Que veut dire l'apôtre, en exhortant les destinataires de son message de «combattre pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes»? On aurait bien sûr pu penser qu'il s'agit d'une certaine doctrine, dont les fidèles sont appelés à protéger, s'il faut, au prix de la vie personnelle, comme c'était le cas dans toutes les époques par les martyrs pour l'idée ou pour ses persuasions religieuses...
Que veut dire l'apôtre, en exhortant les destinataires de son message de «combattre pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes»? On aurait bien sûr pu penser qu'il s'agit d'une certaine doctrine, dont les fidèles sont appelés à protéger, s'il faut, au prix de la vie personnelle, comme c'était le cas dans toutes les époques par les martyrs pour l'idée ou pour ses persuasions religieuses. Probablement, si le christianisme était simplement une nouvelle religion, il aurait alors fallu comprendre les mots de l'apôtre notamment ainsi. Mais en effet, le christianisme n’est pas une nouvelle religion, non pas une nouvelle morale et non plus une nouvelle doctrine théologique. Le christianisme est la vie dans ce Royaume, qu'a apporté le Sauveur au monde.
Et alors se pose la question : comment et contre quoi il faut protéger ce royaume, s’il, par les propres mots de Jésus, «n’est pas de ce monde»? Que peuvent faire les forces de notre monde non transformé, quel préjudice peuvent-elles causer à ce qui non seulement n'est pas une de ses parties, mais aussi est directement d’une autre nature? La question n'aurait pas eu de sens, si ce n’était pas un «mais» : le Royaume, étant d’une nature étrangère au monde non transformé, doit tout de même être présent en lui afin d’être à mesure de le transformer, et cette présence est possible seulement en forme d'Église, des communautés de gens vivant dans le Royaume, et à ce sens «des saints», c’est-à-dire sanctifiés par le souffle du Royaume.
Et pour qu'une telle communauté non seulement ne se désagrège pas, mais aussi vive une vie pleine, est importante la fidélité de ses membres aux uns les autres, et à Celui, qui a apporté le Royaume dans le monde. Bien sûr il faut garder et protéger cette fidélité. Et le problème ici n’est pas seulement dans les persécutions et les poursuites pour la foi et pour l'appartenance à l'Église, même si les persécutions dans la vie des églises des premiers chrétiens étaient nombreuses.
Le problème est encore en ce qui pouvait détourner les fidèles de ce que composait le sens principal de leur vie, détourner par des nouvelles ou pas trop nouvelles idées, des théories, la religiosité, — au total, tout ce que, ayant pris entièrement l’homme, peut complètement redéfinir son système des valeurs et des priorités de vie. Or pour la vie dans le Royaume, est particulièrement important notamment le système des valeurs et des priorités de vie, c’est notamment elle qui définit la possibilité de joindre le Royaume. C’est d’abord «le Royaume et sa justice», et le reste suivra.
Et «reste» cependant pouvaient être non seulement les biens matériels de ce monde, mais aussi ses valeurs culturelles, et sa religion: puisque même dans la religion, à la base de laquelle se trouve l'expérience de la révélation, il y aura toujours une couche considérable de la religiosité purement humaine, qui aspire de sortir au premier plan, poussant la révélation en arrière. Mais, peu importe ce que propose le fidèle ce monde comme alternative aux valeurs du Royaume, cette alternative ne sera pas dans tous les cas adéquate. Et l'apôtre rappelle cela aux auteurs de son message : car il s’agit non simplement d’une doctrine, mais de la vie et du salut.
1 a) « aux appelés », var. « aux nations appelées », — « aimés », var. « sanctifiés ».
3 b) « notre salut », Vulg. « votre salut ».
3 c) À la tradition de la foi des apôtres, v. 17, fondement de la vie chrétienne, v. 20, il n’y a rien à changer, v. 5 cf. 1 Co 11.2 ; 2 Th 2.15 ; 1 Tm 6.20.
4 d) « cette sentence », var. « ce péché ».
4 e) Var. « et renient Dieu, le seul Maître, et notre Seigneur Jésus Christ ». Cf. Hénok 48.10.
5 f) Dieu le Père, cf. 2 P 2.4. Var. (Vulg.) « Jésus », qui désignerait le Christ dans sa préexistence divine, cf. 1 Co 10.4.
6 g) S’étant laissé séduire par les filles des hommes, Gn 6.1-2 thème développé par le Livre d’Hénok : Hénok 12.4 ; 10.6.
7 h) Une chair qui n’était pas humaine, puisque leur péché avait été de vouloir abuser d’« anges », Gn 19.1-11. Comme Jude 6-7, l’apocryphe Testament des Douze Patriarches mentionne ensemble le péché des anges et celui de Sodome.
8 i) Les hérétiques contemporains de Jude, que n’arrête pas le châtiment des anges séducteurs, vv. 6-7.
8 j) Var. « les Seigneuries » (les anges, cf. Ep 1.21 ; Col 1.16).
9 k) Jude paraît dépendre ici de l’apocryphe Assomption de Moïse, où Michel (Dn 10.13) entre en contestation avec le diable qui, après la mort de Moïse, réclamait son cadavre.
10 l) Ils ignorent parce qu’ils n’ont pas l’Esprit, Rm 1.9, et ne connaissent que selon leur nature d’êtres « psychiques », v. 19 ; cf. 1 Co 15.44, hommes que méprisaient les gnostiques.
12 m) « écueils », Vulg. « taches ». — « agapes », var. « tromperies », cf. 2 P 2.13. — Les hérétiques participaient donc encore à la vie de l’Église ; leurs menées viennent seulement d’être démasquées. Qu’il s’agisse de l’eucharistie ou simplement de l’ « agape » qui la précédait, leur attitude rappelle 1 Co 11.17-22.
13 n) Dans les apocryphes juifs, les anges sont fréquemment symbolisés par des étoiles (cf. le Livre d’Hénok : Hénok 18.15s ; 21.5s.)
15 o) Citation (sans doute de mémoire) d’Hénok 1.9.
16 p) Réminiscence d’Hénok 5.5.
17 q) L’enseignement apostolique reçu par tradition, v. 3.
18 r) Cette sentence ne se retrouve nulle part textuellement mais elle a des équivalents, Ac 20.29-31. 1 Tm 4.1 ; 2 Tm 3.1-5 ; 4.3 ; et déjà Mt 24.24 ; Mc 13.22.
19 s) « qui créent des divisions »; Vulg. « qui se séparent » (de l’Église). — Les hérétiques sont comme des « bêtes sans raison », v. 10.
20 t) Le passage, vv. 20-21, mentionne les trois Personnes, cf. 2 Co 13.13, en rapport avec la foi, la prière, l’amour, l’espérance, cf. 1 Co 13.13.
23 u) La charité traitera différemment ceux qui sont plus ou moins contaminés par l’hérésie. — Var. « Ayez pitié des uns, de ceux qui hésitent, sauvez-les, arrachez-les au feu ; quant aux autres, ayez pour eux une pitié craintive, etc. »
24 v) Vulg. ajoute « dans l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ ».
25 w) La doxologie solennelle, cf. Rm 16.25-27 ; Ep 3.20 ; Ap 1.6, provient peut-être de la liturgie.
Jude, qui se dit « frère de Jacques », v. 1, semble se donner lui aussi pour l’un des « frères du Seigneur », Mt 13.55. Rien n’oblige à l’identifier avec l’apôtre du même nom, Lc 6.16 ; Ac 1.13 ; cf. Jn 14.22 ; aussi bien lui-même se distingue-t-il du groupe apostolique, v. 17. La médiocre importance du personnage rend difficile l’hypothèse du pseudonyme, mais la date tardive de l’épître rend ce fait possible et même probable. L’auteur montre une connaissance remarquable des sources juives, un indice qu’il représente une église cultivée, riche en livres.
De fait, cette épître était reçue dès l’an 200 par la plupart des Églises comme Écriture canonique. L’usage qu’elle fait de sources apocryphes (Hénok aux vv. 7, 14s ; Assomption de Moïse au v. 9) a bien suscité quelques doutes dès l’Antiquité, mais il n’a pas de quoi troubler, car ce recours légitime à des écrits juifs alors répandus n’équivaut nullement à leur reconnaître un caractère inspiré.
Tout le propos de Jude est de stigmatiser les mauvais docteurs qui mettent en péril la foi chrétienne. Il les menace d’un châtiment divin illustré par des précédents de la tradition juive, vv. 5-7, et la description qu’il donne de leurs errements paraît aussi influencée par ces souvenirs du passé, v. 11. Elle demeure d’ailleurs assez vague et n’autorise certainement pas à déceler le gnosticisme du IIe siècle. L’impiété et la licence morale qu’il leur reproche, particulièrement leurs blasphèmes contre le Seigneur Christ et les Anges, vv. 4, 8-10, ont pu se rencontrer au sein du christianisme dès le Ier siècle sous l’influence de ces tendances syncrétistes qu’attaquent l’épître aux Colossiens, les Pastorales et l’Apocalypse.
Certains traits invitent toutefois à ne pas remonter trop haut dans le Ier siècle. Les prédications des apôtres sont rejetées dans le passé, vv. 17s. La foi est conçue comme un donné objectif « transmis une fois pour toutes », v. 3. Les épîtres de Paul paraissent utilisées. Il est vrai que la deuxième épître de Pierre utilise à son tour celle de Jude, mais nous dirons qu’elle peut être postérieure à la mort de saint Pierre. En définitive on songera aux derniers temps de l’âge apostolique.