Bible-Centre

La réflexion principale pour le 28 janvier 2020

Les paroles du Sauveur sur la responsabilité envers ce qui est à soi et ce qui est à autrui peuvent à première vue sembler étranges: chacun sait en effet qu'un homme traite toujours ce qui est à lui avec plus de responsabilité que ce qui appartient à autrui, qu'il s'agisse de biens ou de quoi que ce soit d'autre. Mais cela ne paraît ainsi qu'à première vue, si l'on ne réfléchit pas à ce qu'est en général une attitude responsable envers quoi que ce soit, que ce soit à soi ou à autrui.

Qu'est-ce donc que la responsabilité? D'où vient-elle? La véritable responsabilité est impossible sans un choix libre et conscient, lorsque l'homme se détermine spirituellement par rapport à sa propre vie. La responsabilité est l'envers de la liberté de choix réalisée par l'homme.

Mais pour que le choix, dans une situation concrète, soit réellement libre, toute la vie de l'homme doit être consciente. Pour cela, l'homme doit prendre conscience de chacun de ses désirs et élans, de chaque intention tournée vers quelqu'un ou quelque chose. S'il n'y a rien de tel, il n'y aura pas non plus de désir conscient dans la vie de l'homme. Pourtant, semble-t-il, tous désirent quelque chose, et la plupart le désirent même fortement; mais ceux qui prennent conscience d'eux-mêmes et de leur vie sont, hélas, très peu nombreux. Que penser alors des désirs de la majorité? Manifestement, il est difficile de les appeler conscients.

Mais de tels désirs peuvent difficilement être considérés comme des désirs au sens propre: car le vrai désir est toujours spirituel, c'est un acte de volonté dans lequel l'homme se rend pleinement et jusqu'au bout compte de lui-même. Un désir inconscient n'est qu'une passion, une émotion, un affect, une force qui s'est emparée de l'homme et qu'il ne peut ni comprendre ni contrôler. Et lorsqu'elle s'empare de l'homme, ce vers quoi il tend passionnément lui paraît indubitablement sien, absolument nécessaire et même absolument inséparable de lui-même.

L'homme ne se conçoit pas sans «son bien», non parce qu'il a compris et pris conscience de la place que l'objet de ses désirs doit occuper dans sa vie, mais parce qu'il s'est fondu avec lui jusqu'à une quasi-indistinction totale, et en tout cas jusqu'à une parfaite inséparabilité. Enlever à l'homme un tel «bien à lui», c'est comme lui couper un bras ou une jambe, ou pire encore, une part de son âme. C'est dans ce cas-là qu'on dit le plus souvent: «je l'ai arraché à mon coeur».

Seulement, il n'est bien sûr alors question d'aucune responsabilité: quelle responsabilité peut-il y avoir là où l'homme saisi par le désir de s'emparer de «son bien» ou de le retenir ne se possède même pas lui-même? Avec ce qui est à autrui, avec ce qui n'est «pas à soi», rien de tel ne peut se produire par définition. Pour traiter avec responsabilité ce qui n'est pas l'objet de sa propre passion, ce qui vous est indifférent, il faut précisément une véritable responsabilité.

Et si elle existe, l'homme saura d'abord distinguer ce qui est à lui de ce qui lui semble seulement tel, et ensuite traiter ce qui est à lui avec autant de conscience et de responsabilité que tout ce qui lui est confié. Cela n'a rien d'étonnant: l'homme qui vit consciemment ne peut pas ne pas comprendre que ce qui est à lui ne lui est aussi que confié par Dieu, que cela lui est donné pour l'usage, non pour une possession absolue et sans partage. Et il s'y rapporte en conséquence, de la même manière qu'à tout ce qui lui est donné et confié.

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