Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 30 décembre 2019

La Bible de Jérusalem (fr)

Jude, Chapitre 1

1 Adresse., 3 Occasion., 5 Les faux docteurs. Le châtiment qui les menace., 8 Leurs blasphèmes., 11 Leur perversité., 17 Exhortations aux fidèles. L’enseignement des apôtres., 20 Les devoirs de la charité., 24 Doxologie.
Jude, serviteur de Jésus Christ, frère de Jacques, aux appelés, aimés de Dieu le Père et gardés pour Jésus Christ.
À vous miséricorde et paix et charité en abondance.
Très chers, j’avais un grand désir de vous écrire au sujet de notre salut commun, et j’ai été contraint de le faire, afin de vous exhorter à combattre pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes.
Car il s’est glissé parmi vous certains hommes qui depuis longtemps ont été marqués d’avance pour cette sentence : ces impies travestissent en débauche la grâce de notre Dieu et renient notre seul Maître et Seigneur Jésus Christ.
Je veux vous rappeler, à vous qui connaissez tout cela une fois pour toutes, que le Seigneur, après avoir sauvé le peuple de la terre d’Égypte, a fait périr ensuite les incrédules.
Quant aux anges, qui n’ont pas conservé leur primauté, mais ont quitté leur propre demeure, c’est pour le jugement du grand Jour qu’il les a gardés dans des liens éternels, au fond des ténèbres.
Ainsi Sodome, Gomorrhe et les villes voisines qui se sont prostituées de la même manière et ont couru après une chair différente, sont-elles proposées en exemple, subissant la peine d’un feu éternel.
Pourtant, ceux-là aussi, en délire, souillent la chair, méprisent la Seigneurie, blasphèment les Gloires.
Pourtant, l’archange Michel, lorsqu’il plaidait contre le diable et discutait au sujet du corps de Moïse, n’osa pas porter contre lui un jugement outrageant, mais dit : « Que le Seigneur te réprime ! »
10 Quant à eux, ils blasphèment ce qu’ils ignorent ; et ce qu’ils connaissent par nature, comme les bêtes sans raison, ne sert qu’à les perdre.
11 Malheur à eux ! car c’est dans la voie de Caïn qu’ils sont allés, c’est dans l’égarement de Balaam qu’ils se sont jetés pour un salaire, c’est par la révolte de Coré qu’ils ont péri.
12 Ce sont eux les écueils de vos agapes. Ils font bonne chère sans vergogne, ils se repaissent : nuées sans eau que les vents emportent, arbres de fin de saison, sans fruits, deux fois morts, déracinés,
13 houle sauvage de la mer écumant sa propre honte, astres errants auxquels les ténèbres épaisses sont gardées pour l’éternité.
14 C’est aussi pour eux qu’a prophétisé en ces termes Hénoch, le septième patriarche depuis Adam : « Voici : le Seigneur est venu avec ses saintes myriades,
15 afin d’exercer le jugement contre tous et de confondre tous les impies pour toutes les œuvres d’impiété qu’ils ont commises, pour toutes les paroles dures qu’ont proférées contre lui les pécheurs impies. »
16 Ce sont eux qui murmurent, se plaignent, marchent selon leurs convoitises, leur bouche dit des choses orgueilleuses, ils flattent par intérêt.
17 Mais vous, très chers, rappelez-vous ce qui a été prédit par les apôtres de notre Seigneur Jésus Christ.
18 Ils vous disaient : « À la fin du temps, il y aura des moqueurs, marchant selon leurs convoitises impies. »
19 Ce sont eux qui créent des divisions, ces animaux, ces êtres « psychiques » qui n’ont pas d’esprit.
20 Mais vous, très chers, vous édifiant sur votre foi très sainte, priant dans l’Esprit Saint,
21 gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle.
22 Les uns, ceux qui hésitent, cherchez à les convaincre ;
23 les autres, sauvez-les en les arrachant au feu ; les autres enfin, portez-leur une pitié craintive, en haïssant jusqu’à la tunique contaminée par leur chair.
24 À celui qui peut vous garder de la chute et vous présenter devant sa gloire, sans reproche, dans l’allégresse,
25 à l’unique Dieu, notre Sauveur par Jésus Christ notre Seigneur, gloire, majesté, force et puissance avant tout temps, maintenant et dans tous les temps ! Amen.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 a) « aux appelés », var. « aux nations appelées », — « aimés », var. « sanctifiés ».


3 b) « notre salut », Vulg. « votre salut ».


3 c) À la tradition de la foi des apôtres, v. 17, fondement de la vie chrétienne, v. 20, il n’y a rien à changer, v. 5 cf. 1 Co 11.2 ; 2 Th 2.15 ; 1 Tm 6.20.


4 d) « cette sentence », var. « ce péché ».


4 e) Var. « et renient Dieu, le seul Maître, et notre Seigneur Jésus Christ ». Cf. Hénok 48.10.


5 f) Dieu le Père, cf. 2 P 2.4. Var. (Vulg.) « Jésus », qui désignerait le Christ dans sa préexistence divine, cf. 1 Co 10.4.


6 g) S’étant laissé séduire par les filles des hommes, Gn 6.1-2 thème développé par le Livre d’Hénok : Hénok 12.4 ; 10.6.


7 h) Une chair qui n’était pas humaine, puisque leur péché avait été de vouloir abuser d’« anges », Gn 19.1-11. Comme Jude 6-7, l’apocryphe Testament des Douze Patriarches mentionne ensemble le péché des anges et celui de Sodome.


8 i) Les hérétiques contemporains de Jude, que n’arrête pas le châtiment des anges séducteurs, vv. 6-7.


8 j) Var. « les Seigneuries » (les anges, cf. Ep 1.21 ; Col 1.16).


9 k) Jude paraît dépendre ici de l’apocryphe Assomption de Moïse, où Michel (Dn 10.13) entre en contestation avec le diable qui, après la mort de Moïse, réclamait son cadavre.


10 l) Ils ignorent parce qu’ils n’ont pas l’Esprit, Rm 1.9, et ne connaissent que selon leur nature d’êtres « psychiques », v. 19 ; cf. 1 Co 15.44, hommes que méprisaient les gnostiques.


12 m) « écueils », Vulg. « taches ». — « agapes », var. « tromperies », cf. 2 P 2.13. — Les hérétiques participaient donc encore à la vie de l’Église ; leurs menées viennent seulement d’être démasquées. Qu’il s’agisse de l’eucharistie ou simplement de l’ « agape » qui la précédait, leur attitude rappelle 1 Co 11.17-22.


13 n) Dans les apocryphes juifs, les anges sont fréquemment symbolisés par des étoiles (cf. le Livre d’Hénok : Hénok 18.15s ; 21.5s.)


15 o) Citation (sans doute de mémoire) d’Hénok 1.9.


16 p) Réminiscence d’Hénok 5.5.


17 q) L’enseignement apostolique reçu par tradition, v. 3.


18 r) Cette sentence ne se retrouve nulle part textuellement mais elle a des équivalents, Ac 20.29-31. 1 Tm 4.1 ; 2 Tm 3.1-5 ; 4.3 ; et déjà Mt 24.24 ; Mc 13.22.


19 s) « qui créent des divisions »; Vulg. « qui se séparent » (de l’Église). — Les hérétiques sont comme des « bêtes sans raison », v. 10.


20 t) Le passage, vv. 20-21, mentionne les trois Personnes, cf. 2 Co 13.13, en rapport avec la foi, la prière, l’amour, l’espérance, cf. 1 Co 13.13.


23 u) La charité traitera différemment ceux qui sont plus ou moins contaminés par l’hérésie. — Var. « Ayez pitié des uns, de ceux qui hésitent, sauvez-les, arrachez-les au feu ; quant aux autres, ayez pour eux une pitié craintive, etc. »


24 v) Vulg. ajoute « dans l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ ».


25 w) La doxologie solennelle, cf. Rm 16.25-27 ; Ep 3.20 ; Ap 1.6, provient peut-être de la liturgie.


Jude, qui se dit « frère de Jacques », v. 1, semble se donner lui aussi pour l’un des « frères du Seigneur », Mt 13.55. Rien n’oblige à l’identifier avec l’apôtre du même nom, Lc 6.16 ; Ac 1.13 ; cf. Jn 14.22 ; aussi bien lui-même se distingue-t-il du groupe apostolique, v. 17. La médiocre importance du personnage rend difficile l’hypothèse du pseudonyme, mais la date tardive de l’épître rend ce fait possible et même probable. L’auteur montre une connaissance remarquable des sources juives, un indice qu’il représente une église cultivée, riche en livres.

De fait, cette épître était reçue dès l’an 200 par la plupart des Églises comme Écriture canonique. L’usage qu’elle fait de sources apocryphes (Hénok aux vv. 7, 14s ; Assomption de Moïse au v. 9) a bien suscité quelques doutes dès l’Antiquité, mais il n’a pas de quoi troubler, car ce recours légitime à des écrits juifs alors répandus n’équivaut nullement à leur reconnaître un caractère inspiré.

Tout le propos de Jude est de stigmatiser les mauvais docteurs qui mettent en péril la foi chrétienne. Il les menace d’un châtiment divin illustré par des précédents de la tradition juive, vv. 5-7, et la description qu’il donne de leurs errements paraît aussi influencée par ces souvenirs du passé, v. 11. Elle demeure d’ailleurs assez vague et n’autorise certainement pas à déceler le gnosticisme du IIe siècle. L’impiété et la licence morale qu’il leur reproche, particulièrement leurs blasphèmes contre le Seigneur Christ et les Anges, vv. 4, 8-10, ont pu se rencontrer au sein du christianisme dès le Ier siècle sous l’influence de ces tendances syncrétistes qu’attaquent l’épître aux Colossiens, les Pastorales et l’Apocalypse.

Certains traits invitent toutefois à ne pas remonter trop haut dans le Ier siècle. Les prédications des apôtres sont rejetées dans le passé, vv. 17s. La foi est conçue comme un donné objectif « transmis une fois pour toutes », v. 3. Les épîtres de Paul paraissent utilisées. Il est vrai que la deuxième épître de Pierre utilise à son tour celle de Jude, mais nous dirons qu’elle peut être postérieure à la mort de saint Pierre. En définitive on songera aux derniers temps de l’âge apostolique.

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