le moindre danger en ce sens était rejetée de la même façon, et même plus durement encore qu’aux temps d’avant l’Exil. Cela signifie que les pharisiens, pourtant pleinement et profondément religieux, n’étaient pas plus proches du Royaume que leurs ancêtres à demi païens, et qu’ils n’avaient rien dont se glorifier, sinon des tombeaux décorés. Mais ni les tombeaux ni les monuments ne rapprochent de Dieu.

Celui qui pouvait leur ouvrir le Royaume, la plupart des pharisiens Le rejetaient comme leurs ancêtres avaient rejeté les prophètes que ces mêmes pharisiens, du moins en paroles, honoraient. L’histoire se répétait : sous une forme un peu différente, mais exactement de la même manière dans son essence. Cette histoire s’était terminée autrefois par la ruine babylonienne, et elle menait maintenant le peuple à la catastrophe de l’an 70. Le « hélas » du Sauveur retentit donc au moment juste. Seulement, malheureusement, très peu L’ont entendu. Alors l’histoire de l’ancienne Judée s’est achevée comme elle s’est achevée. Le rejet du Messie et du Royaume est toujours un chemin vers la catastrophe. Comme le rejet de Dieu.

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