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La Bible en cinq ans pour le 3 janvier 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Ecclésiaste (or Qohélet), Chapitre 3

Première partie> 1 Temps et durée., 16 La mort pour tout vivant.
Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel.
Un temps pour enfanter,
et un temps pour mourir ;
un temps pour planter,
et un temps pour arracher le plant.
Un temps pour tuer,
et un temps pour guérir ;
un temps pour détruire,
et un temps pour bâtir.
Un temps pour pleurer,
et un temps pour rire ;
un temps pour gémir,
et un temps pour danser.
Un temps pour lancer des pierres,
et un temps pour en ramasser ;
un temps pour embrasser,
et un temps pour s’abstenir d’embrassements.
Un temps pour chercher,
et un temps pour perdre ;
un temps pour garder,
et un temps pour jeter.
Un temps pour déchirer,
et un temps pour coudre ;
un temps pour se taire,
et un temps pour parler.
Un temps pour aimer,
et un temps pour haïr ;
un temps pour la guerre,
et un temps pour la paix.
Quel profit celui qui travaille trouve-t-il à la peine qu’il prend ?
10 Je regarde la tâche que Dieu donne aux enfants des hommes :
11 tout ce qu’il fait convient en son temps. Il a mis dans leur cœur l’ensemble du temps, mais sans que l’homme puisse saisir ce que Dieu fait, du commencement à la fin.
12 Et je sais qu’il n’y a pas de bonheur pour l’homme, sinon dans le plaisir et le bien-être durant sa vie.
13 Et si un homme mange, boit et trouve le bonheur dans son travail, cela est un don de Dieu.
14 Je sais que tout ce que Dieu fait sera pour toujours.À cela il n’y a rien à ajouter,
de cela il n’y a rien à retrancher,
et Dieu fait en sorte qu’on le craigne.
15 Ce qui est fut déjà ; ce qui sera est déjà, et Dieu recherche ce qui a disparu.
16 Je regarde encore sous le soleil :
à la place du droit, là se trouve le crime,
à la place de la justice, là se trouve le crime.
17 Et je m’étais dit en moi-même : « Le juste et le criminel, Dieu les jugera, car il y a un temps pour toutes choses et pour toute action ici. »
18 Je me dis en moi-même, en ce qui concerne les enfants des hommes : c’est pour que Dieu les éprouve, et que l’on voie qu’en eux-mêmes, ils sont des bêtes.
19 Car le sort de l’homme et le sort de la bête sont un sort identique : comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, et c’est un même souffle qu’ils ont tous les deux. La supériorité de l’homme sur la bête est nulle, car tout est vanité.
20 Tout s’en va vers un même lieu :
tout vient de la poussière,
tout s’en retourne à la poussière.
21 Qui connaît le souffle des fils d’Adam, qui monte, lui, vers le haut, et le souffle de la bête qui descend, lui, vers le bas, vers la terre ?
22 Je vois qu’il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à se réjouir de ses œuvres, car c’est là sa part.Qui donc l’emmènera voir ce qui sera après lui ?
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 r) L’homme ne dispose pour agir que du moment présent et il ne peut faire qu’une seule chose en son temps. La moitié des occupations de l’homme est sinistre, la moitié de ses gestes, des gestes de deuil. La mort a déjà mis son empreinte sur la vie. Celle-ci est une suite d’actes décousus, vv. 1-8, sans but, vv. 9-13. Et Dieu réédite ce qui a déjà eu lieu (vv. 14-15) rien de nouveau (cf. Qo 1.9).


11 s) Ou « Dieu a mis dans leur cœur l’éternité », mais cette phrase n’a pas le sens qu’elle prendrait dans le vocabulaire chrétien. Elle veut dire seulement Dieu a donné au cœur (à la pensée) de l’homme l’ensemble de la durée, il lui a permis de réfléchir sur la suite des faits et de dominer le moment présent. Mais l’auteur ajoute que cet aperçu est décevant il ne révèle pas le sens de la vie. Cf. Dt 29.28.


12 t) « pour lui », litt. « pour eux » bâm. On propose « pour l’homme » bâ’adâm cf. Qo 2.24.


15 u) Littéralement « ce qui est chassé, ce qui a fui », c’est-à-dire le passé (cf. Si 5.3 hébreu). Le midrash Qohélet Rabba a compris « ce qui est poursuivi, persécuté ».


16 v) « là » shâmmâh (adverbe avec mouvement) peut se traduire « là-bas », et indiquer le Shéol, ce lieu unique où tout homme s’en va (v. 20).


17 w) Peut-être une addition du second éditeur (cf. 12.14), comme 11.9. La fin du v. 17 répète Qo 3.1.


18 x) Allitération dans l’hébr. eux-mêmes (hêmmâ), bêtes (behêmâ).


21 y) Les versions ont ici une double interrogation « Qui sait si le souffle des fils d’Adam monte vers le haut et si le souffle de la bête descend, lui, vers le bas, vers la terre ? » Ce doute suffit à donner toute son épouvante à la mort. Le souffle ne désigne pas l’âme immortelle, mais seulement le souffle vital. La vocalisation de l’hébreu a été retouchée ; le texte reçu est à rapprocher de Qo 12.7 « le souffle retourne à Dieu qui l’a donné », stique que certains considèrent comme une addition évoquant la vie future, ignorée par l’Ecclésiaste.


Ce petit livre s’intitule « Propos de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem ». Le mot « Qohélet », cf. Ec 12, 12 ; 7.27 ; 12.8-10, n’est pas un nom propre mais un nom commun employé parfois avec l’article ; bien que sa forme soit féminine, il se construit au masculin. D’après l’explication la plus vraisemblable, c’est un nom de fonction qui désigne celui qui parle dans l’assemblée (qahal, en grec ekklèsia, d’où les titres latin et français, transcrits de la Bible grecque), en somme le « Prédicateur ». Il est dit « fils de David et roi dans Jérusalem », cf. Ec 1.12, et, bien que le nom ne soit pas écrit, il est certainement identifié avec Salomon à qui le texte fait clairement allusion, Ec 1.16 (cf. 1 R 3.12 ; 5.10-11 ; 10.7) ou Ec 2.7-9 (cf. 1 R 3.13 ; 10.23). Mais cette attribution n’est qu’une fiction littéraire de l’auteur qui met ses réflexions sous le patronage du plus illustre des sages d’Israël. La langue du livre et sa doctrine, sur laquelle on va revenir, interdisent de le placer avant l’Exil. On a souvent contesté l’unité d’auteur et l’on a distingué deux, trois, quatre et jusqu’à huit mains différentes. Mais beaucoup d’incohérences s’expliquent si l’on discerne un certain nombre de citations faites par Qohélet et ensuite critiquées par lui. L’épilogue (Ec 12.9-14) est dû à deux mains distinctes : l’une (9-11) est celle d’un disciple fervent ; la seconde (12-14), d’un juif pieux qui exhorte à craindre Dieu et à observer ses commandements.

Comme en d’autres livres sapientiaux, ainsi Job et l’Ecclésiastique, pour ne rien dire des Proverbes qui sont composites, la pensée va et vient, elle se reprend et se corrige. Il n’y a pas de plan défini, mais ce sont des variations sur un thème unique, la vanité des choses humaines, qui est affirmé au début et à la fin du livre, Ec 1.2, 12.8. Tout est décevant : la science, la richesse, l’amour, la vie même. Celle-ci n’est qu’une suite d’actes décousus et sans portée, Ec 3.1-11, qui s’achève par la vieillesse, Ec 12.1-7, et par la mort, laquelle frappe également sages et fous, riches et pauvres, bêtes et hommes, Ec 3.14-20. Le problème de Qohélet est celui de Job : le bien et le mal ont-ils leur sanction ici-bas ? Et, comme la réponse de Job, celle de Qohélet est négative, car l’expérience contredit les solutions reçues, Ec 7.25-8.14. Seulement, Qohélet est un homme en bonne santé, il ne cherche pas comme Job les raisons de la souffrance, il constate l’inanité du bonheur et il se console en cueillant les joies modestes que peut donner l’existence, Ec 3.12-13 ; 8.15 ; 9.7-9. Disons plutôt qu’il cherche à se consoler, car il est d’un bout à l’autre insatisfait. Le mystère de l’au-delà le tourmente, sans qu’il entrevoie une solution au problème du Shéol, Ec 3.21 ; 9.10 ; 12.7. Mais Qohélet est un croyant et, s’il est déconcerté par le tour que Dieu donne aux affaires humaines, il affirme que Dieu n’a pas de comptes à rendre, Ec 3.11, 14 ; 7.13, qu’on doit accepter de sa main les épreuves comme les joies, Ec 7.14 (cf. 1 S 2.6 ; Jb 2.10). À Qohélet comme à Job, la réponse ne peut être donnée que par l’affirmation d’une sanction d’outre-tombe.

Le livre a le caractère d’une œuvre de transition. Les assurances traditionnelles sont ébranlées mais rien de ferme ne les remplace encore. Dans ce tournant de la pensée hébraïque, on a cherché à discerner des influences étrangères qui se seraient exercées sur Qohélet. Il faut écarter les rapprochements souvent proposés avec les courants philosophiques du stoïcisme, de l’épicurisme et du cynisme, que Qohélet aurait pu connaître par l’intermédiaire de l’Égypte hellénisée ; aucun de ces rapprochements n’est décisif et la mentalité de l’auteur est très éloignée de celle des philosophes grecs. On a établi des parallèles, en apparence plus valables, avec des compositions égyptiennes comme le Dialogue du Désespéré avec son âme ou les Chants du Harpiste et, plus récemment, avec la littérature mésopotamienne de sagesse et avec l’Épopée de Gilgamesh où figure déjà le proverbe « le fil triple ne rompt pas » (cf. Ec 4.1), ainsi que l’exhortation au Carpe Diem (cf. Ec 9.7ss.). Mais on ne peut démontrer l’influence directe d’aucune de ces œuvres. Les rencontres se font sur des thèmes qui sont parfois très anciens et qui étaient devenus le bien commun de la sagesse orientale. C’est sur cet héritage du passé que Qohélet a exercé sa réflexion personnelle, comme le dit son éditeur, Ec 12.9.

Qohélet est un Juif de Palestine, probablement de Jérusalem même. Il écrit un hébreu tardif, semé d’aramaïsmes, et il emploie deux mots perses (pardes, Ec 2.5 ; pitgam, Ec 8.11). Cela suppose une date assez postérieure à l’Exil, mais antérieure au début du IIe siècle av. J.-C., où Ben Sira a utilisé le livret ; de fait, la paléographie situe aux environs de 150 av. J.-C. des fragments de Qo trouvés dans les grottes de Qumrân. Le IIIe siècle est donc la date de composition la plus vraisemblable. C’est le temps où la Palestine, soumise aux Ptolémées, est atteinte par le courant humaniste et ne connaît pas encore le sursaut de foi et d’espérance de l’époque des Maccabées.

Le livre ne marque qu’un moment dans le développement religieux et il ne faut pas le juger en le détachant de ce qui l’a précédé et de ce qui le suivra. En soulignant l’insuffisance des conceptions anciennes et en forçant les esprits à affronter les énigmes humaines, il appelle une révélation plus haute. Il donne une leçon de détachement des biens terrestres et, en niant le bonheur des riches, il prépare le monde à entendre que « bienheureux sont les pauvres », Lc 6.20.

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